Iran : Téhéran frappe des bases américaines en Jordanie et au Golfe

L’Iran a frappé lundi une base militaire américaine en Jordanie ainsi que des intérêts américains dans le Golfe, en représailles à la destruction par Washington de cinq pétroliers iraniens. Vingt missiles balistiques ont visé la base d’Al-Azraq, dont dix-huit ont été interceptés selon l’armée jordanienne. Aucune victime américaine n’a été recensée, mais l’escalade marque une nouvelle étape dans le conflit qui oppose Téhéran à Washington et à ses alliés depuis six mois.

Tout part d’une frappe américaine. Le Commandement central des États-Unis (CENTCOM) a revendiqué la destruction de cinq navires pétroliers battant pavillon ou liés à l’Iran : les M/T Kaviz, Charminar, Horizon 1 et Riesco dans le golfe d’Oman, ainsi que le M/T Derya au large de l’île de Kharg. Selon CENTCOM, les équipages avaient été évacués avant les frappes. Le secrétaire d’État américain Marco Rubio a résumé la doctrine de Washington sans détour : « L’Iran continue d’essayer de frapper des navires de guerre américains, et à chaque fois qu’ils le font ou tentent de le faire, ils vont perdre des pétroliers. »

Al-Azraq sous les missiles

La riposte iranienne n’a pas tardé. Les Gardiens de la révolution islamique (IRGC) ont revendiqué des « frappes de missiles violentes » contre la base d’Al-Azraq, en Jordanie, où sont stationnées des forces américaines. L’armée jordanienne a fait état de vingt missiles balistiques engagés, dont dix-huit interceptés avec succès. Deux projectiles sont retombés dans des zones inhabitées, sans faire de victimes. Téhéran affirme également avoir visé deux destroyers de l’US Navy, les DDG-119 et DDG-53, ainsi que huit pétroliers supplémentaires, des revendications que Washington n’a pas confirmées dans leur intégralité.

Un conflit vieux de six mois, une économie sous tension

Cet échange de frappes s’inscrit dans la guerre qui oppose depuis six mois les États-Unis et Israël à l’Iran, sur fond de fermeture partielle du détroit d’Ormuz par Téhéran et de blocus naval américain visant les ports iraniens. Le 5 septembre, Washington avait déjà frappé trois pétroliers iraniens, précédant la salve du 9 septembre. Conséquence directe sur les marchés : le baril de brut a atteint 99,49 dollars après cette nouvelle escalade. Le ministère iranien des Affaires étrangères a de son côté dénoncé des frappes contraires à la Charte des Nations unies, qualifiées de « crimes de guerre », et prévenu que Washington porterait la responsabilité des conséquences à venir.

La Jordanie, alliée malgré elle

Pour Amman, la position est inconfortable. Le royaume hachémite, allié historique des États-Unis dans la région, se retrouve exposé aux représailles iraniennes du simple fait d’héberger des troupes américaines sur son sol. L’interception de dix-huit missiles sur vingt limite la casse militaire, mais l’épisode illustre le risque d’embrasement régional que redoutent depuis des mois les chancelleries du Golfe, entre Bahreïn et Koweït, également cités par Téhéran comme cibles potentielles.

Le baril grimpe, les missiles volent, et la diplomatie regarde ailleurs. Six mois après le début des hostilités, personne ne semble encore pressé de raccrocher le téléphone.


Source : Le Monde — lemonde.fr