Donald Trump a présenté un vaste programme pouvant atteindre 200 milliards de dollars d’investissements sud-coréens dans les infrastructures énergétiques américaines. Nucléaire, production électrique et projet gazier en Alaska figurent parmi les secteurs évoqués par Washington. Mais Séoul tempère cette annonce, notamment concernant le gazoduc destiné à acheminer du gaz naturel liquéfié vers l’Asie.
Le président américain Donald Trump a détaillé, mercredi 30 septembre, plusieurs projets énergétiques susceptibles de bénéficier d’investissements sud-coréens aux États-Unis pour un montant total pouvant approcher 200 milliards de dollars, soit environ 176 milliards d’euros. L’enveloppe concernerait notamment la construction de centrales nucléaires ainsi que des infrastructures électriques et gazières.
L’annonce s’inscrit dans un cadre économique plus large négocié entre Washington et Séoul. Dès novembre 2025, les deux pays avaient fait état d’un projet de 200 milliards de dollars d’investissements stratégiques sud-coréens supplémentaires aux États-Unis, en plus de 150 milliards destinés au secteur de la construction navale, selon une fiche conjointe publiée par la Maison Blanche.
Lors de sa présentation dans le Bureau ovale, Donald Trump était entouré de membres de son administration et de responsables d’entreprises concernés par ces opérations. Le président a présenté ces investissements comme le résultat des accords conclus avec la République de Corée.
Le secrétaire américain au commerce, Howard Lutnick, a précisé que les sommes annoncées seraient dirigées vers des infrastructures énergétiques aux États-Unis. L’un des principaux volets concernerait le nucléaire.
Jusqu’à 120 milliards de dollars pour huit centrales nucléaires
Selon les éléments présentés par l’administration américaine, jusqu’à 120 milliards de dollars pourraient être consacrés à la construction de huit grandes centrales nucléaires. Les installations seraient réparties entre l’Ohio, le Tennessee, la Caroline du Sud et le Kentucky.
Sur cette enveloppe, environ 100 milliards de dollars couvriraient les coûts de construction, tandis que 20 milliards seraient réservés aux dépenses imprévues. Dix milliards de dollars devraient être disponibles avant la fin de l’année, selon les informations communiquées par Washington.
Le développement du nucléaire apparaît ainsi comme l’un des piliers de la coopération énergétique entre les deux pays. La relation bilatérale dans ce domaine dépasse d’ailleurs les seuls investissements annoncés cette semaine : en 2025, Washington et Séoul avaient déjà affirmé leur volonté d’approfondir leur coopération dans le nucléaire civil.
Un autre projet concerne le Texas, où une centrale électrique doit être construite afin d’alimenter des centres de données installés sur le site. D’après l’administration américaine, sa puissance dépassera 6 400 mégawatts et sa mise en service complète est prévue à l’horizon 2032.
Le gigantesque projet de GNL en Alaska reste incertain
La partie la plus délicate de l’annonce concerne toutefois l’Alaska. Washington souhaite développer une infrastructure permettant d’acheminer le gaz extrait dans le nord de cet État sur environ 1 300 kilomètres jusqu’à un port situé plus au sud.
Le gaz y serait transformé en gaz naturel liquéfié, ou GNL, avant d’être transporté par navire vers les marchés asiatiques. La situation géographique de l’Alaska permettrait en effet de cibler directement les grands consommateurs d’énergie de la région Asie-Pacifique.
Le projet n’est pas nouveau dans la stratégie énergétique américaine. Des entreprises japonaises ont également manifesté leur intérêt : la Maison Blanche indiquait en octobre 2025 que Tokyo Gas et JERA avaient notamment signé des lettres d’intention portant sur l’achat de GNL issu du projet de gazoduc envisagé en Alaska.
Sa réalisation demeure cependant entourée d’incertitudes. L’ampleur des investissements nécessaires et la rentabilité économique du dispositif ont freiné son développement, tandis que ses conséquences environnementales suscitent des critiques de la part de défenseurs de la biodiversité.
Séoul refuse de considérer sa participation comme acquise
C’est précisément sur ce projet que la version sud-coréenne diverge de la présentation américaine.
Le ministère sud-coréen du commerce a indiqué qu’aucune décision définitive n’avait été prise concernant une participation financière au projet de GNL en Alaska. Séoul conditionne son éventuel engagement à la viabilité commerciale du projet ainsi qu’au respect des procédures juridiques nationales.
Le gouvernement sud-coréen souligne donc qu’à ce stade ni le principe même d’un investissement dans cette infrastructure ni son montant éventuel ne sont arrêtés. Cette réserve introduit une différence notable entre la communication de Washington, qui présente un ensemble de projets déjà très précisément chiffrés, et celle de Séoul, beaucoup plus prudente concernant leur mise en œuvre.
Des médias sud-coréens font également état de divergences persistantes entre les deux gouvernements sur les modalités précises de ces investissements, notamment autour du projet gazier en Alaska.
Jusqu’à 12 000 emplois pendant la construction
Si le gazoduc voit effectivement le jour, sa construction pourrait mobiliser environ 12 000 travailleurs, avec une priorité annoncée aux recrutements locaux. Une fois l’infrastructure opérationnelle, jusqu’à un millier d’emplois seraient maintenus.
Le calendrier présenté à Washington prévoit trois années de travaux à compter du déblocage des financements. Les premières exportations de GNL interviendraient ensuite environ deux ans après la fin de la construction.
Derrière l’annonce spectaculaire des 200 milliards de dollars se dessinent donc plusieurs projets à des stades de maturité différents. Si Washington entend accélérer le développement de ses capacités nucléaires, électriques et gazières grâce aux capitaux sud-coréens, la prudence affichée par Séoul montre que certaines pièces de cet immense chantier énergétique restent encore à verrouiller.
Sources :
Source principale : Le Monde — « Donald Trump détaille jusqu’à 200 milliards de dollars d’investissements sud-coréens aux États-Unis, Séoul tempère », publié le 1er octobre 2026.
Source complémentaire : Maison Blanche — fiche conjointe États-Unis-Corée du Sud sur les investissements stratégiques, novembre 2025.
Source complémentaire : Maison Blanche — accords énergétiques conclus lors de la visite présidentielle en Corée du Sud, octobre 2025.
Source complémentaire : Maison Blanche — investissements et achats énergétiques japonais liés notamment au GNL d’Alaska, octobre 2025.