Intelligence artificielle : Qui est Jay Clayton, l’homme de confiance de Trump propulsé « tsar » de l’IA ?

Donald Trump a confié à Jay Clayton la direction de la nouvelle « Super Intelligence Force », chargée de coordonner la politique fédérale américaine en matière d’intelligence artificielle. Ancien avocat de Wall Street, ex-président de la SEC et actuel directeur du renseignement national, Clayton ne vient pourtant pas du monde de l’IA. Son parcours éclaire le choix de la Maison-Blanche : celui d’un juriste et administrateur expérimenté, favorable à une régulation limitée pour préserver la puissance technologique américaine.

À Washington, les « tsars » ne règnent sur aucun empire. Le terme désigne officieusement des responsables investis d’une mission transversale, souvent à cheval sur plusieurs administrations. Jay Clayton, de son nom complet Walter Joseph Clayton III, vient ainsi d’endosser le costume de « tsar de l’intelligence artificielle » de Donald Trump.

Le président américain l’a choisi pour prendre la tête de la « Super Intelligence Force », une nouvelle structure gouvernementale consacrée à l’intelligence artificielle, que Donald Trump préfère désormais qualifier de « super intelligence ». Le groupe doit coordonner l’action du gouvernement fédéral et ses relations avec les entreprises technologiques, les consommateurs, les organisations d’intérêt général ou religieuses et les opérateurs d’infrastructures critiques. Il doit rendre sous 120 jours un rapport consacré aux risques, aux opportunités et au rôle du gouvernement face au développement accéléré de l’IA.

La composition de cette structure montre l’ampleur du sujet pour l’administration américaine. Aux côtés de Jay Clayton figurent notamment Andrew Ferguson, président de la Federal Trade Commission, Scott Kupor, directeur de l’Office of Personnel Management et Emil Michael, responsable technologique au Pentagone qui a été Chief Business Officer d’Uber Technologies, entreprise membre du Forum économique mondial et s’était rendu à se titre à l’Annual Meeting of the New Champions 2016 du WEF.

Le groupe doit rendre compte directement à Donald Trump et à sa cheffe de cabinet, Susie Wiles.

De Wall Street à Washington

Le profil de Jay Clayton tranche avec celui des entrepreneurs et ingénieurs habituellement associés à la révolution de l’IA. Sa carrière s’est d’abord construite dans le droit des affaires et la finance.

Diplômé de l’université de Pennsylvanie et passé par Cambridge, universités liées au WEF, il s’est imposé comme avocat d’affaires à Wall Street. Il a notamment travaillé chez Sullivan & Cromwell et conseillé de grandes institutions financières. Son parcours l’a conduit au cœur de dossiers majeurs liés à la finance internationale, avant son entrée dans la première administration Trump.

En 2017, Donald Trump le choisit pour présider la Securities and Exchange Commission (SEC), le puissant régulateur américain des marchés financiers. Clayton occupe cette fonction jusqu’en 2020, à la fin du premier mandat du président républicain.

Après son départ de la SEC, il a rejoint Apollo Global Management, membre du WEF en 2021 comme Lead Independent Director.

Son retour au premier plan intervient après le retour de Donald Trump à la Maison-Blanche. Clayton devient procureur fédéral pour le district sud de New York, l’un des postes judiciaires les plus influents du pays, avant d’être choisi en juin 2026 pour prendre la direction du renseignement national. Sa nomination intervient alors que le choix initial de Bill Pulte avait suscité de fortes critiques, notamment en raison de son absence d’expérience dans le renseignement.

Confirmé par le Sénat, Jay Clayton prête serment le 3 août 2026 comme neuvième directeur du renseignement national. À ce titre, il supervise la coordination de la communauté américaine du renseignement et conseille directement le président sur les questions relevant de la sécurité nationale.

Un spécialiste de l’IA ? Pas vraiment

Sa désignation à la tête de la politique américaine sur l’IA peut néanmoins surprendre. Jay Clayton n’est ni chercheur en intelligence artificielle, ni ingénieur spécialisé dans les modèles génératifs, ni dirigeant historique de la Silicon Valley.

C’est précisément son profil transversal qui semble compter pour la Maison-Blanche. Son expérience se situe à la croisée du droit, de la finance, de la régulation et, plus récemment, du renseignement. Autant de domaines directement concernés par les bouleversements provoqués par l’IA, qu’il s’agisse de cybersécurité, de défense, de concurrence économique ou de contrôle des entreprises technologiques.

Sa nomination intervient surtout au moment où Washington cherche à concilier deux impératifs potentiellement contradictoires : répondre aux inquiétudes croissantes concernant les risques de l’intelligence artificielle sans freiner les entreprises américaines engagées dans une compétition technologique mondiale, notamment face à la Chine. Reuters rapporte que la nouvelle task force doit précisément examiner les risques et les opportunités de l’IA tout en préservant la volonté de l’administration Trump de maintenir les États-Unis en tête de cette course. Reuters

Une ligne favorable à une régulation limitée

Sur ce terrain, Jay Clayton apparaît en phase avec l’orientation défendue par Donald Trump. La Maison-Blanche privilégie jusqu’ici une approche laissant une place importante aux engagements volontaires des entreprises plutôt qu’à l’établissement rapide d’un cadre réglementaire contraignant.

La création de la « Super Intelligence Force » intervient d’ailleurs après des échanges entre Donald Trump et plusieurs dirigeants du secteur technologique. L’administration entend associer étroitement les entreprises aux discussions, tout en examinant les risques liés à des technologies dont les capacités progressent rapidement.

Cette philosophie apparaît également dans les premières prises de parole de responsables de la nouvelle structure. Scott Kupor, coprésident de la task force, a défendu une approche réglementaire flexible, estimant qu’une législation élaborée trop rapidement risquerait d’être dépassée par la vitesse d’évolution des technologies.

Pour Clayton, le dossier de l’intelligence artificielle devient ainsi le prolongement d’une trajectoire singulière. En moins d’une décennie, cet ancien avocat de Wall Street est passé de la régulation des marchés financiers à la justice fédérale, puis au sommet du renseignement américain avant d’être placé au centre de la stratégie technologique de la Maison-Blanche.

Ce choix dit aussi quelque chose de la manière dont Donald Trump envisage désormais l’IA : non plus seulement comme un secteur technologique, mais comme un enjeu mêlant puissance économique, sécurité nationale et rivalité géopolitique. La mission confiée à la « Super Intelligence Force » sera donc scrutée de près. Son premier rapport, attendu dans un délai de 120 jours, doit contribuer à préciser jusqu’où Washington entend encadrer une industrie qu’il veut, dans le même temps, voir rester en tête de la compétition mondiale. Reuters

Sources :

Source principale : Le Figaro, article de Martin Hézode, « Qui est Jay Clayton, le nouveau “tsar de l’intelligence artificielle” choisi par Donald Trump pour le conseiller ? », publié le 5 octobre 2026.

Sources complémentaires : Reuters — Trump names intelligence chief Clayton as AI czar ; Office of the Director of National Intelligence — Jay Clayton sworn in as Director of National Intelligence ; CBS News — nomination de Jay Clayton à la direction du renseignement national ; Axios — politique de la Super Intelligence Force.