Thinking Machines Lab, la start-up d’intelligence artificielle fondée par Mira Murati, ancienne directrice technique d’OpenAI, entreprise américaine membre du Forum économique mondial a dévoilé le 15 juillet 2026 son premier modèle ouvert au grand public, baptisé Inkling. Présenté comme une alternative américaine conçue pour résister à la censure, il a été entraîné en partie à partir de technologies chinoises comme DeepSeek et Kimi. La société, valorisée 12 milliards de dollars avant même la sortie d’un produit, mise sur la personnalisation plutôt que sur la seule course aux performances brutes.
Inkling est un modèle dit « à poids ouverts » (open weight), téléchargeable et modifiable librement, publié sous licence Apache 2.0 sur la plateforme Hugging Face. Il repose sur une architecture de type mélange d’experts, comptant 975 milliards de paramètres au total, dont 41 milliards activés simultanément lors du traitement d’une requête. Son architecture générale s’inspire largement de DeepSeek-V3, selon des informations rapportées par le magazine américain Forbes, tandis qu’une partie des données utilisées pour son affinage post-entraînement provient de Kimi K2.5, un modèle développé par la société chinoise Moonshot AI, membre du Forum économique mondial. Entraîné sur 45 000 milliards de tokens combinant texte, image, audio et vidéo, Inkling dispose d’une fenêtre contextuelle pouvant atteindre un million de tokens. Une version allégée, Inkling-Small, comptant 276 milliards de paramètres dont 12 milliards actifs, doit être publiée après une phase de test supplémentaire.
Une conception présentée comme résistante à la censure
Selon des informations rapportées par le site spécialisé VentureBeat, Thinking Machines Lab a spécifiquement entraîné Inkling pour limiter les refus de réponse sur des sujets sensibles. Le modèle a obtenu un score de 98,6 % au test StrongREJECT, qui mesure la capacité d’un système à refuser des requêtes explicitement dangereuses tout en évitant les refus excessifs sur des questions légitimes. Il a également montré, selon la même source, des signes marqués de non-conformité aux logiques de censure lors d’une évaluation menée par la société Cognition sur la propagande et la censure. Cette orientation intervient alors que plusieurs modèles chinois open source, largement utilisés par les entreprises occidentales en raison de leur gratuité, font l’objet de restrictions documentées par des chercheurs, notamment ceux du Khoury College of Computer Sciences aux États-Unis, sur certains sujets politiques sensibles pour Pékin.
Un modèle économique fondé sur les entreprises plutôt que sur le grand public
Contrairement à ChatGPT ou Claude, Inkling n’est pas directement monétisé par Thinking Machines Lab. L’entreprise tire ses revenus de Tinker, un outil payant destiné aux entreprises souhaitant affiner et personnaliser des modèles d’intelligence artificielle sur leurs propres données, parmi lesquelles le fonds spéculatif Bridgewater Associates. Le déploiement du modèle complet reste toutefois coûteux en infrastructure : la version en pleine précision nécessite au moins deux téraoctets de mémoire vidéo cumulée, l’équivalent de huit processeurs graphiques Nvidia B300 ou seize H200, tandis qu’une version compressée requiert encore environ 600 gigaoctets. Selon des analystes cités par le site Computerworld, l’usage d’API de modèles fermés demeure ainsi plus économique pour de nombreuses organisations que l’hébergement local d’Inkling.
Mira Murati, une trajectoire directement issue d’OpenAI
Mira Murati a dirigé le développement technique de ChatGPT, de DALL-E et de GPT-4 au sein d’OpenAI, où elle a brièvement assuré l’intérim à la direction générale en novembre 2023, lors de l’épisode de l’éviction puis du retour de Sam Altman à la tête de l’entreprise. Elle a quitté OpenAI avant de fonder Thinking Machines Lab en février 2025. La start-up a levé deux milliards de dollars dès sa création, pour une valorisation de 12 milliards de dollars, avant même la sortie de son premier produit. Sam Altman, avec qui Mira Murati a travaillé pendant plusieurs années chez OpenAI, figure dans les listes publiées des Young Global Leaders du Forum économique mondial, promotion 2015. Aucun élément vérifié ne permet en revanche d’établir un lien entre Mira Murati elle-même, ou Thinking Machines Lab, et le Forum économique mondial ou d’autres réseaux d’influence internationaux.
Washington face à l’avance chinoise sur l’IA ouverte
Sur les bancs d’essai publiés par Thinking Machines Lab elle-même, Inkling se classe derrière plusieurs modèles chinois, dont GLM 5.2 de la société Zhipu et Kimi K2.6 de Moonshot AI, ainsi que derrière les modèles propriétaires les plus avancés d’OpenAI et d’Anthropic. Sur le test SWE-Bench Verified, qui évalue les capacités de résolution de problèmes de programmation, Inkling obtient un score de 77,6 %, derrière DeepSeek V4 Pro et GLM 5.2, mais devant le modèle Nemotron 3 Ultra de Nvidia. Ce positionnement traduit un rattrapage plus qu’une domination : les marchés occidentaux sont jugés en retard sur les développeurs chinois dans la mise à disposition de modèles ouverts compétitifs, alors que la hausse des coûts de l’intelligence artificielle pousse un nombre croissant d’entreprises à se tourner vers des modèles chinois gratuits. Inkling entend ainsi offrir aux entreprises occidentales, confrontées à des freins réglementaires ou contractuels sur l’usage de technologies chinoises, une alternative développée aux États-Unis.
L’arrivée d’Inkling illustre la porosité croissante entre les écosystèmes d’intelligence artificielle américain et chinois, où l’innovation se nourrit désormais autant de la concurrence que de l’imitation technique. Reste à savoir si Thinking Machines Lab parviendra à transformer cette démonstration technologique en modèle économique viable, alors que plusieurs de ses ingénieurs ont déjà rejoint Meta ou OpenAI depuis la fondation de l’entreprise.