Inondations au Népal : un glacier s’effondre et fait au moins 180 morts

Les inondations au Népal ont fait au moins 180 morts et laissé 1300 personnes portées disparues, selon le décompte publié jeudi 27 août par l’agence népalaise de gestion des situations d’urgence. L’Institut d’études géologiques des États-Unis attribue la crue à l’effondrement d’un glacier, dont la violence a produit un signal sismique de magnitude 5,2. Parmi les disparus figurent 579 touristes, dont 393 de nationalité étrangère.

Mercredi 26 août, un poste-frontière entier a disparu sous l’eau en quelques secondes. Les caméras de surveillance de la limite népalo-tibétaine ont enregistré la scène. En contrebas, la vallée de la Trishuli, dans le district de Nuwakot au nord de Katmandou, puis celle de la Bhotekoshi à l’est de la capitale, ont été balayées.

Selon l’Institut d’études géologiques des États-Unis (USGS), l’origine de la crue est un effondrement de glacier. La masse détachée a libéré une telle énergie qu’elle a produit un signal sismique de magnitude 5,2 et déclenché des glissements en chaîne. Al Jazeera indique que l’USGS avait d’abord enregistré une secousse de magnitude 4,4 avant de réviser son analyse : le signal ne venait pas d’un tremblement de terre, mais du mouvement de masse lui-même. Le même média décrit un enchaînement en deux temps : les débris arrachés à la montagne ont d’abord obstrué la rivière Lhende, puis ce barrage improvisé a cédé.

Les premiers récits des médias d’État chinois évoquaient un simple glissement de terrain du côté tibétain, près du poste-frontière de Gyirong, à 1800 mètres d’altitude, avec 3 morts et 265 disparus. Le bilan a été révisé à la hausse d’heure en heure.

Le décompte des absents

Jeudi matin, les autorités népalaises restaient sans nouvelle de 1300 personnes, dont 579 touristes. Aucun décompte séparé n’a été communiqué pour les habitants népalais. Le bureau népalais du tourisme a publié dans la journée un relevé plus détaillé, cité par La Dépêche du Midi : 517 touristes étrangers restaient introuvables, dont 178 Indiens, 65 Américains, 53 Ukrainiens, 51 Malaisiens, 33 Britanniques, 25 Canadiens, 15 Australiens et 12 Israéliens. Les chancelleries avancent leurs propres chiffres, parfois divergents : l’Australie fait état de 34 ressortissants disparus, l’Ukraine de 53, la Corée du Sud de neuf, le Japon de cinq. Côté chinois, Pékin recense 558 personnes portées disparues sur son propre territoire.

Deux États, deux dispositifs

Le Premier ministre népalais Balendra Shah a appelé mercredi la nation himalayenne à « rester unie ». « L’État est à vos côtés avec tous ses moyens et ressources », a-t-il déclaré. Les forces de l’ordre évacuent les familles installées en zone inondable, les secouristes cherchent des survivants dans la boue.

Du côté chinois, la télévision publique CCTV a diffusé des images d’eaux charriant branches et débris. Près de 800 secouristes, 150 véhicules, des chiens renifleurs et des vedettes ont été déployés, selon l’agence Chine nouvelle. Fait rare, le président chinois Xi Jinping s’est exprimé peu après la catastrophe : « la priorité absolue est la mobilisation de tous les moyens pour rechercher et secourir les personnes disparues ».

Selon Al Jazeera, l’Inde a expédié dix tonnes de matériel de secours, les États-Unis ont débloqué 500 000 dollars et l’Union européenne a activé son service satellitaire Copernicus. Le même média fait état d’au moins 19 ponts emportés et d’une quarantaine de kilomètres de routes détruites dans les districts de Rasuwa, Nuwakot et Dhading.

Ce que dit la mécanique glaciaire

Le phénomène porte un nom dans la littérature scientifique : la vidange brutale d’un lac glaciaire, désignée par l’acronyme anglais GLOF. Une poche d’eau se forme à la surface ou au pied d’un glacier, retenue par un barrage de glace ou de moraine. Quand ce verrou cède, sous l’effet d’une avalanche ou d’un éboulement, la vague dévale les vallées plus vite que ne réagissent les dispositifs d’alerte.

Le Centre international pour le développement intégré des montagnes (ICIMOD), basé à Katmandou, dénombre environ 25 000 lacs glaciaires dans l’Hindou Kouch himalayen. Son rapport HI-WISE, publié le 20 juin 2023, en juge 200 dangereux et anticipe une hausse marquée du risque de vidange brutale d’ici la fin du siècle. Les glaciers de la région y ont perdu leur glace 65 % plus vite sur la décennie 2011-2020 que sur la précédente, et pourraient céder jusqu’à 80 % de leur volume d’ici 2100 sur la trajectoire d’émissions actuelle. La directrice générale adjointe de l’ICIMOD, Izabella Koziell, y résumait l’enjeu : « chaque fraction de degré de réchauffement compte ».

Rasuwagadhi, déjà, quatorze mois plus tôt

Le secteur touché cette semaine avait déjà servi de démonstration. Le 8 juillet 2025, une crue soudaine dévalait la Bhotekoshi jusqu’au poste de Rasuwagadhi, emportant le pont de l’Amitié qui relie le Népal au Tibet et un port sec en construction. Neuf morts, dix-neuf disparus.

Le département népalais d’hydrologie et de météorologie et l’ICIMOD en avaient établi l’origine par imagerie satellite, rapportait le Kathmandu Post : un lac supraglaciaire perché à 5 150 mètres en territoire tibétain, 36 kilomètres en amont, passé de 0,75 à 0,61 kilomètre carré entre deux prises de vue.

Le 16 août 2024, le village de Thame, dans la région de l’Everest, subissait un enchaînement comparable. Une étude de l’ICIMOD en a reconstitué la séquence : un éboulement au-dessus d’un lac situé à 4 900 mètres, une vague de déplacement, la rupture d’une première poche libérant 156 000 mètres cubes, puis celle d’un second lac en aval. Vingt-cinq maisons, une école et un poste de santé emportés, aucun mort.

Vingt et un lacs, deux sirènes

Le dispositif d’alerte reste sans commune mesure avec le risque recensé. Un rapport conjoint de l’ICIMOD et du Programme des Nations unies pour le développement, publié le 7 septembre 2020, a identifié 47 lacs glaciaires potentiellement dangereux dans les bassins de la Koshi, de la Gandaki et de la Karnali : 25 en Chine, 21 au Népal et un en Inde. Le même rapport recense 26 vidanges brutales survenues au Népal depuis 1977, dont quatorze déclenchées sur le territoire national.

Sur ces 21 lacs népalais classés dangereux, deux seulement étaient équipés d’un système d’alerte, indiquait le Kathmandu Post en juillet 2025.

Reste le signal transfrontalier. La vague de mercredi est née côté tibétain et a frappé le Népal quelques minutes plus tard, comme celle de juillet 2025. Rien, dans les faits rapportés jusqu’ici, n’indique qu’une alerte ait circulé entre les deux administrations avant l’impact.

Les recherches se poursuivent des deux côtés de la frontière. À 1800 mètres d’altitude, la boue met du temps à rendre ce qu’elle a pris.


Source : La Dépêche du Midi – ladepeche.fr