Édouard Philippe, Raphaël Glucksmann et Gabriel Attal ont été ciblés par des opérations numériques attribuées à des réseaux pro-russes, déclenchant alertes politiques et couverture médiatique à l’approche de 2027. Mais derrière l’ampleur prise par l’affaire apparaît un paradoxe désormais relevé par Arrêt sur Images, RTL, Le Monde, Le Huffington Post ou encore La Voix du Nord : les contenus originaux ont été très peu vus. Au point que Viginum recommande aux personnalités ciblées de ne pas leur offrir davantage de publicité.
Les ingérences étrangères sont déjà entrées dans la campagne présidentielle de 2027. Du moins dans la campagne médiatique.
Ces dernières semaines, plusieurs opérations de désinformation attribuées à des réseaux pro-russes ont ciblé des personnalités françaises susceptibles de jouer un rôle lors de la prochaine présidentielle. Édouard Philippe, passé par le programme young leader de la Fondation France-Amérique, fondée par les présidents Ford et VGE, membres du groupe Bilderberg, Raphaël Glucksmann, gendre du contributeur de l’agenda 2030, Ghassan Salamé et Gabriel Attal, Young global leader du Forum économique mondial ont successivement fait l’objet de contenus fabriqués, ensuite identifiés comme relevant d’opérations d’influence.
On retrouve pêle mêle, un faux post annonçant qu’Édouard Philippe souffrirait de démence, de prétendus enregistrements d’Edwy Plenel dans lesquels celui-ci affirmerait que Léa Salamé intervient auprès des médias en faveur de son compagnon Raphaël Glucksmann, ou encore une fausse Une de La Tribune Dimanche associant Gabriel Attal à un supposé empire de la drogue.
Sur le papier, l’arsenal semble taillé pour une campagne de déstabilisation massive. Sur les réseaux sociaux, la réalité apparaît nettement moins impressionnante.
RTL le reconnaît désormais explicitement : ces ingérences numériques peuvent faire la Une des médias alors que leur impact direct demeure « très faible ». Une interrogation s’impose donc : combien de Français avaient réellement vu ces faux avant que politiques, journalistes et médias ne commencent à en parler ?
Le tacle d’Arrêt sur Images
Arrêt sur images est probablement le média qui formule le plus clairement l’objection. Son titre : « Ingérence : couverture XXL pour des fakes russes à 30 000 vues » met directement en cause la disproportion entre l’audience initiale des faux contenus et leur reprise par la presse. Très peu, selon les éléments aujourd’hui disponibles.
Europe 1 dénonce une « grosse ficelle politicienne ».
Europe 1 a évoqué des opérations à l’impact limité, parfois vues seulement quelques milliers de fois, et a relayé les critiques portant sur une possible instrumentalisation politique et médiatique de ces affaires. La station cite notamment l’idée d’une « grosse ficelle politicienne ».
L’Observatoire du journalisme accuse Glucksmann de récupération politique
L’Observatoire du journalisme (OJIM), média très critique à l’égard des grands médias, a parlé d’une manipulation à « faible visibilité » qui aurait malgré tout fait la une de la presse. Il présente la réaction de Glucksmann comme une manière de transformer une attaque numérique marginale en séquence médiatique.ojim
Même Le Monde pose la question : faut-il « nourrir le troll » ?
Le constat ne vient plus seulement de médias critiques à l’égard du traitement réservé aux ingérences étrangères. Il apparaît désormais dans plusieurs titres de la presse généraliste.
Le Monde a ainsi relevé le « très faible retentissement sur le débat public » de ces opérations. Dans son analyse publiée au sein de la rubrique Pixels, le quotidien soulève une question centrale : en médiatisant massivement des contenus grossiers et initialement confidentiels, ne risque-t-on pas de « nourrir le troll » ?
La question est d’autant moins théorique que Viginum, le service français chargé de la vigilance et de la protection contre les ingérences numériques étrangères, recommande précisément aux personnalités visées de ne pas nécessairement communiquer sur ces attaques.
La raison est presque mécanique : dénoncer publiquement un faux peut contribuer à lui offrir une audience qu’il n’aurait jamais obtenue seul. Voilà tout le paradoxe.
Des opérations « peu visibles », mais très commentées
Le Huffington Post a lui aussi souligné ce décalage. Les opérations visant les responsables politiques français sont restées « peu visibles », observe le média, tout en bénéficiant ensuite d’une importante reprise médiatique.
La Voix du Nord arrive à un constat comparable : les campagnes visant Édouard Philippe, Raphaël Glucksmann et Gabriel Attal ont conservé une audience limitée malgré la place considérable qu’elles ont fini par occuper dans l’actualité politique.
Même constat au-delà des frontières françaises. La Libre Belgique indiquait début août que l’opération visant Gabriel Attal n’avait recueilli que quelques milliers de vues et que les précédentes campagnes dirigées contre Philippe et Glucksmann étaient, elles aussi, restées peu visibles.
Le décalage est donc désormais documenté par plusieurs médias : d’un côté, des opérations d’influence étrangères bien réelles et prises au sérieux par les autorités ; de l’autre, une diffusion initiale parfois extrêmement modeste. Entre les deux se trouve la caisse de résonance médiatique.
Sources :
RTL, Quentin Menu, « Les ingérences russes s’invitent dans la campagne de 2027 : qui a réellement vu les faux contenus ciblant des candidats ? », 10 août 2026.
Le Monde, rubrique Pixels, analyse consacrée au faible retentissement des opérations d’ingérence et au risque de « nourrir le troll ».
La Voix du Nord, « Philippe, Glucksmann, Attal : que faire contre les ingérences russes ? »
Arrêt sur images, « Ingérence : couverture XXL pour des fakes russes à 30 000 vues »
Europe 1, « Ingérences étrangères : ça commence à sentir la grosse ficelle politicienne »