L’industrie navale française aborde Euronaval 2026 en pleine forme. Naval Group livre actuellement deux frégates par an, un rythme record, souligne Challenges. Le salon de la défense navale s’ouvre ce mardi 3 novembre à Villepinte, avec plus de 700 exposants et une soixantaine d’entreprises de drones. Les conflits récents ont replacé la mer au coeur de la sécurité, et le marché mondial de la construction navale militaire s’envole.
Le chiffre parle de lui-même. Au chantier de Lorient, Naval Group sort désormais deux frégates par an. La frégate de défense et d’intervention Amiral Ronarc’h a été livrée à la Marine nationale en octobre 2025. La première FDI grecque, le Kimon, devait être remise à Athènes en décembre 2025, selon Mer et Marine. Le 30 octobre 2026, le groupe a livré à la Grèce la deuxième des quatre frégates commandées, selon Boursorama.
Mer et Marine rappelait dès la fin 2025 que Lorient allait achever quatre FDI en une quinzaine de mois, une cadence inédite depuis trente ans et le programme La Fayette des années 1990. La quatrième frégate grecque, le Themistocles, a été commandée fin 2025. La FDI est par ailleurs en compétition dans plusieurs pays, notamment au Portugal et en Suède. L’issue de ces appels d’offres décidera de la charge du chantier breton pour la décennie.
Euronaval, salon de la haute intensité
Organisé tous les deux ans, Euronaval fête sa 30e édition jusqu’à vendredi au parc des expositions de Villepinte, au nord de Paris. Son thème, « Vers la haute intensité », désigne dans le jargon militaire la perspective d’une guerre navale ouverte. Le président du salon, Pierre Eric Pommellet, également PDG de Naval Group et président du GICAN, rappelle que 80 % du commerce international passe par la mer et que les câbles sous-marins acheminent 99 % des communications, selon l’AFP.
Pour lui, la détection et la vitesse de réaction font la différence en combat naval. D’où la multiplication des capteurs, satellites, drones et sonars, et le recours accru à l’intelligence artificielle.
Le drone, nouveau matelot
Les drones sont les vedettes de cette édition. Une soixantaine d’entreprises spécialisées exposent, contre 17 il y a deux ans. La leçon vient de la mer Noire : depuis 2024, les drones de surface ukrainiens Magura ont coulé plusieurs navires russes. Un engin relativement bon marché peut désormais menacer un bâtiment de plusieurs centaines de millions d’euros. Dans le détroit d’Ormuz, l’Iran a montré qu’une marine modeste pouvait perturber le trafic avec des drones et des missiles côtiers.
Les états-majors parlent désormais de flottes hybrides, où drones aériens, de surface et sous-marins accompagnent frégates et sous-marins, qui restent indispensables.
Un marché mondial en forte hausse
Le contexte porte les industriels. Selon une étude publiée avant le salon, le marché mondial de la construction navale militaire devrait atteindre 122 milliards de dollars sur 2024-2025, contre 82 milliards lors de la période précédente étudiée. Les programmes de sous-marins nucléaires d’attaque dépassent 27 milliards de dollars, avec 17 unités lancées ou en construction, contre six auparavant. Les commandes de sous-marins conventionnels sont passées de 11 à 18 unités.
La participation israélienne reste encadrée : les exposants non gouvernementaux ne peuvent présenter que des équipements de défense antiaérienne, antimissile et antibalistique, après les tensions déjà observées au Bourget en 2025 et à Eurosatory en 2026.
Le défi de la cadence
Reste à tenir le rythme. Monter en cadence suppose des compétences rares, soudeurs, électriciens, ingénieurs systèmes, et une chaîne de sous-traitants capable de suivre. La filière navale, qui recrute massivement depuis plusieurs années, en fait son principal chantier.
Deux frégates par an, c’était impensable il y a dix ans. Dans un monde qui réarme, c’est peut-être déjà un plancher.
Sources : Challenges; Boursorama / AFP ; Mer et Marine