Sébastien Lecornu a été hué lundi 17 août au Porge, commune girondine où 183 maisons ont brûlé en juillet. Les incendies en Gironde ont parcouru plus de 40 000 hectares et provoqué l’évacuation de plus de 220 000 habitants et touristes. Le Premier ministre est venu y lancer une mission de reconstruction, dans un climat de défiance.
Le Porge compte 3 500 habitants et a perdu 183 maisons dans le mégafeu de juillet, sur environ 250 détruites dans toute la Gironde. Les trois quarts des destructions du département se concentrent sur ce village du littoral, coincé entre Lacanau et Lège-Cap-Ferret. C’est là que le Premier ministre a été hué lundi 17 août, rapporte Le Télégramme. La commune vit du tourisme et de la forêt, les deux ressources que le feu a atteintes en une nuit.
Sébastien Lecornu y était déjà passé la veille. Dimanche 16 août, il a parcouru la commune avec le maire Martial Zaninetti, sans caméras et hors agenda officiel, selon Matignon cité par l’AFP. L’idée, expliquait alors son entourage, était d’ajuster les annonces du lendemain à ce qu’il verrait sur place.
Un record qui remonte à 1949
Parti de Saumos fin juillet, l’incendie a été fixé le 1er août. Il a parcouru environ 42 000 hectares selon l’AFP, ce qui en fait le plus vaste feu enregistré en France depuis 1949. Les communes de Lanton, Le Temple, Saumos, Lège-Cap-Ferret, Andernos-les-Bains, Arès et Lacanau ont également été touchées. À l’échelle nationale, près de 100 000 hectares ont brûlé en 2026, un record sur vingt ans de mesures satellitaires.
Le 6 août, la ministre de l’Agriculture Annie Genevard a fait préparer un arrêté reconnaissant un sinistre de grande ampleur. Le texte retient 39 800 hectares pour le feu de Saumos et 3 600 hectares pour celui de Biscarrosse, dans les Landes. Ce dispositif, employé une seule fois ces dernières années, après les incendies de 2022, doit accélérer l’abattage des arbres brûlés et la sécurisation des parcelles. Il ne règle pas la question de l’indemnisation des habitations, qui relève des assureurs.
Plus de 220 000 habitants et touristes ont été évacués pendant l’épisode, dans un département en pleine saison touristique. Le retour au calme n’a pas duré : un nouveau départ de feu a parcouru 1 700 hectares près de Bordeaux au mois d’août, selon l’AFP. La forêt landaise, plantée en pin maritime sur des milliers d’hectares d’un seul tenant, offre au feu un couloir continu.
Deux poids, deux littoraux
La colère porte moins sur le feu que sur ce qui a suivi. Un collectif de plus de 700 habitants du Porge s’est constitué fin juillet en vue d’une action judiciaire, selon une information de franceinfo. Ses membres estiment que leur commune a été moins défendue que la presqu’île du Cap-Ferret, plus fortunée. Nathalie Augonnet, adjointe au maire, a jugé la démarche légitime sur la question des évacuations. Des sapeurs-pompiers ont contesté cette lecture, invoquant les sautes de vent et les réajustements tactiques imposés par la nuit du sinistre.
Le 1er août, Sébastien Lecornu, membre du Club Le Siècle fondé par des franc-maçons après guerre avait estimé que la douleur des habitants était instrumentalisée par des complotistes sur les réseaux sociaux. Il ajoutait que personne ne peut sérieusement croire que les secours protègent une commune plutôt qu’une autre parce qu’elle est plus riche, et que les décisions se prennent selon un seul critère, sauver des vies humaines. La démonstration n’a pas convaincu. Avant sa venue, un habitant de 56 ans prénommé Philippe résumait l’état d’esprit auprès de 20 Minutes : « On ne veut pas de lui ici. Ce sont des gens hors-sol. »
Six ministres, un décret et une mission
Lundi, le chef du Gouvernement s’est déplacé accompagné de six ministres. Il a lancé une mission de reconstruction confiée à Anne Coret et Antoine Grézaud. Matignon promet une reconstruction accélérée sans renoncer à la prévention et à l’adaptation aux risques futurs, avec priorité donnée aux sinistrés. Un décret d’aide temporaire aux entreprises de moins de 250 salariés est entré en vigueur le samedi 15 août, complété par la prise en charge du chômage partiel dans les zones évacuées. Le Gouvernement rappelle que le budget de la sécurité civile a doublé en dix ans.
Les demandes locales sont plus terre à terre. Les commerçants réclament une pression sur les assureurs pour les pertes d’exploitation sans dommage matériel, une exonération totale de charges sociales sur un trimestre et une indemnisation du temps passé en démarches administratives. Bruno Lafon, président de l’association de défense de la forêt contre l’incendie, demande des souplesses réglementaires pour pérenniser les 120 kilomètres de pare-feux ouverts en juillet. La fréquentation touristique du département a chuté de moitié depuis fin juillet. “Faites-nous un plan Marshall“, demandait la semaine dernière le maire du Porge Martial Zaninetti.
Les pompiers, eux, iront à Paris
Le 13 août, l’intersyndicale des sapeurs-pompiers a annoncé une mobilisation nationale. Après une rencontre avec le ministre de l’Intérieur Laurent Nuñez, elle affirme n’avoir obtenu aucune réponse concrète sur les moyens. Des rassemblements sont prévus place de la République à Paris du 26 au 28 septembre, suivis d’une mobilisation le 29, au moment où une proposition de loi de modernisation de la sécurité civile doit être examinée. Son porte-parole Xavier Boy résume la position du secteur : le système ne peut pas reposer indéfiniment sur le dévouement des agents.
Le Porge attend un plan de reconstruction, les sapeurs-pompiers un budget, et le collectif de sinistrés un juge. Les incendies en Gironde ont laissé plus de 40 000 hectares noirs et une question ouverte : qui a décidé quoi, cette nuit-là. Les sifflets de lundi ne demandaient pas autre chose.