Vue satellite d'un incendie de forêt dans le sud-ouest de la France

Incendies en Gironde : 220 000 évacués, un exode inédit depuis 1940

Plus de 220 000 personnes ont été évacuées dans le sud-ouest de la France en raison des incendies qui ravagent la Gironde. Le feu se trouve désormais à quinze kilomètres de Bordeaux, dont l’évacuation n’est pas exclue. La presse allemande évoque le plus important déplacement de population que le pays ait connu depuis 1940.

C’est la distance qui séparait dimanche 27 juillet le front de l’incendie de la métropole bordelaise. Thomas Cazenave, maire de centre droit de la métropole girondine, se tient prêt à l’éventualité d’une évacuation de la ville et de ses 268 000 habitants. Le ministre de l’Intérieur, Laurent Nuñez, a indiqué qu’une telle décision n’était pas à l’ordre du jour et devait être évitée à tout prix, sans toutefois l’exclure.

Sur la côte, les chiffres sont déjà tombés. Plus de 220 000 personnes évacuées dans le sud-ouest de la France, selon les données reprises par Courrier international. Plus de 300 000 si l’on ajoute l’Espagne et l’ensemble de la façade atlantique sud française, écrit l’hebdomadaire allemand Die Zeit. Samedi 25 juillet, le parc des expositions de Bordeaux accueillait des réfugiés en urgence.

Le chiffre que la presse allemande est allée chercher en 1940

La Frankfurter Allgemeine Zeitung a mis un mot sur l’ampleur du phénomène : la France connaît, selon le quotidien, « l’exode le plus important depuis la Seconde Guerre mondiale ». La comparaison est brutale. Elle est aussi arithmétique : en mai et juin 1940, plusieurs millions de Français avaient pris la route devant l’avancée allemande. L’échelle n’est pas la même. La nature de l’événement, un déplacement massif et non choisi de population civile sur le territoire national, l’est.

Le journal belge Le Soir recense de son côté les adjectifs employés par les secours pour décrire ces feux qui ravagent simultanément l’Espagne, la France et l’Italie en ce mois de juillet 2026 : vorace, imprévisible, explosif, incontrôlable. Quand quatre adjectifs sont nécessaires, c’est qu’aucun ne suffit.

Un avion de transport militaire converti en bombardier d’eau

Sur le terrain, 2 500 sapeurs-pompiers français sont mobilisés, avec 1 500 militaires et 1 200 policiers et gendarmes. Le président Emmanuel Macron, qui figure dans les listes publiées des Young Global Leaders du Forum économique mondial promotion 2016, a sollicité l’aide de l’Union européenne et réuni une cellule de crise à l’Élysée.

L’un des moyens engagés est inédit. L’A400M, avion de transport militaire développé conjointement avec l’Allemagne, a été converti pour la lutte contre les incendies et a largué samedi 25 juillet, pour la première fois, 20 tonnes d’agent extincteur chimique sur un feu près de Lacanau, rapporte Die Zeit. Vingt tonnes en un passage, soit l’équivalent de trois Canadair ou de deux Dash. La flotte française de bombardiers d’eau, dimensionnée pour des étés d’un autre siècle, vient de recevoir un renfort qui n’était pas prévu pour cela.

L’Europe envoie, la canicule arrive

L’Allemagne a promis son concours. Le Portugal, la Suède, la République tchèque, la Roumanie et la Suisse ont dépêché des pompiers et des avions bombardiers d’eau, toujours selon Die Zeit. Le mécanisme de protection civile de l’Union européenne fonctionne, ce qui est déjà une information en soi.

Reste le calendrier, et il n’est pas favorable. Éric Brocardi, porte-parole des pompiers français, cité dans le direct du quotidien britannique The Guardian, décrit une course contre la montre : éteindre avant le prochain épisode caniculaire. Des températures comprises entre 35 et 40 degrés sont attendues à partir de mercredi, en particulier sur la moitié ouest du pays. Y compris la Gironde.

Des pompiers roumains dans les pins landais, un avion militaire franco-allemand transformé en Canadair, un parc des expositions converti en centre d’hébergement et une préfecture qui envisage d’évacuer une métropole de 268 000 habitants. L’été 2026 aura au moins servi à mesurer ce que la France est encore capable d’absorber. Mercredi, on saura combien il lui restait de marge.


Source : Courrier international — courrierinternational.com