ICE à New York : des agents fédéraux tirent sur un automobiliste avec un enfant de 5 ans à bord

Une intervention de la police américaine de l’immigration (ICE) a tourné à la fusillade, jeudi 8 octobre 2026, dans le nord de New York. Un automobiliste a été blessé par balle au cou alors qu’un enfant de 5 ans se trouvait à l’arrière de son véhicule. L’incident, inédit dans la ville, provoque une vive confrontation entre les autorités locales et l’administration Trump, sur fond de tensions croissantes autour des opérations fédérales contre l’immigration clandestine.

La présence de la police fédérale de l’immigration américaine dans les rues de New York vient de provoquer une nouvelle crise politique. Jeudi 8 octobre, en milieu d’après-midi, des agents de l’Immigration and Customs Enforcement (ICE) ont ouvert le feu sur un automobiliste dans le quartier de Marble Hill, à la frontière entre le Bronx et Manhattan, près de la Harlem River.

Touché au cou, le conducteur a été transporté à l’hôpital. Un garçon de 5 ans, installé sur la banquette arrière au moment des tirs, serait sorti indemne de l’intervention, selon les informations communiquées par le maire de New York, Zohran Mamdani.

Il s’agit, selon Le Monde, de la première fusillade impliquant des agents de l’ICE dans la métropole américaine, où la politique migratoire du gouvernement fédéral suscite de profondes tensions avec les autorités municipales.

Des impacts de balles sur le véhicule et des agents lourdement armés

Les circonstances exactes de l’intervention restent à éclaircir. Une vidéo relayée par le New York Post montre un homme assis au sol, manifestement interpellé, à proximité d’un SUV gris. Un agent fédéral portant un gilet jaune se tient non loin de lui, équipé d’un fusil d’assaut dont le canon est dirigé vers le haut.

Des photographies prises après l’intervention révèlent plusieurs impacts de projectiles sur la carrosserie du véhicule. L’un d’eux se situe au centre du pare-brise, témoignant de la violence des tirs.

Lors d’une conférence de presse, Zohran Mamdani a affirmé que les agents fédéraux avaient encerclé la voiture avant de faire usage de leurs armes. Le maire a également mis en cause leur apparence, évoquant des individus portant des gilets de chantier et des masques dissimulant leur visage, sans signes suffisamment reconnaissables permettant, selon lui, de les identifier comme des représentants des forces de l’ordre.

La police municipale new-yorkaise, le NYPD, a rapidement pris ses distances avec l’opération. Dans un communiqué, elle a précisé n’avoir participé ni à son organisation ni à son exécution, l’intervention relevant exclusivement des autorités fédérales.

Cette distinction est particulièrement importante à New York, où la municipalité applique une politique de protection des migrants et limite sa coopération avec les services fédéraux chargés de l’immigration.

Jusqu’à présent, les opérations de l’ICE dans la ville s’étaient principalement concentrées autour du 26 Federal Plaza, un bâtiment fédéral de Manhattan abritant notamment le tribunal de l’immigration. Des personnes venues y effectuer des démarches administratives y ont déjà été arrêtées par les agents fédéraux.

Zohran Mamdani exige l’arrêt des opérations de l’ICE à New York

La réaction du maire ne s’est pas fait attendre. Zohran Mamdani a dénoncé un incident d’une extrême gravité, mettant directement en cause les méthodes employées par la police de l’immigration.

Dans un communiqué, l’élu a annoncé avoir sollicité un échange avec le président américain Donald Trump afin d’exiger la cessation des interventions de l’ICE sur le territoire new-yorkais.

Le maire a accusé les agents fédéraux d’entretenir un climat de peur au sein des communautés immigrées et assuré qu’il ne resterait pas inactif face à ces opérations.

Il est allé plus loin en réclamant purement et simplement la suppression de l’agence fédérale, reprenant le mot d’ordre « Abolish ICE », devenu un slogan des mobilisations contre la politique migratoire américaine.

Cette revendication avait notamment pris de l’ampleur après la mort de deux citoyens américains à Minneapolis, dans le Minnesota, en janvier 2026, dans un contexte d’interventions des forces fédérales chargées de l’immigration.

La fusillade du Bronx intervient ainsi dans une confrontation politique déjà particulièrement tendue entre l’administration Trump et plusieurs municipalités américaines qui refusent de participer activement aux opérations d’expulsion.

Le gouvernement Trump défend une opération visant un suspect dominicain

Dans la soirée du 8 octobre, le département américain de la sécurité intérieure (DHS), dont dépend l’ICE, a livré sa propre version des événements.

Selon les autorités fédérales, les agents menaient une opération ciblée destinée à interpeller un ressortissant dominicain en situation irrégulière, présenté comme ayant des antécédents judiciaires.

Le DHS affirme que l’homme avait déjà été condamné pour vol aggravé et arrêté à plusieurs reprises dans des affaires d’agression, de vol avec violence, de stupéfiants et de détention d’armes.

L’administration fédérale le présente également comme un membre des Trinitarios, un gang d’origine dominicaine implanté notamment à New York. Le ministère établit un lien entre cette organisation et une attaque armée contre un agent de la Border Patrol en 2025.

Ces éléments constituent la version officielle du DHS et ne permettent pas, à eux seuls, de déterminer les circonstances ayant conduit les agents à ouvrir le feu.

Dans son communiqué, le département s’en prend également aux responsables politiques des villes dites « sanctuaires », accusés d’entraver l’action des autorités fédérales.

New York appartient à cette catégorie de municipalités qui encadrent strictement la coopération de leurs services locaux avec la police de l’immigration. Une politique que l’administration Trump critique régulièrement dans le cadre de son programme de lutte contre l’immigration clandestine.

La gouverneure de New York réclame des explications aux autorités fédérales

Au-delà de la municipalité, l’intervention a également suscité une réaction au sommet de l’État de New York.

La gouverneure démocrate Kathy Hochul a demandé aux autorités fédérales de fournir un récit détaillé et transparent du déroulement de la fusillade.

Elle estime que les habitants doivent pouvoir connaître les raisons exactes ayant conduit les agents à faire usage de leurs armes, ainsi que les circonstances dans lesquelles un enfant s’est retrouvé exposé aux tirs.

Cette demande intervient alors que plusieurs questions demeurent sans réponse, notamment sur le déroulement de l’interpellation, l’existence d’une menace immédiate et les conditions dans lesquelles les agents ont décidé d’utiliser une force potentiellement mortelle.

Une manifestation annoncée après la fusillade dans le Bronx

Les organisations mobilisées contre la présence de l’ICE à New York ont également réagi. L’association Hands off New York, engagée dans la contestation des opérations fédérales d’immigration, a dénoncé le comportement de l’agent ayant ouvert le feu.

Sa coprésidente, Rebecca Rodriguez, a estimé que les tirs avaient exposé à un danger mortel non seulement le conducteur, mais aussi l’enfant présent dans le véhicule.

L’organisation accuse plus largement l’ICE de mener des opérations insuffisamment contrôlées et de recourir à la force dans des conditions qu’elle juge incompatibles avec la sécurité des habitants.

Un rassemblement a été annoncé pour vendredi 9 octobre afin de protester contre la fusillade et contre la présence des agents fédéraux dans la ville.

Sept morts et trente interventions avec tirs depuis janvier 2025

L’incident du Bronx s’inscrit dans un contexte national marqué par une multiplication des épisodes impliquant l’usage d’armes à feu par la police de l’immigration.

Selon le bilan rapporté par Le Monde, les agents de l’ICE ont ouvert le feu à trente reprises depuis le retour de Donald Trump à la Maison Blanche, en janvier 2025.

Ces interventions ont entraîné la mort de sept personnes, parmi lesquelles figurent trois citoyens américains.

Ces chiffres alimentent les interrogations sur les règles d’engagement des agents fédéraux et sur les conditions dans lesquelles ils peuvent recourir à leurs armes lors d’opérations d’interpellation.

À New York, la fusillade du 8 octobre marque une nouvelle étape dans ce débat. Entre les accusations formulées par le maire, la défense de l’opération par le DHS et les demandes d’explications de la gouverneure, les circonstances précises des tirs restent au centre des interrogations.

La présence d’un enfant de 5 ans à bord du véhicule donne à cette affaire une dimension particulièrement sensible, alors que les autorités locales attendent toujours des réponses détaillées sur le déroulement de l’intervention.

Sources :

Le Monde — « À New York, l’ICE ouvre le feu sur le conducteur d’une voiture, avec un enfant à l’arrière du véhicule », Nicolas Chapuis, 9 octobre 2026.

New York PostArticle rédigé à partir des informations fournies dans la source principale, avec reformulation originale. Les déclarations des autorités et les chiffres rapportés n’ont pas fait l’objet d’une vérification indépendante supplémentaire.