Ibrahim Traoré, chef de l’État du Burkina Faso, a évoqué à la télévision nationale « plus de mille ans » d’esclavage lié aux conquêtes arabes en Afrique. Ces propos, restés discrets dans les médias occidentaux, ont provoqué de vives réactions dans le monde arabe, en particulier en Mauritanie. Ils rouvrent un chapitre mémoriel longtemps occulté.
Le capitaine Ibrahim Traoré, à la tête du Burkina Faso depuis 2022, a abordé la question de la traite arabo-musulmane lors d’une intervention à la télévision burkinabè, le jeudi 16 juillet 2026.
Il a fait référence à plus de mille ans d’esclavage pratiqué dans le cadre des conquêtes arabes, selon l’article publié par 21news. L’écrivain Kamel Daoud, cité par le média, y voit la levée de l’un des tabous les mieux gardés des récits décoloniaux.
Ces déclarations ont suscité peu d’écho dans la presse occidentale, mais de fortes réactions dans plusieurs pays arabes, la Mauritanie étant particulièrement visée dans les débats. Le sujet reste sensible sur un continent où la mémoire de l’esclavage est le plus souvent associée à la traite transatlantique et à la colonisation européenne.
Une mémoire longtemps reléguée
La traite dite orientale ou transsaharienne s’est déployée sur une période bien plus longue que la traite atlantique. Elle a concerné, du VIIe au XXe siècle, des millions de personnes déportées à travers le Sahara, la mer Rouge et l’océan Indien. Cette histoire demeure moins présente dans le débat public et l’enseignement que celle du commerce triangulaire, ce que soulignent régulièrement historiens et essayistes.
En portant ce sujet sur la scène publique, Ibrahim Traoré s’inscrit dans une démarche de réappropriation mémorielle. Il met en avant une part de l’histoire africaine qui échappe au cadre habituel de la dénonciation du seul héritage occidental.
Une portée politique assumée
Au-delà de la dimension historique, la sortie du dirigeant burkinabè comporte une charge politique. Selon la lecture proposée par 21news, elle vise aussi les fondements idéologiques de l’islamisme, qui alimente l’insécurité au Sahel et déstabilise le Burkina Faso, confronté depuis des années à des groupes armés. En liant mémoire de l’esclavage et critique du projet islamiste, Ibrahim Traoré cherche à conforter un discours souverainiste.
La réouverture de ce dossier illustre la manière dont l’histoire peut devenir un instrument de politique intérieure et régionale. Reste à savoir si ce débat, encore embryonnaire, trouvera un prolongement académique et diplomatique au-delà des passions qu’il suscite.