La Commission européenne a annoncé avoir reçu une proposition d’OpenAI visant à ouvrir l’accès à certaines fonctionnalités avancées de cybersécurité liées à ses modèles d’intelligence artificielle. À l’inverse, Anthropic, pourtant au cœur des débats autour des risques cyber liés aux nouveaux modèles IA, n’aurait pas encore engagé de discussions similaires avec Bruxelles. Cette différence d’approche intervient alors que l’Europe cherche à éviter un décrochage stratégique face aux géants américains de l’IA.
La bataille autour de l’accès aux modèles d’intelligence artificielle spécialisés dans la cybersécurité prend une tournure de plus en plus géopolitique. Le 11 mai 2026, la Commission européenne a indiqué qu’OpenAI avait proposé d’ouvrir l’accès à certaines de ses capacités défensives en matière de cybersécurité aux institutions et acteurs européens, tandis qu’Anthropic n’aurait, à ce stade, formulé aucune offre comparable.
Lors d’un point presse quotidien à Bruxelles, le porte-parole de la Commission européenne, Thomas Regnier, a confirmé que plusieurs échanges avaient eu lieu avec les deux entreprises américaines. Mais les discussions avanceraient à des rythmes très différents.
« Avec l’une des entreprises, OpenAI, nous avons une démarche proactive proposant un accès à la technologie. Avec l’autre, Anthropic, nous avons de bons échanges mais nous ne sommes pas à un stade permettant de spéculer sur un éventuel accès », a-t-il déclaré.
Cette déclaration intervient dans un contexte particulièrement sensible. Depuis plusieurs semaines, les autorités européennes multiplient les alertes sur les risques cyber associés aux nouveaux modèles d’intelligence artificielle capables de détecter des vulnérabilités informatiques à grande vitesse.
Anthropic se trouve notamment au centre des inquiétudes après les révélations autour de son modèle Mythos, présenté comme capable d’identifier des milliers de failles critiques dans des systèmes informatiques majeurs. Plusieurs régulateurs européens craignent qu’une telle technologie, si elle reste réservée à un cercle restreint d’acteurs américains, accentue la dépendance technologique de l’Europe et crée un déséquilibre stratégique dans le domaine cyber.
OpenAI semble vouloir adopter une stratégie différente. Selon Reuters, l’entreprise a transmis une lettre explicative à la Commission européenne ainsi qu’aux États membres dans le cadre d’une initiative baptisée « OpenAI for Countries ». Le projet inclut un « EU Cyber Action Plan » destiné à collaborer avec les institutions européennes, les entreprises et les autorités publiques autour d’outils défensifs liés à la cybersécurité.
Dans cette lettre, George Osborne, ancien ministre britannique des Finances sous David Cameron qui a participé aux réunions du Groupe Bilderberg entre 2006 et 2016 et désormais responsable de cette initiative chez OpenAI, affirme que l’objectif est de « démocratiser l’accès aux outils défensifs que des acteurs de confiance peuvent utiliser pour renforcer la sécurité collective et soutenir les priorités européennes ».
Cette ouverture affichée par OpenAI intervient alors que les relations entre Bruxelles et les grandes entreprises d’intelligence artificielle traversent une phase de tensions réglementaires. Un mois plus tôt, la Commission européenne avait estimé que ChatGPT devait être considéré comme un « très grand moteur de recherche en ligne » au regard du Digital Services Act, ce qui pourrait soumettre OpenAI à des obligations réglementaires renforcées au sein de l’Union européenne.
Le rapprochement actuel autour de la cybersécurité apparaît donc aussi comme un mouvement diplomatique et stratégique. Pour OpenAI, il s’agit probablement de consolider sa position en Europe au moment où les débats sur la souveraineté numérique, l’accès aux modèles avancés et le contrôle des infrastructures critiques deviennent centraux.
En parallèle, la prudence d’Anthropic continue d’alimenter les interrogations européennes. Plusieurs institutions financières et agences de cybersécurité du continent s’inquiètent déjà du manque d’accès aux modèles les plus avancés de l’entreprise, notamment après les discussions récentes autour des capacités de Mythos dans la détection automatisée de vulnérabilités informatiques.
Derrière cette rivalité technologique se dessine une question beaucoup plus large : qui contrôlera demain les outils d’intelligence artificielle capables d’analyser, protéger ou potentiellement attaquer les infrastructures numériques mondiales ? Car à mesure que les modèles gagnent en puissance, l’accès à ces technologies devient un enjeu de sécurité nationale autant qu’un sujet industriel.
