Hôtel particulier de Paris : la mairie liquide sur Leboncoin

Facade d'un hotel particulier haussmannien a Paris
Photo : Kadir Avşar / Pexels (Pexels License)

Invendu aux enchères l’an dernier à 4,5 millions d’euros, l’hôtel particulier Haviland, propriété de la Ville de Paris dans le 17e arrondissement, se retrouve depuis le 1er août sur Leboncoin, affiché à 3,3 millions d’euros. Ancienne ambassade de Corée du Sud puis siège de la Maison de l’Europe, la bâtisse de 611 m² illustre la stratégie de cession d’actifs engagée par la municipalité face à une dette de 9,3 milliards d’euros.

Un palais du XIXe siècle qui ne trouve pas preneur

Au 29, avenue de Villiers, derrière une façade néo-Renaissance construite en 1880 par l’architecte Jules Février, se cache l’hôtel Haviland : 611 m² habitables, plus sous-sol et combles, une cour de 56 m², des plafonds de quatre mètres au rez-de-chaussée, un escalier de bois sculpté, des boiseries d’époque et un parquet Versailles. De quoi faire tourner la tête n’importe quel acheteur, sauf que celui-ci n’est jamais venu. Mis aux enchères fin 2025 à 4,5 millions d’euros, l’immeuble n’a trouvé aucun repreneur. La Ville de Paris a donc changé de méthode : direction Leboncoin, comme n’importe quel deux-pièces à vendre entre particuliers.

De l’ambassade de Corée à la Maison de l’Europe

L’histoire de la bâtisse a plus de rebondissements qu’une intrigue de série. La Ville de Paris l’a rachetée en 1978 à la République de Corée, qui y logeait alors son ambassade. Le Conservatoire Claude-Debussy y a ensuite posé ses partitions de 1982 à 2013, avant que la Maison de l’Europe n’y installe son siège de 2017 à 2024. Depuis, les lieux sont vides. L’annonce publiée sur Leboncoin le classe d’ailleurs en “équipement d’intérêt collectif et service public”, la case administrative qui autorise encore, en théorie, un usage associatif ou institutionnel.

Un rabais de 1,2 million d’euros affiché comme un bon plan

Sur la petite annonce, le ton reste sobre, presque banal, pour un bien de cette catégorie. Le prix, lui, a fondu : 3,3 millions d’euros contre 4,5 millions un an plus tôt, soit 1,2 million de rabais. De quoi transformer un hôtel particulier du 17e en occasion à ne pas manquer, du moins sur le papier. Reste à savoir si le grand public de Leboncoin est le bon public pour un bien classé aux normes de service public, avec les contraintes d’usage que cela suppose.

La dette parisienne en toile de fond

Cette vente n’est pas un cas isolé. Fin 2024, la dette de la Ville de Paris atteignait 9,3 milliards d’euros, un niveau qui pousse la municipalité à multiplier les cessions d’actifs immobiliers pour dégager des recettes. Le maire du 17e arrondissement, Geoffroy Boulard, a critiqué cette stratégie, estimant que la Ville “vend des biens patrimoniaux à prix réduits pour des recettes de court terme”. Une pique qui résume assez bien le malaise : brader du patrimoine centenaire pour combler un trou budgétaire, quitte à le faire sur la même plateforme que les canapés d’occasion.

L’hôtel Haviland attend donc son nouveau propriétaire, quelque part entre les petites annonces immobilières et les débats sur la gestion des deniers publics. Reste à voir si, cette fois, l’affaire se conclura ailleurs qu’en salle des ventes.


Source : Capital.fr — https://www.capital.fr/immobilier/invendable-aux-encheres-cet-hotel-particulier-de-la-ville-de-paris-atterrit-sur-leboncoin-1528983