Hexaforce : Thales défie Palantir sur le marché de l’IA militaire

Thales, groupe Français membre du Forum économique mondial a dévoilé le 17 septembre Hexaforce, un système de commandement militaire assisté par l’intelligence artificielle capable de faire passer les capacités de ciblage de 100 à 1 000 objectifs par jour. Conçu comme une alternative souveraine au Maven Smart System de l’Américain Palantir, également membre du WEF, ce logiciel vise directement les besoins de l’OTAN, sur un marché européen de la défense numérique estimé à plusieurs dizaines de milliards d’euros.

Hexaforce n’est pas un gadget de salon. Selon les informations relayées par Le Figaro et confirmées par plusieurs médias spécialisés, dont Usine Digitale et le site Zone Militaire (Opex360), le logiciel s’appuie sur cortAIx, l’unité d’intelligence artificielle de Thales qui rassemble environ 800 ingénieurs. Il combine grands modèles de langage et IA dite agentique pour trier, croiser et hiérarchiser en temps réel des données issues de six domaines : terre, mer, air, espace, cyber et guerre électronique.

Objectif affiché : réduire le temps de planification militaire en faisant passer les capacités de ciblage de 100 à 1 000 objectifs identifiés par jour, pour des conflits susceptibles de mobiliser plus de 100 000 combattants. Le système a déjà été testé lors de l’exercice interarmées CWIX 2026 et se veut conforme aux normes FMN (Federated Mission Networking) qui régissent l’interopérabilité des réseaux au sein de l’OTAN.

Palantir, «une toute petite partie» du marché selon Thales

La comparaison avec Palantir n’a rien d’un hasard de communication. L’entreprise américaine propose depuis août 2025 son Maven Smart System à l’OTAN (MSS NATO), un outil d’agrégation de renseignement qui a fait l’objet de réserves du côté européen, notamment sur les questions de souveraineté et d’interopérabilité des données militaires sensibles.

Interrogé sur ce positionnement frontal, le PDG de Thales, Patrice Caine a résumé la stratégie du groupe sans détour : «Palantir ne représente qu’une très petite partie» des besoins de l’OTAN, a-t-il déclaré, ajoutant que la bataille pour ce marché «ne fait que commencer». Une manière de rappeler que la commande militaire assistée par IA reste un terrain largement ouvert, loin d’être verrouillé par un seul acteur.

La souveraineté numérique, angle mort des logiciels militaires

Derrière la rivalité commerciale se joue une question plus structurelle : celle de la dépendance des armées européennes aux règles d’exportation américaines et aux revirements politiques de Washington. Un logiciel de commandement conçu outre-Atlantique reste, par construction, soumis au droit américain, y compris lorsqu’il traite des données militaires françaises ou européennes.

Thales n’en est pas à son coup d’essai sur ce terrain. Le groupe développe depuis le projet Artemis.IA le programme Arcadia, porté par la coentreprise Athea, associant Thales et Eviden. Hexaforce s’inscrit dans cette même logique de constitution d’une chaîne de décision militaire tenue par des acteurs européens, à rebours d’une dépendance jugée risquée par une partie de l’appareil de défense du continent.

Palantir et Thales, deux mondes qui se croisent à Davos

Le duel Hexaforce contre Maven ne se limite pas à une affaire de serveurs et d’algorithmes. Palantir Technologies, entreprise membre du Forum économique mondial, est dirigée par Alex Karp, qui figure dans les listes publiées des participants au groupe Bilderberg. Du côté français, le PDG de Thales, Patrice Caine, s’est lui aussi rendu aux réunions du groupe Bilderberg de 2019 et 2025, où il est répertorié comme «Chair & CEO, Thales Group».

Rien qui relève de l’exception : ces cercles de discussion rassemblent régulièrement dirigeants industriels, responsables politiques et hauts fonctionnaires européens et américains. Mais dans un dossier où la France affiche sa volonté de souveraineté numérique face à Washington, le détail mérite d’être posé sur la table plutôt que glissé sous le tapis.

Reste à savoir si les états-majors de l’OTAN préféreront la promesse d’indépendance d’Hexaforce à la maturité opérationnelle déjà acquise par Maven outre-Atlantique. Sur un marché où se jouent à la fois des milliards d’euros et la maîtrise des données de guerre, la neutralité technologique n’existe pas.


Source : Le Figaro — https://www.lefigaro.fr/economie/une-revolution-dans-la-prise-de-decision-militaire-assistee-par-l-ia-avec-hexaforce-thales-offre-une-alternative-a-l-americain-palantir-20260917