Les frappes attribuées aux forces américaines et saoudiennes contre des positions liées au Hachd al-Chaabi en Irak illustrent une nouvelle phase de l’affrontement indirect entre Washington et Téhéran. Alors que les milices chiites irakiennes dénoncent une attaque contre leur souveraineté, les États-Unis et l’Arabie saoudite invoquent la nécessité de répondre à des menaces sécuritaires. Cette opération intervient dans un contexte régional marqué par l’élargissement des tensions militaires au Moyen-Orient.
L’Irak se retrouve une nouvelle fois au centre d’un bras de fer qui dépasse largement ses frontières. Des frappes aériennes attribuées aux États-Unis et à l’Arabie saoudite contre des positions liées au Hachd al-Chaabi, une coalition de groupes armés majoritairement chiites intégrée aux forces de sécurité irakiennes, ont provoqué de vives réactions à Bagdad et ravivé les tensions entre Washington et Téhéran.
Selon les déclarations des autorités américaines, ces opérations visaient des infrastructures utilisées par des groupes armés accusés de mener des attaques contre des intérêts américains et leurs partenaires dans la région. Le commandement militaire américain a présenté ces frappes comme une action de défense destinée à neutraliser des capacités logistiques et militaires considérées comme une menace.
De leur côté, les Forces de mobilisation populaire, connues sous l’acronyme Hachd al-Chaabi, ont affirmé que plusieurs de leurs positions avaient été touchées, notamment des installations situées dans la région de Bagdad et dans l’est de l’Irak. L’organisation a annoncé la mort de plusieurs combattants ainsi que celle de personnels liés à ses structures. Les responsables irakiens ont dénoncé une violation de la souveraineté nationale et appelé à éviter que leur pays ne devienne un terrain d’affrontement entre puissances rivales.
Le Hachd al-Chaabi, un acteur majeur de l’Irak contemporain
Pour comprendre l’importance de ces frappes, il faut revenir à la naissance du Hachd al-Chaabi en 2014. Cette coalition de groupes armés a émergé après l’offensive fulgurante du groupe État islamique en Irak et la chute de plusieurs villes, dont Mossoul. À l’époque, un appel religieux lancé par le grand ayatollah Ali al-Sistani avait encouragé la mobilisation populaire pour défendre le pays face aux djihadistes.
Rapidement, plusieurs milices chiites déjà existantes se sont regroupées sous cette bannière. Certaines entretenaient des liens historiques avec l’Iran, notamment avec le Corps des gardiens de la révolution islamique. Après la défaite territoriale de l’organisation État islamique en 2017, le Hachd al-Chaabi a été officiellement intégré au système sécuritaire irakien, tout en conservant une forte autonomie pour plusieurs de ses composantes.
Cette double nature institutionnelle d’un côté, proche de l’Iran pour certaines factions de l’autre a longtemps placé le Hachd au cœur des tensions régionales.
Un nouvel épisode dans l’affrontement entre Washington et Téhéran
Les frappes contre des groupes affiliés au Hachd al-Chaabi s’inscrivent dans une longue série de confrontations indirectes entre les États-Unis et l’Iran sur le sol irakien. En décembre 2019, Washington avait déjà frappé des positions des brigades du Hezbollah irakien, une faction membre du Hachd al-Chaabi, après des attaques visant des intérêts américains. Quelques jours plus tard, en janvier 2020, une frappe américaine à Bagdad avait tué le général iranien Qassem Soleimani, commandant de la force Al-Qods, ainsi qu’Abou Mahdi al-Mouhandis, figure majeure du Hachd al-Chaabi.
Cet épisode avait provoqué une crise majeure entre Washington et Téhéran. Le Parlement irakien avait alors demandé le départ des forces étrangères présentes dans le pays, tandis que l’Iran lançait des missiles contre une base abritant des soldats américains. Depuis, l’Irak tente difficilement de maintenir un équilibre entre ses relations stratégiques avec les États-Unis et ses liens économiques, politiques et sécuritaires avec l’Iran.
L’Arabie saoudite entre prudence diplomatique et engagement régional
La participation annoncée de l’Arabie saoudite aux opérations marque une évolution notable de sa posture militaire dans la région. Riyad et Téhéran, longtemps rivaux directs au Moyen-Orient, ont engagé depuis 2023 un processus de rapprochement diplomatique sous médiation chinoise. Malgré cette détente officielle, leurs rivalités stratégiques demeurent fortes dans plusieurs dossiers, notamment en Irak, en Syrie et au Yémen.
L’Arabie saoudite considère depuis plusieurs années l’influence iranienne dans les pays arabes comme un facteur de déstabilisation. Les groupes armés proches de Téhéran, dont certaines factions du Hachd al-Chaabi, sont régulièrement accusés par Riyad de participer à une stratégie d’expansion régionale iranienne. Pour Washington, l’enjeu est également de contenir l’influence des groupes armés soutenus par l’Iran, alors que les forces américaines restent présentes en Irak dans le cadre de missions de coopération sécuritaire et de lutte contre le terrorisme.
Ces frappes interviennent dans un contexte régional particulièrement fragile. Depuis plusieurs années, l’Irak tente de préserver sa stabilité intérieure tout en étant exposé aux rivalités entre grandes puissances. Les autorités irakiennes craignent qu’une multiplication des opérations militaires étrangères sur leur territoire ne fragilise davantage leurs institutions et ne provoque une nouvelle vague de tensions entre factions armées rivales.. Car derrière les frappes contre le Hachd al-Chaabi se joue une confrontation plus large, où l’Irak demeure l’un des principaux espaces de compétition entre Washington, Téhéran et leurs alliés régionaux.
Sources :
- Le Figaro, « Guerre au Moyen-Orient : en Irak, premières frappes conjointes des États-Unis et de l’Arabie saoudite » (article source fourni par l’utilisateur).
- Contexte historique : informations générales issues de travaux publics sur le Hachd al-Chaabi, les relations américano-iraniennes en Irak et les précédentes opérations militaires américaines dans la région.