Deux Eurofighter italiens ont abattu un drone au-dessus de l’est de la Lettonie le 14 août 2026, deuxième interception du genre dans le pays en trois mois. Dans un entretien publié le 18 août par le quotidien belge L’Echo, le journaliste spécialisé dans le renseignement Maurin Picard estime que la guerre hybride russe a changé de dimension et que Vladimir Poutine teste la cohésion de l’OTAN et de l’Union européenne. Il appelle les Européens à redoubler de vigilance.
Le drone est tombé dans la nuit du 13 au 14 août, au-dessus de l’est de la Lettonie. Deux Eurofighter italiens déployés sur la base de Siauliai, dans le nord de la Lituanie, ont été mis en alerte, et l’un d’eux a détruit l’appareil, a indiqué un porte-parole de l’OTAN cité par l’AFP. Deux F-16 turcs avaient également décollé, l’ensemble des appareils opérant sous commandement allié. Le ministère letton de la défense a affirmé sur X que l’engin était entré dans le pays à la suite d’une opération de guerre électronique russe. Une enquête de l’Alliance est en cours.
C’était la deuxième fois qu’un drone étranger était abattu dans le ciel letton. La première remonte à juin 2026, quand des chasseurs français engagés dans la mission de police du ciel balte avaient ouvert le feu. La ministre lettone des affaires étrangères, Baiba Braze, a remercié les Italiens. Son homologue lituanien, Kestutis Budrys, y a vu un résultat des décisions prises au sommet de l’OTAN d’Ankara, qui ont transformé la mission de surveillance balte en mission de défense aérienne. La Lettonie, membre de l’Union européenne et de l’Alliance, compte environ 1,9 million d’habitants et partage sa frontière orientale avec la Russie.
Du Semtex à quelques mètres d’un cargo chargé de munitions
Dix jours plus tôt, l’alerte était venue d’Allemagne. Dans la nuit du 4 au 5 août, un drone porteur d’une charge explosive a été découvert dans une zone de fret à accès restreint de l’aéroport de Leipzig-Halle, près de la piste sud. Le trafic aérien a été interrompu deux heures. La charge associait du Semtex et du PETN. L’engin se trouvait à proximité immédiate d’un avion-cargo d’Antonov Airlines chargé de munitions.
Le parquet fédéral de Karlsruhe a repris l’enquête le 6 août, retenant les qualifications de tentative de provoquer une explosion et d’atteinte dangereuse à la sécurité du trafic aérien. Le ministre allemand de l’intérieur, Alexander Dobrindt, a déclaré que ces menaces n’étaient pas l’oeuvre d’amateurs et a évoqué l’hypothèse de puissances étrangères. L’ambassadeur d’Ukraine en Allemagne, Oleksii Makeiev, a publiquement mis en cause Moscou. Aucune attribution officielle n’a été prononcée à ce stade par Berlin. Quelques jours plus tard, le trafic de l’aéroport de Hanovre était perturbé par un drone entré dans une zone interdite.
Ce que dit Maurin Picard
C’est dans ce paysage que L’Echo a interrogé Maurin Picard. Écrivain, journaliste et correspondant du Figaro à New York, il travaille de longue date sur les services de renseignement, auxquels il a consacré un ouvrage sur les alertes ignorées depuis 1940. Son constat tient dans le titre de l’entretien : « Le seuil de la guerre ouverte avec la Russie s’est considérablement relevé ».
Selon la présentation de cet entretien par le quotidien belge, Maurin Picard considère qu’en multipliant les provocations sur le territoire européen, le président russe teste la cohésion de l’alliance atlantique et de l’Union européenne. Il appelle les Européens à redoubler de vigilance. Son analyse rejoint celle du chef d’état-major de la Bundeswehr, le général Carsten Breuer, qui a déclaré au Wall Street Journal que la Russie observait la manière dont les Occidentaux réagissent, et que son économie comme son appareil militaire étaient réorientés vers la perspective d’un conflit plus large.
L’Alliance compte les incursions
Réunis le 12 août, les alliés de l’OTAN ont estimé que la Russie portait l’entière responsabilité des violations de l’espace aérien, qualifiées de dangereuses et inacceptables, et révélatrices d’une tolérance croissante au risque. Le 16 août, un F-18 espagnol en mission de surveillance a détruit un drone au-dessus de la Roumanie, arrivé depuis la Moldavie : le quatrième abattu dans ce pays depuis le début de l’année, selon Al Jazeera. Le 14 août, la Finlande imposait de son côté des restrictions temporaires à la navigation aérienne et maritime dans l’est du golfe de Finlande, par précaution.
Pendant ce temps, la guerre continue de tuer à l’est. Les Nations unies ont recensé 437 civils tués et 2 610 blessés en Ukraine pour le seul mois de juillet 2026. Le 16 août, des frappes russes ont fait un mort et six blessés à Kryvyï Rih, tandis que Moscou annonçait cinq morts dans la région de Rostov après une attaque de drones ukrainiens.
Quatre drones abattus au-dessus de la Roumanie, deux au-dessus de la Lettonie, un explosif retrouvé sur le tarmac de Leipzig. Les Européens comptent, et attendent.