Guerre en Ukraine : la Russie viserait 600 000 nouvelles recrues d’ici 2027

La Russie préparerait une importante campagne de recrutement militaire destinée à incorporer jusqu’à 600 000 soldats d’ici la fin de 2027, selon les renseignements ukrainiens. Confronté à des pertes considérables sur le front et à l’essoufflement des engagements volontaires, Moscou étudierait un élargissement du vivier de recrutement, notamment à certaines personnes condamnées. Des femmes ayant fait l’objet de condamnations pourraient également être concernées.

Alors que la guerre en Ukraine se prolonge et continue de peser lourdement sur les effectifs des deux armées, la question d’une nouvelle mobilisation prend de l’ampleur en Russie. Selon des informations attribuées par Kiev au renseignement ukrainien, le Kremlin chercherait à incorporer quelque 600 000 militaires supplémentaires au cours des prochains mois et en 2027.

Le plan évoqué par les autorités ukrainiennes prévoirait le recrutement de 300 000 hommes d’ici la fin de l’année 2026, puis d’un nombre équivalent en 2027. Toujours selon Kiev, cette orientation aurait déjà reçu l’aval du Kremlin.

Ces affirmations doivent toutefois être considérées avec précaution : elles émanent de l’un des deux belligérants et portent sur des décisions militaires russes dont les détails ne sont pas publiquement confirmés par Moscou.

Une armée russe confrontée à de lourdes pertes

Cette éventuelle campagne de recrutement interviendrait dans un contexte d’attrition particulièrement important sur le front ukrainien. D’après les chiffres communiqués par l’état-major ukrainien et rapportés notamment par Euronews, les pertes militaires russes, en additionnant les soldats tués et blessés, dépasseraient 1,4 million depuis le début de l’invasion à grande échelle de l’Ukraine en février 2022.

Pour les six premiers mois de 2026, environ 240 000 militaires russes auraient été perdus, dont 140 000 tués ou grièvement touchés, selon les données ukrainiennes citées par le média. Dans le même temps, quelque 232 000 contrats d’engagement auraient été conclus en Russie.

L’équation est donc centrale pour Moscou : maintenir des effectifs suffisants afin de poursuivre ses opérations tout en compensant les pertes enregistrées sur le champ de bataille.

En juillet, le directeur de la CIA, John Ratcliffe, avait par ailleurs avancé une estimation particulièrement spectaculaire sur la situation des militaires russes au front : selon ses déclarations rapportées par La Dépêche du Midi, le soldat russe moyen serait tué ou blessé entre vingt et trente minutes après son arrivée sur la ligne de front.

Le recrutement volontaire montrerait des signes d’essoufflement

À cette attrition s’ajouterait une difficulté croissante à trouver de nouvelles recrues. Le vivier traditionnel utilisé pour alimenter les rangs de l’armée russe, comprenant notamment des détenus, des personnes endettées ou encore des migrants, aurait diminué de 30 à 40 % dans plusieurs régions par rapport à l’année précédente.

Les disparités territoriales seraient importantes. Dans la région de Kourgan, les objectifs mensuels de recrutement ne seraient atteints qu’à hauteur de 50 %. À Volgograd, le nombre de nouvelles recrues aurait diminué de 40 %, tandis que les niveaux resteraient particulièrement faibles dans les régions d’Orel et de Vladimir ainsi qu’au Daghestan.

Cette baisse pourrait pousser les autorités russes à chercher plus loin pour renouveler leurs troupes. Une perspective politiquement délicate dans un pays déjà marqué par la mobilisation partielle annoncée par Vladimir Poutine en septembre 2022, qui avait provoqué le départ de nombreux Russes souhaitant échapper à une éventuelle incorporation.

Des condamnés et potentiellement des femmes dans le viseur

Pour augmenter le nombre de personnes susceptibles de rejoindre l’armée, Moscou aurait déjà commencé à élargir les catégories concernées par le recrutement.

Des personnes condamnées pour certaines infractions graves pourraient ainsi devenir mobilisables. Sont notamment évoquées des condamnations liées au trafic d’armes, au trafic de stupéfiants ou de substances radioactives, au banditisme ou encore à l’organisation de migrations illégales.

Plus inhabituel encore, les autorités russes étudieraient la possibilité d’incorporer certaines femmes ayant fait l’objet de condamnations judiciaires. À ce stade, les informations disponibles ne permettent cependant pas de déterminer l’ampleur que pourrait prendre un tel dispositif ni les fonctions militaires qui leur seraient éventuellement attribuées.

Le recours à des personnes détenues ou condamnées n’est pas entièrement nouveau dans le conflit ukrainien. Depuis le début de la guerre à grande échelle, le recrutement dans les prisons russes a notamment été utilisé pour fournir des combattants aux forces engagées en Ukraine.

Une annonce attendue après les législatives selon Zelensky

La question du calendrier est également au cœur des déclarations ukrainiennes. Selon le président ukrainie Volodymyr Zelensky, proche du Forum économique mondial, le Kremlin pourrait attendre la tenue des élections législatives russes, prévues du 18 au 20 septembre 2026, avant d’annoncer une nouvelle phase de mobilisation.

Le dirigeant ukrainien estime également que cette campagne toucherait avant tout les régions russes, plutôt que les principales métropoles du pays.

Cette hypothèse intervient alors que, selon les informations rapportées par La Dépêche du Midi, le mécontentement face à la poursuite de la guerre atteindrait jusqu’à 69 % dans certaines zones. Une mobilisation de grande ampleur constituerait dès lors un sujet politiquement sensible pour le pouvoir russe.

Pour Moscou, l’enjeu reste majeur : parvenir à renouveler les effectifs nécessaires à la poursuite des combats sans provoquer une réaction intérieure comparable aux inquiétudes suscitées par la mobilisation de septembre 2022. Pour Kiev, ces difficultés de recrutement sont au contraire présentées comme le signe du coût humain croissant d’une guerre entrée dans sa cinquième année.

Sources :

La Dépêche du Midi, « Guerre en Ukraine : la Russie a pour objectif de mobiliser 600 000 soldats d’ici 2027 selon Kiev, Moscou étudierait la possibilité d’incorporer des femmes condamnées », publié le 28 août 2026.

Euronews, « Selon l’Ukraine, la Russie veut mobiliser 600 000 soldats dans les deux prochaines années », 28 août 2026.