En 1982, l’Argentine et le Royaume-Uni s’affrontent 72 jours pour la souveraineté des îles Malouines, dans l’Atlantique Sud. Ce conflit, déclenché par une dictature militaire en quête de légitimité qui a du faire face à l’intransigeance britannique a fait 907 morts et a rebatu les cartes politiques des deux pays. Quarante ans plus tard, la question de la souveraineté reste entière.
L’histoire des îles Malouines est, avant tout, une longue dispute coloniale. Découvertes au XVIe siècle et cartographiées lors de l’expédition de Magellan en 1520, ces îles de l’Atlantique Sud ont successivement été revendiquées par la France, l’Espagne puis le Royaume-Uni. La France installe les premières colonies permanentes en 1764, avant de céder les îles à l’Espagne trois ans plus tard. En 1833, des colons britanniques expulsent les colons argentins et rétablissent la souveraineté de Londres – une situation que Buenos Aires n’a jamais acceptée.
Depuis 1965, l’ONU reconnaît que cette situation constitue une forme de colonialisme et demande aux deux pays de négocier. Mais pendant plus de quinze ans, les discussions restent au point mort. En 1982, le différend, toujours non réglé, va basculer dans la guerre.
La junte militaire joue sa survie
En avril 1982, l’Argentine est gouvernée par une dictature militaire au bord du gouffre. L’inflation dépasse 140 % par an, la répression du régime a fait plus de 30 000 victimes et la contestation populaire monte. Le général Leopoldo Galtieri, au pouvoir depuis 1981, décide alors de frapper un grand coup : le 2 avril, ses troupes envahissent les îles Malouines, puis la Géorgie du Sud.
Le pari est risqué. L’Argentine attaque un membre permanent du Conseil de sécurité de l’ONU, puissance nucléaire et membre de l’OTAN. Mais Galtieri mise sur la lassitude britannique et l’indifférence apparente des États-Unis qui soutiennent la junte dans sa lutte contre le communisme en Amérique latine. Ce calcul se révélera fatal.
La riposte britannique et le jeu des puissances
Margaret Thatcher ne cède pas. En quelques jours, la Royal Navy constitue une force opérationnelle de 28 000 hommes, 100 navires de guerre et de transport, chargée de traverser les 13 000 kilomètres qui séparent Portsmouth des Malouines. La « Dame de fer » se retrouve dans la position qu’elle ne peut refuser : celle d’une Première ministre à un an des élections législatives, dont la crédibilité repose désormais sur la reconquête de ces archipels balayés par les vents australs.
La communauté internationale se divise. La France de François Mitterrand choisit le camp britannique par solidarité d’allié, allant jusqu’à transmettre des renseignements confidentiels sur les missiles Exocet et les Super-Étendard vendus à l’Argentine. Les États-Unis, après des semaines d’hésitation entre leurs deux alliés, finissent par soutenir Londres. Le Chili de Pinochet, rival historique de Buenos Aires, ouvre ses bases à la Royal Navy. Cuba et le Nicaragua soutiennent diplomatiquement l’Argentine au nom de l’anticolonialisme.
Le Conseil de sécurité de l’ONU adopte la résolution 502, exigeant le retrait argentin. Buenos Aires refuse.
72 jours de combat dans l’Atlantique Sud
Les combats s’ouvrent officiellement le 1er mai 1982. L’aviation argentine frappe durement la flotte britannique grâce aux missiles Exocet AM39, tirés depuis des Super-Étendards : le destroyer HMS Sheffield est touché le 4 mai et coule, tuant 22 marins. L’Atlantic Conveyor, porte-conteneurs réquisitionné transportant la quasi-totalité des hélicoptères lourds britanniques, est lui aussi coulé, compliquant sérieusement la logistique du corps expéditionnaire.
Côté argentin, la perte du croiseur ARA General Belgrano, torpillé hors de la zone d’exclusion par le sous-marin nucléaire HMS Conqueror le 2 mai, marque un tournant. Plus de 300 marins périssent. La flotte de surface argentine ne quittera plus ses ports. Le combat se résume désormais à l’aviation argentine contre une task force britannique qui progresse inexorablement vers Port Stanley.
Le 14 juin, après 72 jours de guerre et plusieurs batailles terrestres âpres ( notamment à Goose Green et autour de Port Stanley ) le commandant argentin Mario Menéndez capitule avec plus de 10 000 hommes. La souveraineté britannique est restaurée.
Des conséquences politiques durables
Le bilan humain est lourd : 907 morts, dont 649 soldats argentins et 258 Britanniques. Plusieurs centaines d’anciens combattants argentins se suicideront dans les années suivantes, selon les associations d’anciens combattants.
Sur le plan politique, les effets sont inverses de chaque côté de l’Atlantique. En Argentine, la défaite précipite la chute de la junte militaire, remplacée par un gouvernement élu démocratiquement en 1983. Au Royaume-Uni, la victoire offre à Thatcher une popularité inespérée : les conservateurs remportent les élections de 1983 avec une majorité écrasante.
La guerre des Malouines innove aussi dans un autre domaine, moins visible : la gestion de l’information. Pour la première fois, les autorités militaires britanniques encadrent étroitement les journalistes embarqués, limitant strictement les images du conflit. Ce modèle de contrôle de l’information en temps de guerre sera repris par l’armée américaine lors de la guerre du Golfe en 1991.
Quarante ans après le cessez-le-feu, les îles Malouines restent un territoire «non autonome» selon l’ONU, dont la souveraineté n’a toujours pas été tranchée entre Londres et Buenos Aires. Sous ces archipels venteux, des ressources pétrolières estimées équivalentes à celles de la mer du Nord attisent des convoitises qui dépassent largement les seuls enjeux symboliques. La guerre des Malouines n’est peut-être pas aussi lointaine qu’elle le semble.
Source : Wikipedia