En visite à Rouen le 30 octobre, le ministre de l’Intérieur Laurent Nuñez a réagi à l’affaire de la grenade à Rouen : une vidéo montre un policier lançant une grenade lacrymogène près d’une femme et de deux enfants, lors de la manifestation du 24 octobre. Selon BFMTV, il a regretté la scène tout en jugeant l’action proportionnée. Une enquête judiciaire est ouverte, et le ministre a rejeté les accusations de complaisance envers des groupes d’extrême droite.
Les images ont été diffusées par Paris-Normandie avant de circuler largement sur les réseaux sociaux. Samedi 24 octobre, à Rouen, au moment de la dispersion d’une manifestation, un policier lance une grenade lacrymogène. Au même instant, une femme et deux enfants passent à proximité. Le projectile explose tout près d’eux. Une enquête judiciaire a été ouverte.
Vendredi 30 octobre, à la veille d’une nouvelle journée de mobilisation jugée à haut risque, Laurent Nuñez est venu à Rouen. Le ministre a refusé de se prononcer sur le fond, renvoyant à l’enquête en cours qui doit, selon lui, faire toute la lumière sur les faits, rapporte Tendance Ouest. Selon BFMTV, il a toutefois regretté la scène, tout en estimant l’action proportionnée.
Des pierres, puis la grenade
Sa version est précise. La grenade, explique-t-il, visait des personnes qui jetaient des pierres sur les forces de l’ordre, pour les faire reculer. Une femme accompagnée d’enfants passait à ce moment-là. La seule question, selon le ministre, est de savoir si l’usage de la force respectait les conditions légales et réglementaires. Le préfet a saisi le procureur, et les investigations pourront déboucher plus tard sur un examen des responsabilités.
La séquence intervient dans un climat tendu. Mi-octobre, face à l’ampleur du mouvement lycéen, Laurent Nuñez avait annoncé suspendre l’usage des grenades assourdissantes lors de ces manifestations. Les lacrymogènes ne sont pas concernées.
Milices de commerçants
Le 24 octobre, Rouen a aussi connu autre chose qu’un défilé. Après la dispersion, des militants d’extrême droite et d’extrême gauche se sont affrontés dans le centre-ville, autour du palais de justice. Le procureur de Rouen a indiqué le 26 octobre que la police était intervenue à plusieurs reprises pour les séparer, et que des heurts similaires avaient déjà eu lieu le 17 octobre, rue Jeanne-d’Arc.
Le ministre a reconnu que des groupes de 40 à 50 personnes, certains à la limite de la légalité, s’étaient constitués dans une quinzaine de villes, dont Rouen, pour protéger les commerçants. Deux militants d’extrême droite ont été interpellés. Il a récusé toute complaisance : mobiliser des forces pour arrêter ces groupes aurait, selon lui, laissé les vitrines sans protection. Interrogé sur ceux qui contestent ses priorités, il a eu cette réponse : « Jusqu’à preuve du contraire, c’est moi qui les fixe. »
Le samedi suivant
Pour la journée du 31 octobre, Laurent Nuñez a fixé trois objectifs : protéger les commerces, empêcher les pillages et intervenir pour éviter les blessés en cas d’affrontements entre extrême droite et extrême gauche. L’avocate et militante Prisca Ancion, du mouvement Révolution permanente, estime pour sa part que la scène de la grenade n’a rien d’un cas isolé.
Le contexte national pèse aussi. Selon Euronews, les manifestations du samedi 24 octobre s’étaient soldées, à l’échelle du pays, par 1 314 interpellations et 53 membres des forces de l’ordre blessés. Le ministre de l’Intérieur, critiqué à gauche pour sa gestion du maintien de l’ordre depuis les violences du 17 octobre, doit composer avec une double pression : celle de l’opposition qui réclame l’apaisement, et celle des commerçants qui réclament la protection de leurs vitrines.
L’enquête dira si le geste était réglementaire. Elle ne dira pas ce que retiendront les deux enfants de leur samedi après-midi à Rouen.
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