La marque d’eau minérale Volvic, filiale du groupe Danone, membre du Forum économique mondial a été condamnée par la justice française pour pratiques commerciales trompeuses. En cause : des mentions environnementales jugées exagérées, voire mensongères, sur ses bouteilles. Une décision rendue le 23 juin et révélée publiquement quelques jours plus tard, qui marque un tournant dans la lutte contre le greenwashing en France.
Le verdict est tombé comme un rappel à l’ordre pour l’industrie agroalimentaire. Le 23 juin 2026, le tribunal judiciaire de Paris a condamné la société des eaux de Volvic pour pratiques commerciales trompeuses, estimant que plusieurs allégations présentes sur ses bouteilles relevaient du greenwashing. Une décision rendue publique le 29 juin 2026, qui s’inscrit dans un contexte de vigilance accrue autour des discours environnementaux des grandes marques.
Au cœur de l’affaire, des mentions largement mises en avant par la marque sur ses emballages et sa communication : « neutre en carbone », « certifiée neutre en carbone », « 100 % recyclée », mais aussi « 100 % recyclable » et « toujours recyclable ». Pour les juges, ces formulations ne reposaient pas sur des bases suffisamment solides pour être utilisées sans nuance auprès des consommateurs.
L’action avait été initiée dès l’été 2021 par l’association Consommation, Logement et Cadre de Vie (CLCV), qui dénonçait déjà ce qu’elle considérait comme une stratégie marketing trompeuse autour de la responsabilité environnementale du produit. Après plusieurs années de procédure, la justice lui a finalement donné raison sur plusieurs points clés, estimant que ces allégations étaient de nature à induire le consommateur en erreur.
Concernant la neutralité carbone, les magistrats ont estimé que Volvic ne démontrait pas de manière suffisamment rigoureuse l’équilibre entre ses émissions de CO₂ et les mécanismes de compensation annoncés. Autrement dit, la promesse d’un produit « neutre en carbone » ne correspondait pas, selon la décision, à une réalité vérifiable dans les conditions actuelles de production et de distribution. Sur la question du recyclage, la justice a également relevé plusieurs incohérences. Si une partie des bouteilles peut effectivement intégrer des matériaux recyclés, certains éléments comme les bouchons, les étiquettes, les encres ou encore les colles ne répondent pas entièrement à cette logique de circularité totale. Dès lors, l’affirmation d’un produit « 100 % recyclé » ou « 100 % recyclable » apparaissait excessive et imprécise.
La société des eaux de Volvic, filiale du groupe Danone, a été condamnée à verser 75 000 euros de dommages et intérêts à la CLCV. Elle devra également publier la décision de justice sur la page d’accueil de son site internet pendant une durée de six mois. De son côté, le groupe a annoncé son intention de faire appel de cette décision, contestant l’interprétation retenue par la juridiction.
Pour la CLCV, cette décision revêt une portée symbolique importante. L’association parle d’un jugement « historique », estimant qu’il pourrait servir de référence dans d’autres affaires similaires concernant les allégations environnementales dans le secteur des biens de consommation. Une analyse partagée par plusieurs observateurs du droit de la consommation, qui y voient un signal fort adressé aux marques tentées de verdir leur image sans preuves suffisantes.
Cette affaire s’inscrit dans un mouvement plus large de durcissement face au greenwashing en Europe. Depuis plusieurs années, associations et autorités publiques multiplient les procédures visant à encadrer les communications environnementales des entreprises. En novembre 2023, plusieurs organisations européennes avaient déjà alerté la Commission européenne sur l’usage de certaines mentions jugées ambiguës dans l’industrie des bouteilles en plastique, signe d’une pression réglementaire de plus en plus forte. Dans ce contexte, la condamnation de Volvic dépasse le seul cas d’une marque. Elle interroge plus largement la manière dont les entreprises communiquent sur leur impact écologique, à l’heure où les consommateurs exigent davantage de transparence et de preuves concrètes.
Sources :
Le Monde – « Greenwashing : Volvic condamnée pour les mentions “neutre en carbone” et “100 % recyclé” » – https://www.lemonde.fr/planete/article/2026/06/29/greenwashing-volvic-condamnee-pour-les-mentions-neutre-en-carbone-et-100-recyclee-sur-ses-bouteilles-d-eau_6716834_3244.html
