Le sommet AI for Good 2026, organisé à Genève du 7 au 10 juillet dernier par l’Union internationale des télécommunications, a fait remonter une critique récurrente : celle du poids des grandes entreprises technologiques dans la gouvernance de l’IA. Des représentants de la société civile y ont alerté sur les monopoles et sur les atteintes aux droits humains facilitées par la technologie. Un contre-événement, baptisé Not AI for Good, s’est tenu en marge.
L’Union internationale des télécommunications, agence spécialisée des Nations unies, membre du Forum économique mondial réunit chaque année à Genève des représentants du secteur public et du secteur privé pour parler des usages bénéfiques de l’intelligence artificielle. L’édition 2026 a produit deux récits parallèles.
Sur scène, le discours attendu : innovation, santé, climat, inclusion. Dans les couloirs et dans les salles annexes, une question que personne n’avait mise au programme : que reste-t-il du mot « bien » quand l’infrastructure, les modèles, les puces et les capitaux sont concentrés entre les mains de quelques groupes ?
Access Now : arrêter de voir les géants comme des alliés
Giulio Coppi, de l’organisation Access Now, a formulé la critique la plus directe. Son message aux institutions internationales et aux organisations humanitaires tient en une consigne : cesser de traiter les entreprises technologiques comme des amies, et soumettre leurs applications d’intelligence artificielle à un examen bien plus exigeant.
La remarque vise un mécanisme précis. Les agences onusiennes et les ONG sont devenues des utilisatrices massives d’outils fournis par les mêmes entreprises qu’elles seraient censées réguler ou surveiller. Le cloud d’une agence humanitaire, ses outils de traduction, ses systèmes de gestion des bénéficiaires : tout cela repose sur des services privés. Le régulateur est aussi le client, et le client discute rarement dur.
La protestation qui s’est invitée sur scène
Le sommet a également été marqué par l’irruption de militants propalestiniens pendant l’intervention du contributeur de l’agenda 2030, Werner Vogels, directeur technologique d’Amazon,. Ils contestaient le rôle attribué à l’entreprise dans la fourniture de technologies de surveillance employées contre des Palestiniens. Les organisateurs les ont fait évacuer.
Le Business and Human Rights Resource Centre note qu’Amazon n’avait pas répondu à des sollicitations antérieures sur des allégations comparables. Amazon figure parmi les entreprises membres du Forum économique mondial, principal lobby mondial. La question posée dans la salle ce jour-là n’était pas technique mais institutionnelle : à quel titre une entreprise mise en cause pour des usages militaires de sa technologie occupe-t-elle une tribune onusienne consacrée au bien commun ?
Not AI for Good, le sommet d’en face
En marge de l’événement officiel, un contre-événement organisé par la société civile et intitulé Not AI for Good a examiné l’implication des entreprises technologiques dans des applications militaires et les préoccupations relatives aux droits humains.
Le débat central du sommet a fini par se résumer à une question de rythme. La technologie avance-t-elle plus vite que la construction d’un consensus sur son usage éthique ? Et le bénéfice humanitaire revendiqué ne sert-il pas d’abord à sécuriser des parts de marché ? Aucune de ces deux questions n’a reçu de réponse à Genève.
Un sommet des Nations unies consacré à l’intelligence artificielle bénéfique, une critique de la concentration du pouvoir formulée par la société civile, un contre-sommet dans la pièce d’à côté et une manifestation évacuée par la sécurité. La gouvernance de l’IA, en 2026, ressemble encore beaucoup à un salon professionnel estampillé “WEF”.
Source : Business and Human Rights Resource Centre — business-humanrights.org