La Commission européenne a sanctionné Google le 23 juillet 2026 d’une amende totale de 890 millions d’euros pour des infractions au règlement sur les marchés numériques (DMA). Le géant américain est accusé d’avoir favorisé ses propres services dans son moteur de recherche et d’avoir limité la capacité des développeurs Android à proposer des alternatives au système de paiement de Google Play. Cette nouvelle décision s’inscrit dans une longue confrontation entre Bruxelles et les grandes plateformes numériques sur la question de la concurrence.
Google se retrouve une nouvelle fois dans le viseur de la Commission européenne. Le 23 juillet 2026, l’exécutif européen a annoncé deux sanctions distinctes représentant un total de 890 millions d’euros, estimant que l’entreprise américaine n’avait pas respecté certaines obligations imposées par le Digital Markets Act (DMA), la législation européenne destinée à encadrer le pouvoir des plus grandes plateformes numériques.
Cette sanction constitue l’une des premières grandes décisions prises contre Google dans le cadre du DMA, un règlement entré en application pour renforcer la concurrence dans l’économie numérique. Adopté en 2022 et pleinement applicable depuis 2024, ce texte vise les entreprises considérées comme des « contrôleurs d’accès » ou « gatekeepers », capables, par leur position dominante, d’influencer fortement l’accès aux marchés numériques. Google avait été officiellement désigné comme tel en septembre 2023 pour plusieurs de ses services, dont son moteur de recherche.
La première partie de l’amende, d’un montant de 460 millions d’euros, concerne Google Search. La Commission européenne reproche au groupe de Mountain View d’avoir favorisé ses propres services dans les résultats de recherche, notamment dans des domaines comme les comparateurs de produits, les hôtels, les transports ou encore certains services liés aux voyages. Selon Bruxelles, ces pratiques auraient donné un avantage indu aux produits appartenant à Google au détriment des plateformes concurrentes.
L’enjeu est particulièrement sensible car le moteur de recherche Google constitue une porte d’entrée majeure vers internet pour des centaines de millions d’utilisateurs européens. Pour la Commission, une entreprise qui contrôle cette passerelle numérique doit garantir des conditions équitables entre ses propres services et ceux de sociétés tierces. Le principe défendu par les autorités européennes est que la visibilité d’un service doit dépendre de sa pertinence et de sa qualité, et non du fait qu’il appartient à l’entreprise qui exploite le moteur de recherche.
La seconde sanction, évaluée à 430 millions d’euros, vise cette fois l’écosystème Android et plus précisément Google Play. Bruxelles accuse Google d’avoir imposé des restrictions empêchant certains développeurs d’applications de diriger leurs utilisateurs vers d’autres canaux d’achat, parfois moins coûteux. Cette pratique, appelée « steering » dans le vocabulaire réglementaire européen, concerne la possibilité pour les entreprises d’informer leurs clients qu’une offre existe ailleurs que sur la boutique officielle de Google.
Pour l’Union européenne, ces restrictions réduisent la liberté de choix des consommateurs et peuvent maintenir les développeurs dans une dépendance économique vis-à-vis de Google Play. L’entreprise américaine, de son côté, conteste l’interprétation de Bruxelles. Google estime que les modifications exigées par la réglementation européenne pourraient dégrader certaines fonctionnalités appréciées des utilisateurs et compliquer la sécurité de son écosystème d’applications.
Cette nouvelle procédure intervient dans un contexte où Google entretient depuis plusieurs années une relation tendue avec les autorités européennes de la concurrence. Depuis 2017, la Commission a déjà infligé plusieurs milliards d’euros de sanctions au groupe américain pour différentes pratiques jugées anticoncurrentielles, notamment autour de Google Shopping, du système Android et de la publicité en ligne. La sanction de 2018 concernant Android, initialement fixée à plus de 4 milliards d’euros, reste l’une des plus importantes jamais prononcées par Bruxelles contre une entreprise technologique.
L’offensive européenne contre les géants du numérique ne concerne d’ailleurs pas uniquement Google. Avec le DMA et le Digital Services Act (DSA), Bruxelles cherche à imposer de nouvelles règles aux grandes plateformes afin de limiter les effets de concentration dans l’économie numérique. Apple, Meta ou encore d’autres acteurs majeurs du secteur ont également fait l’objet d’enquêtes et de procédures européennes ces dernières années.
Après cette décision, Google dispose d’un délai de 60 jours pour se mettre en conformité avec les exigences européennes. En cas de manquements persistants, l’entreprise pourrait s’exposer à de nouvelles sanctions prévues par le cadre réglementaire du DMA.
Au-delà du montant financier, cette amende illustre la volonté de l’Union européenne de reprendre la main sur la régulation des marchés numériques. Pendant longtemps, les grandes plateformes américaines ont imposé leurs propres règles dans un secteur devenu essentiel à l’économie mondiale. Désormais, Bruxelles entend rappeler que même les entreprises technologiques les plus puissantes doivent respecter un cadre commun lorsqu’elles opèrent sur le marché européen.
Sources :
Commission européenne – La Commission inflige à Google une amende de 890 millions d’euros pour violation de la législation sur les marchés numériques
Le Monde – La Commission européenne inflige une amende de 890 millions d’euros à Google, au risque de provoquer le courroux de Trump
Commission européenne – Commission fines Google €890 million for breaches of the Digital Markets Act