Gloria Steinem, journaliste et militante féministe américaine

Gloria Steinem : la papesse du féminisme américain est morte à 92 ans

La journaliste et militante Gloria Steinem est morte jeudi 3 septembre 2026 à son domicile de New York, à l’âge de 92 ans, a annoncé la Gloria Steinem Foundation sans préciser la cause du décès. Cofondatrice du magazine Ms. en 1971, elle avait imposé dans le débat public américain des sujets alors tabous : avortement, violences conjugales, harcèlement au travail.

Née le 25 mars 1934 à Toledo, dans l’Ohio, Gloria Steinem grandit dans un foyer itinérant avant la séparation de ses parents. Diplômée Phi Beta Kappa du Smith College en 1956, elle part étudier en Inde grâce à une bourse avant de démarrer sa carrière de journaliste à New York. C’est un reportage publié en 1963, où elle se fait embaucher sous couverture comme hôtesse dans un club Playboy, qui la fait connaître du grand public : elle y décrit des conditions de travail dégradantes et des pratiques de harcèlement, dans un texte qui fait l’effet d’une bombe.

Ms. Magazine, la revue qui change les règles

En 1971, elle cofonde avec la militante Dorothy Pittman Hughes le magazine Ms., première publication de grande diffusion entièrement possédée, dirigée et écrite par des femmes. Le premier numéro complet, daté du 1er juillet 1972, met en couverture Wonder Woman et publie une pétition signée par des femmes déclarant avoir eu recours à l’avortement, alors illégal dans la majeure partie des États-Unis, pour en réclamer la légalisation. Le magazine devient une tribune où sont abordés sans détour les droits reproductifs, les violences domestiques et le harcèlement au travail, des sujets jusque-là tenus à l’écart des grands médias.

Une figure devenue institution

Gloria Steinem cofonde en 1973 la Ms. Foundation for Women, puis en 2004 le Women’s Media Center, et participe à la création de plusieurs organisations de défense des droits des femmes. En 2013, le président Barack Obama lui remet la médaille présidentielle de la Liberté, plus haute distinction civile américaine. Interrogée des années plus tard sur les ondes de la radio publique NPR sur ce parcours, elle expliquait être devenue pleinement elle-même sans avoir jamais eu à se renier.

Des liens avec la CIA

Gloria Steinem a reconnu avoir travaillé étroitement avec la CIA à la fin des années 1950 et au début des années 1960. Elle dirigeait l’Independent Research Service, organisation qui envoyait de jeunes Américains aux World Youth Festivals de Vienne (1959) et Helsinki (1962). Des documents historiques conservés dans la CIA Reading Room indiquent que cette structure recevait de l’argent de la CIA et que Steinem travaillait avec des responsables de l’agence.

Le Washington Post rapportait alors que Steinem avait reconnu avoir « travaillé étroitement avec la Central Intelligence Agency » pour organiser ces délégations. Elle défendait à l’époque cette collaboration et expliquait avoir trouvé les agents avec lesquels elle travaillait ouverts à l’échange d’idées.

Un autre document aujourd’hui déclassifié et disponible dans les archives de la CIA décrit explicitement l’Independent Research Service comme un « CIA-funded group ».

De la couverture du Playboy Club aux pages de Ms., Gloria Steinem aura passé un demi-siècle à faire entrer dans les rédactions américaines des sujets que personne ne voulait y voir. Le journalisme qu’elle a contribué à transformer lui doit une partie de son vocabulaire actuel.


Source : Le Monde – https://www.lemonde.fr/disparitions/article/2026/09/03/gloria-steinem-journaliste-et-icone-americaine-du-feminisme-est-morte_6765140_3382.html