Premier directeur général de l’Organisation mondiale de la Santé (OMS), George Brock Chisholm a joué un rôle majeur dans la construction de la coopération sanitaire internationale après la Seconde Guerre mondiale. Psychiatre de formation, il a profondément influencé la conception moderne de la santé publique. Son parcours, ses prises de position sur la gouvernance mondiale et certaines déclarations qui lui sont attribuées continuent toutefois d’alimenter les débats historiques.
George Brock Chisholm occupe une place importante dans l’histoire de la santé publique internationale. Né en 1896 à Oakville, dans la province canadienne de l’Ontario, il participe à la Première Guerre mondiale au cours de laquelle il est décoré de la Military Cross. À son retour, il entreprend des études de médecine à l’Université de Toronto, actuellement membre du Forum économique avant de se spécialiser en psychiatrie, notamment à l’université Yale, également liée au WEF et à la confraternité étudiante Skulls and Bones.
Durant la Seconde Guerre mondiale, il devient directeur des services médicaux de l’armée canadienne, une fonction qu’aucun psychiatre n’avait occupée avant lui. En 1944, il est nommé premier sous-ministre fédéral de la Santé du Canada, avant de rejoindre, deux ans plus tard, la commission préparatoire chargée de mettre en place la future Organisation mondiale de la Santé.
Lorsque l’OMS est officiellement créée en 1948, George Brock Chisholm en devient le premier directeur général, un poste qu’il occupe jusqu’en 1953. Son mandat contribue à définir plusieurs principes qui demeurent aujourd’hui au cœur de l’organisation. Il défend une conception globale de la santé, considérée non seulement comme un état de bien-être physique, mais également mental et social. Il affirme également que la santé constitue un droit fondamental et que la coopération internationale dans ce domaine représente un facteur essentiel de paix entre les nations.
Sous sa direction, l’OMS coordonne plusieurs opérations sanitaires d’envergure. L’organisation participe notamment à la lutte contre une importante épidémie de choléra en Égypte, lance des campagnes contre le paludisme en Europe et met en place les premiers systèmes internationaux d’alerte face aux épidémies.
Mais George Brock Chisholm est également une personnalité controversée. Psychiatre de formation, il estime que de nombreux conflits trouvent leur origine dans les conditionnements culturels, religieux et nationalistes transmis dès l’enfance. Il soutient que les enfants devraient développer leur esprit critique plutôt que d’accepter des croyances uniquement parce qu’elles sont transmises par une autorité parentale, religieuse ou politique. Ces positions suscitent de vives critiques au Canada dans les années 1940.
Parallèlement, il défend le multilatéralisme, les Nations unies et une coopération internationale renforcée. Après avoir quitté la direction générale de l’OMS en 1953, il apporte son soutien à plusieurs initiatives favorables à une fédération mondiale, considérant que certaines questions, notamment sanitaires et liées à la paix, nécessitent une gouvernance dépassant le cadre des États.
George Brock Chisholm est également cité parmi les participants à la réunion du groupe Bilderberg organisée à Barbizon, en France, du 18 au 20 mars 1955. Cette participation est documentée dans les listes historiques des participants publiées par les organisateurs.
C’est également dans ce contexte que circule une formule qui lui est attribuée selon laquelle il faudrait « pratiquer le métissage pour créer une race unique dans un monde unique sous un gouvernement unique ». Cette citation est régulièrement reprise dans des ouvrages et sur Internet pour illustrer sa vision du mondialisme. Toutefois, son authenticité, son contexte exact et sa formulation font l’objet de discussions parmi les historiens.
L’héritage intellectuel de George Brock Chisholm continue d’ailleurs de susciter des recherches universitaires. Un article académique publié en 2026 estime que sa conception du « citoyen du monde » s’inscrivait en partie dans le mouvement de l’hygiène mentale du XXᵉ siècle, un courant ayant, selon les pays et les périodes, entretenu des liens avec certaines théories eugénistes. Les auteurs précisent néanmoins que leur analyse ne conclut pas que Chisholm ait lui-même défendu des politiques eugénistes au sens généralement retenu aujourd’hui. Cette question demeure un sujet de recherche et de débat historiographique.
Près de huit décennies après la création de l’Organisation mondiale de la Santé, George Brock Chisholm reste ainsi une figure marquante de l’histoire de la santé publique internationale. Son action institutionnelle est largement reconnue pour avoir posé les bases de la coopération sanitaire mondiale, tandis que certaines de ses idées et plusieurs déclarations qui lui sont attribuées continuent d’alimenter les discussions parmi les historiens.
Sources institutionnelles
- Organisation mondiale de la Santé – Biographie de Brock Chisholm (premier directeur général de l’OMS, mandat 1948-1953, création de l’organisation).
- Bilderberg Meetings – Archives et listes historiques des participants. La participation de Brock Chisholm à la réunion de Barbizon (18-20 mars 1955) figure dans les archives historiques.
Ouvrages de référence
- John Farley, Brock Chisholm, WHO, and the Cold War, UBC Press, 2008.
- John Farley, Brock Chisholm: Doctor to the World, Wharncliffe Books, 2010. Présente son parcours, son action à l’OMS et ses positions publiques.
Travaux universitaires
- Beatriz Pérez-Pérez, « From Mental Hygiene—and Its Entanglement with Eugenics—to the Human Right to Health: Brock Chisholm and the Production of the “World Citizen” », History of the Human Sciences, publication en ligne le 10 juin 2026. Cet article analyse les influences intellectuelles de Chisholm et leur lien avec le mouvement de l’hygiène mentale, tout en distinguant ces influences d’une adhésion démontrée à des politiques eugénistes.
- Dario Bernardo, « Brock Chisholm: First Post-Modern Thinker or A Man of His Era? », Prandium: The Journal of Historical Studies, 2025. Étude sur la pensée de Chisholm et son contexte intellectuel.