Plusieurs cargaisons de gazole russe annoncées à destination des États-Unis n’ont pas suivi la route prévue. Au 5 novembre, aucune livraison liée à l’accord présenté par Donald Trump et Vladimir Poutine n’était confirmée, malgré un assouplissement temporaire des restrictions américaines.
Deux pétroliers transportant du gazole russe et initialement attendus sur le marché américain ont changé de cap, selon les informations rapportées le 5 novembre par Le Monde et l’Associated Press. Ces changements de route fragilisent la mise en œuvre de l’accord annoncé le 9 octobre entre Donald Trump et Vladimir Poutine. Ils ne suffisent toutefois pas à établir que toutes les cargaisons envisagées ont été abandonnées.
À cette date, aucun chargement lié à l’accord n’était arrivé aux États-Unis, d’après l’Associated Press et Reuters. La possibilité d’importer le carburant avait pourtant fait l’objet d’une autorisation temporaire de Washington. Les entreprises susceptibles d’acheter, de transporter ou de décharger les cargaisons restent confrontées à des interrogations sur les sanctions et sur les conséquences commerciales de ces opérations.
Des destinations devenues incertaines
Selon l’Associated Press, le Leruo, qui devait initialement rejoindre la côte Est des États-Unis, affichait désormais le Brésil comme destination. Le Talisman avait pour sa part quitté l’Atlantique pour entrer en Méditerranée. Il se trouvait au large de l’Algérie et signalait attendre des instructions. Ces indications de navigation décrivent une situation à un moment donné : elles ne permettent pas, à elles seules, de connaître le lieu où les cargaisons seront finalement déchargées.
Un troisième navire, l’Agioi Fanendes, restait annoncé en direction des États-Unis. D’après les données rapportées par l’Associated Press, il avait embarqué environ 40 000 tonnes de gazole à Primorsk le 22 octobre et devait arriver dans la région de New York autour du 7 novembre. Son maintien sur cette route ne constituait pas une confirmation de livraison : le déchargement restait incertain au 5 novembre.
Reuters fait état d’au moins six cargaisons russes ayant signalé une traversée de l’Atlantique. Le changement apparent de destination de deux d’entre elles illustre l’écart entre une route annoncée et une importation effective. Il invite aussi à distinguer les volumes envisagés dans l’accord des quantités qui auraient réellement atteint un acheteur américain.
Un accord annoncé, mais des modalités peu connues
L’accord présenté le 9 octobre prévoyait, selon l’Associated Press et Reuters, la remise sur le marché de plus de 300 000 tonnes de gazole russe, puis de 500 000 tonnes en novembre et d’un million de tonnes supplémentaires par la suite. Les modalités financières, l’identité des entreprises participantes et le texte formel de cet arrangement n’ont pas été rendus publics dans les informations disponibles. Il est donc difficile d’établir quelles obligations précises liaient les parties ou les acheteurs potentiels.
Le Trésor américain a néanmoins délivré le 9 octobre une autorisation temporaire, désignée General License 135. Selon l’Atlantic Council, elle permet jusqu’au 7 avril 2027 certaines opérations portant sur du gazole russe chargé à bord de navires, notamment sa vente, sa livraison, son déchargement et son importation. Cette licence ouvre une possibilité juridique pour les opérations qu’elle couvre ; elle ne contraint aucune entreprise à acheter le carburant ni à accueillir un pétrolier.
L’existence de cette autorisation ne lève pas non plus toutes les questions propres à chaque transaction. L’Associated Press relève que certains navires associés à ces cargaisons sont eux-mêmes visés par des sanctions. Pour les opérateurs, l’examen d’une livraison ne se limite donc pas à la nature du produit : il porte également sur le bâtiment, les sociétés impliquées et les services nécessaires à son arrivée au port.
La prudence des acteurs américains
Le Monde rapporte que des entreprises américaines hésitent à acheter ce gazole en raison des risques liés aux sanctions et à leur réputation. L’Associated Press décrit également les réserves d’acteurs du transport et du commerce face aux contrôles réglementaires et à la possibilité de restrictions futures. Une licence valable pour une période définie peut faciliter une transaction sans effacer les incertitudes que les entreprises estiment devoir évaluer.
Selon l’Associated Press, des responsables américains ont averti des opérateurs portuaires et des terminaux que la prise en charge de cargaisons russes pouvait avoir des conséquences juridiques. Dans le New Jersey, la représentante démocrate Mikie Sherrill a appelé les acteurs portuaires à refuser ces navires. Ces prises de position contribuent au contexte dans lequel un acheteur ou un terminal doit décider s’il participe à une opération autorisée.
Le cas des navires ayant changé de route ne permet pas d’attribuer avec certitude chaque décision à une cause unique. Il montre en revanche que l’autorisation de Washington et l’annonce politique de l’accord ne suffisent pas, à ce stade, à garantir une chaîne complète allant du chargement en Russie au déchargement aux États-Unis.
Des effets encore difficiles à mesurer
L’évolution des cargaisons intervient alors que la Russie connaît elle-même des tensions sur son approvisionnement en carburant. Reuters indique que des attaques ukrainiennes contre des raffineries russes ont réduit les capacités de production de gazole. Ce contexte pèse sur l’offre disponible au moment même où les expéditions prévues par l’accord sont examinées.
Quant au marché américain, l’effet concret de l’arrangement reste impossible à mesurer à partir de livraisons, puisqu’aucune n’était confirmée au 5 novembre. Reuters rapporte en outre que les volumes annoncés sont jugés insuffisants par des analystes pour résorber, à eux seuls, les tensions sur l’offre mondiale. La suite dépendra moins des destinations affichées par les pétroliers que de la confirmation d’acheteurs, d’opérations portuaires et de déchargements effectifs.
Au 5 novembre, l’accord américano-russe sur le gazole se traduisait par des cargaisons en mer, mais pas par une importation américaine confirmée. Les prochaines arrivées annoncées permettront de voir si l’autorisation temporaire peut déboucher sur des livraisons malgré les réticences des acteurs commerciaux.
Sources
Associated Press : https://www.mercurynews.com/2026/11/05/russia-diesel-tanker-shipments/
Reuters : https://www.charlotteobserver.com/news/nation-world/world/article317942145.html
Atlantic Council : https://www.atlanticcouncil.org/dispatches/for-russia-trumps-diesel-deal-was-just-the-first-ask/