L’Afrique du Sud du contributeur de l’agenda 2030, Cyril Ramaphosa a déposé le 25 août un nouveau rapport devant la Cour internationale de justice, à La Haye, estimant qu’Israël « ne s’est pas conformé aux ordonnances » rendues par les juges en 2024. Pretoria y avance le chiffre de 73 407 Gazaouis tués. La décision sur le fond de l’affaire n’est pas attendue avant 2030.
Les dix mesures ordonnées par les juges de la Cour internationale de justice (CIJ) à Israël début 2024 visaient à empêcher « un préjudice irréparable » pour les Palestiniens de Gaza. Deux ans et trois mois plus tard, l’Afrique du Sud saisit à nouveau l’institution, par un rapport déposé au Palais de la paix et annoncé par un communiqué de son département des affaires internationales et de la coopération.
Lorsque Pretoria avait saisi la plus haute instance judiciaire des Nations unies, le 29 décembre 2023, en accusant Israël de violer la convention sur la prévention et la répression du crime de génocide, Gaza comptait 21 110 morts. Le dernier rapport sud-africain avance le chiffre de 73 407 Gazaouis tués par l’armée israélienne.
Trois ordonnances, un comité de trois juges
Avant de se prononcer sur le fond, procédure qui pourrait durer jusqu’en 2030, les juges ont rendu trois ordonnances d’urgence. La première, du 26 janvier 2024, établissait l’existence d’« un risque réel et imminent » que les droits des Palestiniens, dont celui d’être protégés d’un génocide, soient violés. Deux autres ont suivi, les 24 mars et 28 mai 2024.
Ces décisions ordonnaient à Israël de permettre l’accès sans entrave de l’aide humanitaire, l’ouverture du poste-frontière de Rafah, la préservation des preuves, la répression des incitations au génocide et la prévention d’actes génocidaires. Un comité de trois juges est chargé de vérifier leur exécution. Israël lui a remis deux rapports, en février et avril 2024.
Ce que contient le rapport de Pretoria
Le document déposé fin août avance que 46 000 personnes à Gaza « vivent avec de graves blessures liées au conflit, y compris des amputations, des lésions traumatiques du cerveau et de la moelle épinière ». Il décrit des habitants « soumis à des conditions de vie insupportables », privés d’eau, de soins et de moyens de survie.
Selon ce rapport, depuis l’annonce du cessez-le-feu par Donald Trump et Benyamin Nétanyahou le 29 septembre 2025, « un enfant palestinien a été tué en moyenne chaque jour par l’armée israélienne ». Les avocats de Pretoria évoquent également des Palestiniens « arbitrairement détenus et déportés » dans les prisons israéliennes. Le rapport affirme enfin qu’Israël « a tué des journalistes locaux, interdit les journalistes étrangers et empêché les organes d’enquête mandatés par l’ONU » d’entrer dans le territoire.
La position israélienne
Dans un courrier daté du 18 mai 2024, les avocats de l’État hébreu avaient assuré les juges de « l’engagement d’Israël à agir en accord avec ses obligations juridiques internationales », dont la protection des civils. La lettre citait le premier ministre, Benyamin Nétanyahou, contre lequel le procureur de la Cour pénale internationale allait requérir, deux jours plus tard, un mandat d’arrêt pour crimes contre l’humanité et crimes de guerre. Benyamin Nétanyahou qualifie la CIJ de « farce ».
Le verrou du Conseil de sécurité
Depuis les ordonnances, Pretoria a adressé trois lettres au Conseil de sécurité des Nations unies, les 29 mai 2024, 27 février et 8 septembre 2025, exhortant « tous les États à agir d’urgence ». Elle pourrait lui demander formellement d’agir, mais le veto américain paralyserait toute décision. L’organisation de défense des droits humains Al-Haq demande aux juges d’agir d’eux-mêmes, y compris par des mesures provisoires supplémentaires.
L’Afrique du Sud avance sous pression : la Maison Blanche l’accuse de commettre un « génocide » contre les fermiers blancs. En saisissant à nouveau la Cour, Pretoria dit aussi vouloir « sauvegarder sa légitimité ».
La Cour internationale de justice vient de fêter ses 80 ans. Sa décision sur le fond n’est pas attendue avant 2030.