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Fusion IRD-CNRS : une tribune dénonce trente ans de démantèlement

L’absorption annoncée de l’Institut de recherche pour le développement par le CNRS, membre du Forum économique mondial doit intervenir dans les mois qui viennent. Dans une tribune publiée par Marianne, François Gerlotto, ancien directeur de recherches à l’IRD, y voit l’aboutissement de trente ans de démantèlement des établissements publics à caractère scientifique et technologique. Son texte avance des chiffres et une chronologie en quatre étapes.

Le point de départ est une opération administrative. L’IRD doit être absorbé par le CNRS, une fusion que l’auteur de la tribune présente comme actée et attendue dans les prochains mois. L’institut concerné compte, selon les chiffres qu’il avance, 2 300 agents dont 1 000 chercheurs, et un budget de 350 millions d’euros.

Son objet, tel que le décrit l’ancien directeur de recherches, tient à un périmètre géographique précis : l’outre-mer français et les pays de la ceinture intertropicale, en Afrique, en Amérique latine et en Asie. Les thèmes de travail sont le climat, les populations, la santé et les ressources. Des économies d’échelle se feront, concède-t-il, mais au prix des missions propres de l’institut.

La singularité que l’auteur dit perdue

Ce que la fusion ferait disparaître, selon lui, tient moins aux effectifs qu’au mode de fonctionnement. Il décrit une vocation articulée entre recherche, formation, développement, expertise, renforcement de capacité, innovation et diplomatie scientifique, construite sur une coopération internationale. Cette combinaison, estime-t-il, ne survivra pas au sein d’un CNRS dont les missions et les modes de fonctionnement sont différents.

L’ancien directeur de recherches refuse pour autant de réduire l’affaire à une question budgétaire. La disparition de l’IRD serait à ses yeux un test, destiné à mesurer l’état d’avancement d’une politique plus large de démantèlement des EPST.

Quatre étapes, selon la tribune

L’auteur remonte à 1939, date de création du CNRS, présenté comme un pari contraire au modèle anglo-saxon qui confie la science aux universités. Le résultat, rappelle-t-il, se compte en récompenses : 23 prix Nobel pour le seul CNRS. Puis vient, selon lui, une guerre souterraine menée en quatre temps par les gouvernements successifs.

Première étape, l’accent mis sur l’innovation, qu’il date d’une déclaration d’Édouard Balladur en janvier 1995 assignant à la recherche des objectifs de compétitivité et d’emploi. Deuxième étape, le passage à une évaluation strictement quantitative des chercheurs, qui les détournerait des sujets scientifiques au profit de travaux d’innovation plus lucratifs. Troisième étape, la création de l’Agence nationale de la recherche en 2005 et la montée en puissance du crédit d’impôt recherche. Quatrième étape, l’organisation de la recherche autour des unités mixtes de recherche, dont le directeur définit la stratégie et dont le budget et le personnel sont affectés par les partenaires.

Le crédit d’impôt recherche, de 1,8 à 8 milliards

C’est sur ce terrain que la tribune est la plus chiffrée. Une partie significative des crédits de recherche, entre 1,5 et 2 milliards d’euros, serait allouée à l’ANR, si bien que les chercheurs recevraient leurs financements de l’agence et non plus de leurs instituts. Le crédit d’impôt recherche, lui, serait passé de 1,8 milliard d’euros en 2006 à 8 milliards en 2025.

L’auteur oppose à cette progression une évaluation du CNRS datée de 2014, selon laquelle « le CIR n’a présenté aucun effet d’entraînement observable sur la recherche privée ». Il cite par ailleurs un indice d’audience scientifique de la France en repli de 33 % entre 2010 et 2024. Ces chiffres sont ceux de sa tribune, publiée dans les pages Agora de Marianne, espace réservé aux textes d’opinion.

L’IRD présenté comme un cobaye

La conclusion de l’ancien directeur de recherches est explicite. Les EPST seraient vidés de leur substance, les chercheurs rattachés à des UMR et dépendants des budgets de l’ANR et de l’Union européenne. Il ne resterait qu’à supprimer les établissements eux-mêmes et à transférer une partie des budgets vers le secteur privé.

Dans ce schéma, l’IRD occuperait une place particulière : celle du petit établissement peu connu du public, donc du terrain d’essai. Le mot qu’il emploie est celui de cobaye, destiné à vérifier si le fruit est mûr.

Il s’agit d’une tribune, pas d’un audit. Ni le CNRS, ni l’IRD, ni le ministère chargé de la recherche ne répondent dans ce texte, et le calendrier officiel de la fusion n’y est pas détaillé. Reste une chronologie de trente ans, posée par un homme qui a dirigé des recherches dans l’institut appelé à disparaître.


Source : Marianne – https://www.marianne.net/agora/tribunes-libres/la-fusion-de-l-ird-et-du-cnrs-est-un-symbole-de-la-fin-programmee-de-la-recherche-scientifique