Lanceur spatial en vol dans un ciel brumeux, illustration

Fusée réutilisable : LandSpace pose son premier étage en Chine

Le mercredi 19 août 2026, un premier étage de fusée est redescendu du ciel, a déployé ses pieds rétractables et s’est posé au milieu d’un désert chinois. Avec cette fusée réutilisable baptisée Zhuque-3, la start-up LandSpace devient, selon des experts interrogés par l’AFP, la première entreprise hors des États-Unis à faire atterrir sur ses pieds un lanceur de classe orbitale. Le deuxième étage a placé dans le même temps le satellite Honghu-03 sur son orbite.

Les images ont été diffusées par la télévision d’État CCTV. On y voit le premier étage de la Zhuque-3 redescendre de manière contrôlée, sortir ses pieds rétractables et se poser sur un site d’atterrissage aménagé dans le désert. La manoeuvre, filmée et rediffusée en boucle, n’était jusqu’ici maîtrisée que par des sociétés américaines.

Le lanceur n’a pas été envoyé pour la démonstration seule. Après séparation, le deuxième étage a placé le satellite Honghu-03 sur une « orbite prédéfinie », selon l’agence Chine nouvelle, qui a salué un « succès total ». La mission comptait donc deux objectifs, et les deux ont été remplis le même jour.

LandSpace n’est pas une agence spatiale mais une start-up. C’est précisément ce que les médias d’État chinois ont mis en avant.

La première réussite hors des États-Unis

Des experts consultés par l’AFP l’ont confirmé : aucune entreprise située en dehors des États-Unis n’avait jusqu’à présent ramené et posé « sur ses pieds » un lanceur de classe orbitale. Le club comptait un membre. Il en compte deux.

« L’atterrissage réussi de LandSpace est une réussite majeure pour le secteur spatial commercial chinois », a déclaré à l’AFP Richard de Grijs, astrophysicien et professeur à l’université Macquarie, en Australie.

L’enjeu est d’abord comptable. La plupart des fusées sont conçues pour un usage unique, leurs étages retombant en mer, se consumant dans l’atmosphère ou restant en orbite à l’état de débris. Le premier étage est l’élément le plus coûteux de l’ensemble. Le récupérer intact et le faire revoler abaisse mécaniquement le prix du kilo mis en orbite.

Deux architectures de récupération, un seul pays

L’exploit de LandSpace n’est pas isolé. En juillet 2026, le premier étage d’une fusée Longue Marche-10B, développée par l’État chinois, avait déjà été récupéré, mais sur une plateforme en mer. Un mois plus tard, une entreprise privée réussit la même opération sur la terre ferme.

« La Chine a désormais fait la démonstration de deux architectures de récupération différentes, tant dans son secteur spatial public que dans son secteur spatial commercial », relève Richard de Grijs. Le chercheur en tire une projection sur les capacités de lancement : « En conjuguant concurrence institutionnelle et expérimentation technique, la Chine pourrait développer la capacité de lancer pour moins d’argent et à plus haute fréquence les méga-constellations de satellites qu’elle prévoit. »

Ces méga-constellations sont l’objectif industriel derrière la démonstration technique. Elles supposent des centaines de tirs, donc des lanceurs qui ne finissent pas au fond de l’océan.

Le lendemain, un mémorandum à Washington

La chronologie mérite d’être notée sans être surinterprétée. Le 19 août, LandSpace pose son premier étage dans un désert chinois. Le 20 août, le président des États-Unis Donald Trump signe un mémorandum visant à porter le nombre de lancements américains à plus de mille par an d’ici 2030. Rien n’indique que le second geste réponde au premier, mais les deux dates se suivent.

Le récit chinois n’est pas non plus sans accroc. La semaine précédant l’atterrissage, Pékin a reconnu une « anomalie » lors du lancement d’une fusée Longue Marche transportant un satellite de communication. Des médias ont évoqué une explosion en vol. Deux succès et un échec en quelques semaines, c’est le rythme normal d’un programme qui va vite.

Le pays avait déjà signé quelques jalons remarqués : la sonde Chang’e-4 posée en 2019 sur la face cachée de la Lune, une première mondiale, puis un petit robot déposé sur Mars en 2021. L’objectif affiché reste d’envoyer des humains sur la Lune d’ici 2030.

Une fusée réutilisable posée sur ses pieds ne prouve pas qu’un pays sait aller sur la Lune. Elle prouve qu’il sait faire baisser le prix du billet, ce qui, dans le spatial, précède généralement tout le reste. Reste à savoir quand l’étage posé dans le désert le 19 août repartira.


Source : Sciences et Avenir – https://www.sciencesetavenir.fr/espace/exploration/chine-la-start-up-landspace-recupere-sur-terre-le-premier-etage-de-sa-fusee-reutilisable-zhuque-3_194393