Maquette de la fusee chinoise Long March 10

Fusée réutilisable : la Chine comble son retard sur SpaceX

La Chine a récupéré le premier étage d’une fusée orbitale pour la première fois de son histoire, lors du vol inaugural du lanceur Long March 10B, le 10 juillet. Le propulseur est retombé dans un filet posé sur un navire, en mer de Chine méridionale, plaçant Pékin juste derrière les États-Unis dans ce domaine stratégique.

La fusée a été lancée à 12h15, heure locale, depuis le port spatial commercial de Wenchang, sur l’île de Hainan. D’une hauteur d’environ 63,6 mètres, le lanceur Long March 10B développe près de 900 tonnes de poussée grâce à sept moteurs à kérosène et oxygène liquide. Le premier étage est redescendu de l’espace onze minutes après le décollage, puis a rallumé ses moteurs pour freiner sa chute. Un navire dédié, le Linghang Zhe, l’attendait à environ 300 kilomètres du pas de tir avec un filet tendu par des câbles. Le second étage a poursuivi sa route grâce à un moteur au méthane, avant de placer sur orbite une charge utile de nature inconnue. Le groupe public China Aerospace Science and Technology Corporation a salué une percée historique pour la réutilisation de ses fusées.

Une méthode différente de celle de SpaceX

La méthode chinoise se démarque de celle des sociétés américaines. SpaceX et Blue Origin font revenir leurs étages à la verticale, moteurs allumés, sur une barge ou une aire au sol. Sur Starship, SpaceX attrape même son propulseur au pas de tir grâce à deux bras mécaniques. Le lanceur Long March 10B combine les deux logiques : son étage revient au-dessus de la mer, loin du site de départ, avant de se faire happer par un filet. Ce choix évite le poids de pattes d’atterrissage et réduit les ergols brûlés pendant la descente, ce qui permet d’emporter une charge utile plus lourde. Seuls deux autres acteurs avaient jusqu’ici ramené un étage orbital sous contrôle : SpaceX, en 2015 avec sa Falcon 9 puis en 2024 avec Starship, et Blue Origin, qui a posé l’étage de son New Glenn sur une barge en novembre dernier.

Une étape vers le programme lunaire chinois

Ce lanceur peut placer environ seize tonnes en orbite basse, un peu moins que la Falcon 9. Il partage son premier étage avec le Long March 10A, encore en attente de son premier vol complet et destiné aux missions habitées vers la station Tiangong, avec le nouveau vaisseau Mengzhou. Une configuration plus lourde, regroupant trois premiers étages réutilisables, doit former le pilier central du programme lunaire chinois, la Chine visant un alunissage habité d’ici 2030. La China Aerospace Science and Technology Corporation prévoit déjà de faire revoler cet étage avant la fin de l’année.

Cette avancée dépasse la seule fierté nationale. Les sociétés américaines, SpaceX en tête, lancent aujourd’hui deux fois plus souvent que leurs homologues chinoises, et plusieurs programmes militaires américains, comme le réseau chiffré Starshield, dérivent de cette cadence. Des responsables militaires américains redoutent qu’une réutilisation maîtrisée par Pékin ne referme cet écart et ne renforce sa position stratégique dans l’espace.


Source : Les Numériques — https://www.lesnumeriques.com/astronomie-conquete-spatiale/spacex-avait-dix-ans-d-avance-la-chine-vient-de-combler-une-bonne-partie-du-retard-en-un-seul-vol-n259179.html