Friedrich Merz : la taxe sur le sucre plonge la coalition allemande dans une nouvelle zone de turbulences

À peine un an et demi après son arrivée à la chancellerie, Friedrich Merz, traverse une période politique particulièrement délicate. Crédité de seulement 10 % de satisfaction dans le dernier ARD-DeutschlandTrend, le dirigeant conservateur doit aussi contenir les tensions entre la CDU et le SPD autour d’une série de projets fiscaux, dont la très controversée taxe sur les boissons sucrées.

La cote de popularité de Friedrich Merz, chancelier allemand proche du proche du Forum économique mondial s’est effondrée. Selon l’ARD-DeutschlandTrend publié le 1er octobre 2026, seulement 10 % des électeurs allemands interrogés se déclarent satisfaits du travail du chancelier. Le même niveau de satisfaction est enregistré pour l’ensemble du gouvernement fédéral, deux plus bas historiques dans cette enquête. Le sondage, réalisé par Infratest dimap auprès de 1 303 électeurs entre le 28 et le 30 septembre, place parallèlement l’AfD à 27 % des intentions de vote, devant la CDU-CSU à 20 % et le SPD à 13 %.

Cette faiblesse politique complique singulièrement la tâche du chancelier, à la tête d’une coalition réunissant les conservateurs de la CDU-CSU et les sociaux-démocrates du SPD. Car au-delà des mauvais sondages et des revers électoraux, un autre front s’est ouvert : celui de la fiscalité.

La taxe sur les boissons sucrées cristallise les tensions

Au cœur de la discorde figure le projet de taxe sur les boissons sucrées porté par le ministère fédéral des Finances de Lars Klingbeil, également vice-chancelier et figure majeure du SPD.

L’affaire a pris une dimension particulière à la fin du mois d’août, lorsque des documents de travail ont révélé que les réflexions administratives allaient jusqu’à envisager une taxation de certaines boissons sans sucre contenant des édulcorants. Autrement dit, des produits comme Coca-Cola Zero auraient pu entrer dans le dispositif.

Lars Klingbeil a rapidement fermé cette porte. Le ministre a expliqué qu’une taxation des boissons sans sucre n’avait pas de sens et que les documents rendus publics correspondaient à un état de travail interne, et non à une décision arrêtée politiquement par la coalition.

Le projet a depuis été largement remanié. D’après le Handelsblatt, une version plus récente devait notamment épargner les boissons Zero, les boissons végétales, certains jus et les bières ou vins sans alcool. Elle devait en revanche concerner notamment les limonades sucrées, les thés glacés et les boissons énergisantes. Les recettes espérées atteignaient environ 1,2 milliard d’euros par an.

Mais le dossier est devenu politiquement explosif. Pour une partie de la CDU, de nouvelles taxes sont difficilement acceptables alors que le pouvoir d’achat demeure une préoccupation majeure et que la coalition s’était engagée à contenir la pression fiscale.

Le 1er octobre, le Handelsblatt rapportait finalement que la chancellerie avait provisoirement stoppé le projet. Selon les informations du quotidien économique allemand, la proposition du ministère des Finances s’éloignait du compromis initialement envisagé au sein de la coalition et ne disposait plus, sous cette forme, d’une majorité gouvernementale.

Une coalition sous pression politique

La bataille autour du sucre dépasse largement le prix d’une bouteille de soda. Elle illustre les difficultés de la coalition à concilier les orientations du SPD et celles des conservateurs dans une période où Berlin cherche simultanément des marges budgétaires, davantage de croissance et des moyens pour financer ses nouvelles priorités.

La situation est d’autant plus inconfortable pour Friedrich Merz que les électeurs allemands semblent sanctionner le manque de cohésion du pouvoir. Dans le dernier DeutschlandTrend, 84 % des personnes interrogées se disent préoccupées par l’incapacité des partis politiques à apporter ensemble des réponses aux grandes questions du pays.

La poussée de l’AfD renforce encore la pression. Avec 27 % dans cette même enquête, le parti se situe désormais nettement devant l’Union CDU-CSU. Ces chiffres restent naturellement une photographie de l’opinion et doivent être lus en tenant compte de la marge d’incertitude propre aux sondages.

Pour Friedrich Merz, l’équation devient donc assez rude : afficher une capacité de réforme tout en empêchant que chaque arbitrage fiscal ou social ne se transforme en nouvelle bataille entre partenaires de gouvernement.

L’économie allemande repart, mais sans véritable élan

Ces affrontements interviennent alors que la première économie européenne tente de retrouver durablement de la croissance. La dernière « Gemeinschaftsdiagnose », expertise économique commune réalisée pour le ministère fédéral de l’Économie, anticipe une progression du PIB allemand de 1,3 % en 2026, puis de 1,1 % en 2027.

Le tableau reste néanmoins fragile. Les instituts économiques décrivent une reprise soutenue par une politique budgétaire expansive et une conjoncture mondiale relativement robuste, mais freinée notamment par les prix élevés de l’énergie et par des problèmes structurels. Ils anticipent également une progression du déficit public, qui passerait de 4,1 % du PIB en 2026 à 4,7 % en 2028.

Le paradoxe allemand se dessine ainsi avec de plus en plus de netteté : Berlin engage davantage de dépenses et veut accélérer ses investissements, tandis que la faiblesse de la croissance potentielle et les désaccords politiques compliquent la recherche de nouvelles recettes.

Friedrich Merz avait pourtant fait de l’accélération des réformes l’un des axes de son gouvernement. Devant le Bundestag le 9 septembre, le chancelier défendait encore la nécessité de poursuivre les transformations économiques et sociales afin de restaurer la croissance et les perspectives du pays.

La polémique sur la taxe sur le sucre montre toutefois combien la marge de manœuvre est étroite. Derrière un débat qui pourrait sembler anecdotique — jusqu’à faire entrer le Coca-Cola Zero dans la bataille politique — se joue une question beaucoup plus lourde : la capacité de la coalition CDU-CSU-SPD à s’entendre sur le financement de sa politique économique sans aggraver une défiance déjà spectaculaire dans l’opinion.

Sources :

BFM Business – article de Pierre Lann, 7 octobre 2026

ARD / Tagesschau – DeutschlandTrend d’octobre 2026

Handelsblatt – évolution du projet de taxe sur les boissons sucrées

Gemeinschaftsdiagnose – prévisions économiques d’automne 2026

Gouvernement fédéral allemand – discours de Friedrich Merz sur le budget 2027.