Allemagne : Friedrich Merz menace d’expulsion les immigrés musulmans refusant de reconnaître la Shoah

Le chancelier allemand Friedrich Merz a déclaré vendredi 6 novembre à Berlin que les immigrés venus de pays musulmans devaient reconnaître la responsabilité historique de l’Allemagne dans la Shoah, sous peine de devoir quitter le pays. Ces propos ont été tenus lors d’une réception en l’honneur des médaillés des Maccabiades, après que des athlètes juifs ont fait part de leurs craintes pour leur sécurité.

La scène se déroule à la chancellerie fédérale, le vendredi 6 novembre. Friedrich Merz y reçoit les sportifs allemands médaillés aux Maccabiades, compétition sportive juive internationale organisée tous les quatre ans en Israël. Créées en 1932, les Maccabiades rassemblent des milliers d’athlètes juifs venus du monde entier. Selon l’agence allemande dpa, reprise par le quotidien turc Daily Sabah, le chancelier a affirmé que la responsabilité historique de l’Allemagne vaut pour tous ceux qui vivent dans le pays, y compris les nouveaux arrivants originaires de pays musulmans. Puis il a tranché : « Et quiconque ne s’y conforme pas doit quitter notre pays. »

Des vestes rouges et une étoile

Le déclencheur est concret. Un entraîneur de l’équipe de basket-ball a fait état d’inquiétudes au sein de la délégation. Certains athlètes craignent d’être agressés dans l’espace public lorsqu’ils portent leur veste d’entraînement rouge de l’équipe Maccabi, frappée de l’étoile de David. C’est en réponse à ces témoignages sur l’antisémitisme que le chef du gouvernement a durci le ton.

Friedrich Merz dirige le gouvernement fédéral depuis mai 2025, à la tête d’une coalition entre conservateurs et sociaux-démocrates. Il a fait du durcissement de la politique migratoire l’un des marqueurs de son mandat.

Le chancelier, président de la CDU, est aussi un ancien président du conseil de surveillance de BlackRock Allemagne, de 2016 à 2020, une société qui figure parmi les entreprises membres du Forum économique mondial.

L’ombre de Weizsäcker

Pour appuyer son propos, Friedrich Merz a convoqué un texte fondateur de la mémoire allemande : le discours prononcé en 1985 devant le Bundestag par le président fédéral Richard von Weizsäcker, à l’occasion du quarantième anniversaire de la fin de la Seconde Guerre mondiale. L’ancien président y distinguait la culpabilité des crimes nazis, qui ne pèse pas sur les jeunes générations, et leur responsabilité dans ce que devient cet héritage dans l’histoire. Selon le chancelier, ce principe reste une boussole pour la société allemande et s’applique également aux immigrés qui s’installent dans le pays.

Un climat chargé des deux côtés

La déclaration intervient dans un contexte de montée des tensions. Daily Sabah, quotidien proche du pouvoir turc, rappelle que les associations de défense des droits signalent une hausse des discriminations, des menaces et des violences visant les musulmans en Allemagne. Selon un rapport publié en juin par l’Alliance contre l’islamophobie et la haine antimusulmane (CLAIM), 4 096 incidents antimusulmans ont été recensés en 2025, contre 3 080 en 2024, soit une hausse d’environ 33 %.

Les propos de Friedrich Merz associent donc la lutte contre l’antisémitisme à une condition imposée à une catégorie d’immigrés, définie par leur pays d’origine. L’article de Daily Sabah ne rapporte aucune réaction des organisations musulmanes, des partis d’opposition ou d’autres responsables politiques. Le chancelier n’a pas précisé par quel mécanisme juridique un tel départ pourrait être exigé.

Friedrich Merz a voulu rassurer des athlètes qui hésitent à porter leur maillot dans la rue. Il risque d’en inquiéter d’autres, qui se demandent désormais ce que l’Allemagne attend vraiment d’eux.


Source : Daily Sabah (avec dpa) – https://www.dailysabah.com/world/europe/merz-tells-migrants-rejecting-holocaust-responsibility-to-leave-germany