Alors que les prix de l’essence flambent aux Etats-Unis depuis le début de la guerre au Moyen-Orient, une mystérieuse chaîne de stations-service baptisée Freedom Fuel Network vend du carburant à prix cassé. La Maison Blanche en fait activement la promotion, sans toutefois révéler l’identité de ses propriétaires.
Depuis le déclenchement du conflit au Moyen-Orient fin février, les prix à la pompe ont grimpé dans tous les Etats-Unis. Le prix moyen national, qui tournait autour de 3 dollars le gallon avant la guerre, atteint désormais 3,79 dollars, soit environ 0,87 euro le litre. Dans ce contexte tendu, une nouvelle enseigne baptisée Freedom Fuel Network, ce qui signifie littéralement le réseau de carburant de la liberté, a ouvert sa première station il y a quelques jours à Philadelphie, en Pennsylvanie. Elle y affiche un prix de 3,47 dollars le gallon, très en dessous de la moyenne de l’Etat, qui s’élève à 3,95 dollars.
Une promotion présidentielle appuyée
L’ouverture de cette station a été mise en avant par la Maison Blanche elle-même, qui a publié une vidéo promotionnelle sur son compte X le mardi 7 juillet, avec le slogan le carburant de la liberté est arrivé. La station arbore les couleurs du drapeau américain et l’emblème du pygargue à tête blanche. Selon la présidence, ce tarif réduit est proposé en l’honneur du 47e président des Etats-Unis. Il s’agit de la première d’un total de 25 stations que le réseau prévoit d’ouvrir dans le New Jersey et en Pennsylvanie. Donald Trump avait lui-même annoncé la création de ce réseau la semaine précédente sur son réseau Truth Social, à l’occasion du 250e anniversaire de l’indépendance américaine, saluant un détaillant très avisé qui aime les Etats-Unis.
Un modèle économique qui suscite le scepticisme
Ces tarifs très inférieurs au marché interrogent logiquement sur la viabilité économique du réseau. Interrogé par le média Quartz, Patrick De Haan, responsable de l’analyse pétrolière chez GasBuddy, s’est montré prudent, rappelant qu’en général, quand il y a des pertes, quelqu’un doit en payer le prix. Sur Truth Social, Donald Trump est resté évasif sur le financement de l’initiative, se contentant de saluer l’engagement du distributeur. La vidéo promotionnelle diffusée par la Maison Blanche, où des clients enthousiastes remercient chaleureusement le président, n’a fait qu’ajouter au trouble. Interrogé par CBS News, un porte-parole de la Maison Blanche a nié toute subvention fédérale, assurant que les enseignes du réseau se contentaient de réduire leurs marges bénéficiaires.
Une société enregistrée deux jours avant l’ouverture
Au-delà du discours officiel, plusieurs éléments interrogent sur la nature réelle de cette entreprise. Selon le quotidien britannique The Guardian, la structure Freedom Fuel Company, LLC n’a été déposée que le 1er juillet, soit deux jours seulement avant l’inauguration de la première station, ce qui suggère l’utilisation d’infrastructures déjà existantes plutôt qu’un véritable réseau construit de toutes pièces. Plus troublant encore, son adresse d’enregistrement se situe à Wilmington, dans le Delaware, un Etat connu pour son statut de paradis fiscal et qui héberge les sièges sociaux de centaines de milliers de sociétés, parmi lesquelles figurent plusieurs entités appartenant à Donald Trump lui-même.
Ni la Maison Blanche ni les responsables du réseau n’ont pour l’instant détaillé la structure actionnariale de Freedom Fuel Network. Le flou entourant le financement de ces prix cassés, conjugué à la mise en scène présidentielle très appuyée, alimente les interrogations des observateurs américains sur les motivations réelles de cette opération, à quelques mois d’échéances électorales importantes. Plusieurs médias américains ont annoncé vouloir poursuivre leurs investigations sur la structure de propriété du réseau dans les prochaines semaines.