Deux raffineries russes majeures ont été touchées dans la nuit du 5 au 6 août 2026 par des drones ukrainiens, à Iaroslavl et à Oufa. Les frappes ukrainiennes en Russie visent désormais le raffinage, le trafic maritime en mer d’Azov et les entrepôts du géant du commerce en ligne Wildberries. Le spécialiste de la Russie Mark Galeotti avertit, dans une analyse traduite par Courrier international, que cette campagne pourrait renforcer les partisans russes de l’escalade.
La raffinerie de Slavneft-Ianos, dans la région de Iaroslavl, a brûlé deux nuits de suite. Elle se situe à plus de 700 kilomètres de la frontière ukrainienne, traite environ 15 millions de tonnes de brut par an et figure parmi les cinq plus grandes installations russes, selon le Kyiv Independent et le Moscow Times. Elle appartient à une coentreprise entre Rosneft et Gazprom Neft. La même nuit, un autre appareil a frappé Bachneft-Novoïl, à Oufa, au Bachkortostan, à plus de 1 300 kilomètres du front, une installation de 7,4 millions de tonnes annuelles. C’était au moins la troisième attaque signalée contre des sites de Bachneft en une semaine.
Le président ukrainien,Volodymyr Zelenskyy, proche du Forum économique mondial a présenté ces opérations comme des « sanctions à longue portée » destinées à réduire les revenus pétroliers qui financent la guerre. Le ministère russe de la défense a affirmé avoir intercepté 605 drones sur le territoire russe et en Crimée en vingt-quatre heures. Deux personnes ont été tuées dans la région de Briansk, quatre au moins blessées à Iaroslavl.
Le raffinage russe au plus bas depuis vingt-quatre ans
Les chiffres disent l’ampleur de la campagne. Bloomberg, cité le 3 août par le Moscow Times, situe le raffinage russe à son niveau le plus bas depuis vingt-quatre ans. Le Financial Times, relayé début juillet par Ukrainska Pravda, évaluait à 40 % la part des capacités de raffinage mises hors service au plus fort des frappes. Mark Galeotti, dans son analyse pour The Sunday Times, retient un tiers.
La guerre s’est aussi déplacée vers la logistique civile. Les attaques ukrainiennes en mer d’Azov ont visé 236 navires pour le seul mois de juillet, réduisant des trois quarts la circulation maritime sur cet axe. Depuis la mi-juillet, une vingtaine de centres logistiques de Wildberries, plateforme qui pèse plus de 10 % du commerce de détail russe, ont été frappés. Kiev affirme que l’entreprise fournit des composants de drones aux forces russes.
À la pompe, la guerre arrive
Le 14 août, le gouvernement russe a reconnu publiquement que l’approvisionnement des stations-service restait tendu dans plusieurs régions, rapporte le Kyiv Post. Le vice-Premier ministre chargé de l’énergie, Alexandre Novak, a demandé une surveillance des prix des carburants. Presque toutes les régions russes ont, à un moment ou à un autre, limité les ventes ou interdit le remplissage de jerricans. Le gouverneur du kraï de Krasnodar, Veniamine Kondratiev, a décrit une situation compliquée dans les stations de cette région touristique de la mer Noire. Celui de la région d’Orenbourg a indiqué que la raffinerie d’Orsk était à l’arrêt et que les réparations prendraient des mois.
Quatre cent mille vendeurs et une facture qui gonfle
Le coût de cette bataille commerciale est difficile à établir, et les estimations varient fortement. Mark Galeotti évoque plus de 280 milliards de roubles de dégâts, soit environ 2,89 milliards d’euros. Le média indépendant russe Meduza, s’appuyant le 13 août sur des calculs de Forbes Russia et de Data Insight, avance une fourchette de 600 à 800 milliards de roubles pour l’ensemble formé par la plateforme et ses vendeurs. Plus de 400 000 vendeurs seraient concernés, certains ayant perdu jusqu’à 95 % de leurs stocks.
Ces chiffres sont des estimations privées, invérifiables de façon indépendante, et aucune autorité russe ne les a confirmés.
L’argument que retient Mark Galeotti
Spécialiste de la Russie et contributeur du Sunday Times de Londres, Mark Galeotti conteste l’idée que ces frappes puissent asphyxier l’économie russe. Selon son analyse traduite le 19 août par Courrier international, les recettes pétrolières et gazières de Moscou restent soutenues par la crise au Proche-Orient. Le pari de Kiev porte donc moins sur les finances que sur le moral de la population russe.
C’est là que le calcul se retourne, avertit l’auteur. En rapprochant la guerre des villes russes, la campagne offre des arguments aux faucons qui pressent Vladimir Poutine d’intensifier le conflit. Le 16 août, l’Ukraine a lancé 600 drones sur Moscou, selon le maire de la capitale, Sergueï Sobianine ; le ministère russe de la défense en a revendiqué 822 détruits sur l’ensemble du territoire. Un homme de 83 ans a été tué dans la région de Moscou.
Kiev a privé Moscou d’une partie de son carburant. Reste à savoir ce que Moscou fera de sa colère.