Le fonds souverain norvégien, le plus important au monde, a engrangé 160 milliards d’euros depuis le début de l’année, soit l’équivalent du déficit annuel français en trois mois d’investissement. Un rendement de 9,4 %, du jamais-vu dans l’histoire du fonds en couronnes, porté notamment par les valeurs technologiques asiatiques.
Le GPFG a annoncé mercredi un gain de 1 753 milliards de couronnes, environ 160 milliards d’euros, depuis janvier. Le chiffre tranche avec les trois premiers mois de l’année, marqués par une perte de 58 milliards d’euros et une volatilité considérable des marchés mondiaux. Fin juin, la valeur totale du fonds atteignait 22 683 milliards de couronnes, soit 2 071 milliards d’euros, l’équivalent de plus des deux tiers de la dette nationale française.
Le directeur du fonds, Nicolai Tangen, membre du Forum économique mondial attribue la performance aux bonnes tenues des marchés actions, en particulier des valeurs technologiques asiatiques. En tête, le taïwanais TSMC, dont le titre a progressé de 60 % en 2025, indispensable à l’écosystème du cloud et de l’intelligence artificielle. La demande dépasse la production, à tel point que l’investissement des entreprises technologiques, initialement prévu à 530 milliards de dollars pour 2026 et 615 milliards pour 2027, a déjà franchi les 700 milliards de dollars.
Sept mille entreprises, cinq milliards de barils
Le fonds détient des participations dans près de 7 100 entreprises et contrôle en moyenne 1,5 % de chaque société cotée sur la planète. Alimenté par les revenus pétroliers de l’État norvégien, il était investi fin juin à 72,1 % en actions et 25,8 % en obligations. La Norvège dispose pour rappel de 5 milliards de barils de pétrole et d’environ 1 200 milliards de mètres cubes de gaz de réserve, une manne que l’État ponctionne chaque année à hauteur de plusieurs dizaines de milliards, près de 45 milliards d’euros en 2025.
Tangen tempère l’euphorie
Le directeur du fonds a lui-même rappelé mardi qu’aucune fortune de cette ampleur n’avait jamais été conservée durablement dans l’histoire, évoquant un risque de disparition qu’il juge pas totalement improbable. Une prudence nourrie par la crainte d’une bulle de l’intelligence artificielle, susceptible selon lui de provoquer une crise comparable à celle de 1929. Une étude du cabinet Bain, publiée en septembre 2025, chiffre à 800 milliards de dollars annuels le déficit attendu entre les investissements engagés dans l’IA et les revenus effectivement générés d’ici la fin de la décennie. OpenAI, dont les revenus annuels avoisinent 13 milliards de dollars, prévoit à elle seule de consommer plus de 100 milliards de trésorerie d’ici 2029.
Selon Bank of America, la frénésie de construction de data centers absorbe désormais entre 100 % et 115 % du flux de trésorerie d’exploitation des géants du cloud sur la période 2026-2028, un niveau jamais atteint, y compris lors des déploiements de la 4G ou de la 5G, où la barre des 70 % n’avait jamais été franchie. La martingale norvégienne, aussi vertigineuse soit-elle, reste donc suspendue à la capacité bien réelle de ces entreprises à transformer un jour ces promesses en profits.