Face à l’intensification des incendies de forêt et à l’évolution du risque climatique, l’État souhaite faire émerger une véritable filière industrielle française dédiée à la prévention et à la lutte contre les feux. L’objectif est de réunir les industriels capables de fournir des équipements, des technologies et des solutions innovantes aux acteurs de la sécurité civile. Cette ambition s’inscrit dans une stratégie engagée depuis les grands incendies de l’été 2022 et renforcée par les nouvelles politiques publiques adoptées depuis 2023.
Pendant longtemps, la lutte contre les incendies de forêt en France a reposé principalement sur les moyens opérationnels des sapeurs-pompiers, de la sécurité civile et des collectivités territoriales. Mais l’évolution du climat bouleverse progressivement cette approche. Les périodes de sécheresse plus longues, les températures extrêmes et l’extension géographique des zones exposées obligent désormais les pouvoirs publics à repenser leur modèle de protection. Dans ce contexte, le gouvernement souhaite faire émerger une filière industrielle capable d’accompagner cette transformation et de répondre aux nouveaux besoins liés aux incendies.
Cette volonté s’inscrit dans le prolongement des feux historiques de l’été 2022, notamment ceux qui ont touché la Gironde et les Landes. Ces incendies, qui ont détruit plusieurs dizaines de milliers d’hectares, ont marqué un tournant dans la perception du risque en France. Jusqu’alors fortement concentrée sur le pourtour méditerranéen, la menace incendie concerne désormais davantage de territoires. Le gouvernement a alors engagé une réflexion sur la modernisation des moyens de prévention, d’anticipation et d’intervention.
Le 10 juillet 2023, la loi visant à renforcer la prévention et la lutte contre l’intensification et l’extension du risque incendie a été promulguée. Ce texte prévoit notamment la mise en place d’une stratégie nationale de défense des forêts et des surfaces non boisées contre les incendies. Il traduit une volonté d’adapter les politiques publiques à une réalité nouvelle : les feux deviennent plus rapides, plus puissants et susceptibles de toucher des régions jusqu’ici moins exposées.
Dans cette nouvelle organisation, l’industrie doit occuper une place centrale. La création d’une filière spécialisée vise à rassembler des entreprises travaillant sur plusieurs domaines : matériels de lutte contre les incendies, systèmes de surveillance, drones, outils numériques de détection précoce, équipements de protection individuelle ou encore solutions destinées à améliorer la coordination des secours. L’enjeu est également économique, puisqu’il s’agit de faire émerger des acteurs français capables de développer des technologies exportables dans un contexte où de nombreux pays sont confrontés à une augmentation des risques liés aux feux de végétation.
Cette démarche répond aussi à une problématique de souveraineté industrielle. Les crises récentes ont montré l’importance de disposer de capacités nationales dans des secteurs considérés comme stratégiques. Pour les autorités, ne pas dépendre uniquement de fournisseurs étrangers pourrait permettre de sécuriser l’accès aux équipements indispensables lors des périodes de forte tension, notamment pendant les saisons estivales où plusieurs pays peuvent être touchés simultanément par des incendies majeurs.
La modernisation concerne également les moyens aériens. En juin 2026, lors du lancement de la campagne nationale de lutte contre les feux de forêt à la base aérienne de sécurité civile de Nîmes-Garons, le ministère de l’Intérieur a annoncé la poursuite du renforcement des capacités opérationnelles, avec notamment la commande de nouveaux avions bombardiers d’eau. Depuis 2022, l’État indique avoir engagé plusieurs centaines de millions d’euros pour renouveler des moyens de sécurité civile et renforcer la flotte dédiée à la lutte contre les incendies.
Au-delà des avions et des véhicules d’intervention, la bataille se joue désormais aussi dans le domaine de la donnée. La détection rapide d’un départ de feu est devenue un enjeu majeur : quelques minutes peuvent déterminer si un incendie reste maîtrisable ou se transforme en catastrophe. Les entreprises spécialisées dans l’intelligence artificielle, les capteurs, l’imagerie satellitaire ou la surveillance automatisée pourraient donc jouer un rôle croissant dans cette future filière.
Le gouvernement entend ainsi rapprocher les besoins des services de secours et les capacités d’innovation des entreprises françaises. L’objectif n’est pas seulement de produire davantage de matériel, mais de construire un écosystème complet associant industriels, chercheurs, acteurs publics et professionnels de la sécurité civile.
Cette stratégie intervient alors que la saison des incendies évolue rapidement. Les autorités françaises soulignent que les feux apparaissent désormais plus tôt dans l’année et nécessitent une mobilisation renforcée. En juillet 2026, le gouvernement a notamment activé une cellule interministérielle de crise face à une situation marquée par une forte chaleur et une multiplication des départs de feu.
Avec cette future filière industrielle, l’État cherche donc à transformer la lutte contre les incendies en un secteur structuré, comparable à d’autres domaines stratégiques de la protection nationale. Une évolution qui témoigne d’un changement d’époque : face à des incendies plus fréquents et plus intenses, la réponse ne peut plus reposer uniquement sur l’intervention d’urgence. Elle doit désormais intégrer la prévention, l’innovation technologique et la capacité industrielle.
Sources :
Ministère de l’Intérieur – Feux de forêt : mieux prévenir, mieux combattre, mieux reconstruire
Légifrance – Loi du 10 juillet 2023 visant à renforcer la prévention et la lutte contre l’intensification et l’extension du risque incendie
Info.gouv – Feux de forêt et canicule : le Gouvernement mobilisé