Vue sur le village de Simplon, en Valais, dans les Alpes suisses

Extrême droite au Simplon : 35 Identitaires allemands en Valais

Trente-cinq jeunes Allemands du mouvement identitaire IBD ont passé une semaine dans un gîte d’alpage au-dessus de Simplon, en Valais, entre randonnées, techniques de combat et exercices nocturnes. La police cantonale valaisanne affirme n’avoir disposé d’aucune information sur ce camp d’extrême droite au Simplon, alors que le propriétaire du logement dit avoir été interrogé par des policiers. Le Parti socialiste suisse réclame une enquête et l’examen d’interdictions d’entrée par Fedpol.

Trente-cinq hommes alignés en rangs serrés, au pied de l’aigle de pierre du col du Simplon. Le cliché a été mis en ligne sur X à la fin du mois d’août 2026, avec d’autres images de randonnées, d’entraînements au corps à corps et de marches de nuit. Légende : « Bundeslager 2026 », le camp fédéral annuel de l’Identitäre Bewegung Deutschland (IBD), le mouvement identitaire allemand. Le décor, lui, n’était pas anonyme pour qui sait lire un paysage valaisan.

L’information a été révélée le 26 août 2026 par le portail d’information haut-valaisan Pomona, puis reprise par Blick, 20 Minuten et le quotidien berlinois Tagesspiegel. Le groupe a occupé un gîte collectif sur l’alpage de l’Alpjen, au-dessus de Simplon Dorf, pendant une semaine entière, du samedi au samedi, soit du 15 au 22 août selon le Tagesspiegel. Trente-cinq jeunes hommes, tous venus d’Allemagne.

Le bailleur a vu du sport, la police n’a rien vu

Le propriétaire du logement de groupe raconte à Pomona que la réservation avait été faite sous un nom privé et qu’il ignorait à qui il louait. Les garçons lui ont paru corrects. Sur le contenu du séjour, il est plus précis : « Ils ont fait du sport du matin au soir et mené des exercices de nuit. » Il ajoute que le même groupe avait déjà séjourné dans le gîte trois ans plus tôt.

Au village, personne n’a rien remarqué. Le président de la commune, Sebastian Arnold, a indiqué n’avoir eu aucune connaissance de la présence du groupe et confirmé que la semaine avait été calme. Interrogée par le même portail, la police cantonale valaisanne a répondu ne disposer d’aucune information sur un camp d’extrême droite au Simplon. Le propriétaire du gîte affirme pourtant avoir été questionné par des policiers au sujet de ses hôtes. Les deux versions coexistent, sans avoir été rapprochées publiquement.

Aucune infraction n’a été signalée à ce stade, aucune procédure pénale n’a été annoncée, et la tenue d’un rassemblement de ce type n’est pas interdite en droit suisse. C’est ce vide-là qui alimente le débat politique ouvert depuis.

Le tampon de l’Office de protection de la Constitution

Fondée en 2012, l’IBD se rattache à la mouvance de la « nouvelle droite » et défend l’idée de sociétés ethniquement et culturellement homogènes, en diffusant la thèse du grand remplacement. En juillet 2019, l’Office fédéral allemand de protection de la Constitution, le Bundesamt für Verfassungsschutz, l’a classée « avérée d’extrême droite », en faisant un objet de surveillance à part entière. Le service lui attribuait alors environ 600 adhérents.

Le mouvement a contesté cette qualification devant la justice administrative allemande. Le 19 juin 2020, le tribunal administratif de Berlin a rejeté son recours en référé, enregistré sous le numéro 1 L 188/20, en retenant que l’exigence centrale d’homogénéité ethnoculturelle portait atteinte à la dignité humaine et que l’organisation s’en prenait de manière continue aux étrangers, en particulier aux musulmans. En Suisse, l’IBD ne fait l’objet ni d’une interdiction ni d’un classement équivalent.

Berne n’a toujours pas rendu son rapport

Le Parti socialiste suisse a réagi le 26 août par un communiqué. Le conseiller national valaisan Emmanuel Amoos y déclare avoir été « choqué » à la lecture des révélations et juge inacceptable que des extrémistes de droite venus de l’étranger puissent se rassembler une semaine durant en Valais. Il affirme que les rangs du mouvement comptent des militants visés par des enquêtes pour port d’armes ou lésions corporelles graves. Le communiqué ne détaille ni les affaires ni les personnes concernées, et aucune de ces procédures présumées n’a été documentée par les médias suisses ayant couvert le camp.

Le parti demande une clarification complète : ce que savaient les autorités cantonales et fédérales, si le Service de renseignement de la Confédération était informé du rassemblement, si l’entrée des participants a été contrôlée. Il réclame que Fedpol examine, pour les organisateurs et les participants dirigeants une fois identifiés, les conditions d’une interdiction d’entrée au titre de l’article 67, alinéa 4, de la loi fédérale sur les étrangers et l’intégration. Des interventions parlementaires seront déposées à la session suivante.

Le PS rappelle qu’il avait obtenu en 2023 le dépôt d’un postulat demandant au Conseil fédéral un rapport sur la diffusion et le potentiel de dangerosité des groupes radicaux et complotistes en Suisse. Selon son communiqué, le Service de renseignement de la Confédération n’a toujours pas rendu ce document. « Qui laisse faire les extrémistes de droite européens en Suisse ne doit pas s’étonner de leur mise en réseau croissante », résume la conseillère nationale schaffhousoise Linda De Ventura.

Sur X, les photographies prises au pied de l’aigle du Simplon sont toujours en ligne.


Source : Blick – https://www.blick.ch/fr/suisse/valais-un-groupe-dextreme-droite-allemand-sentra-ne-au-simplon-id22213171.html