Deux Rafale de l'armée de l'air française en vol

Exportations d’armement : la France signe 21,2 milliards de prise de commande en 2025

Les exportations françaises d’armement ont atteint 21,2 milliards d’euros de prises de commandes en 2025, selon le rapport au Parlement publié par le ministère des Armées. Rafale M pour l’Inde, sous-marins Scorpène pour l’Indonésie, frégate pour la Grèce : le niveau de 2024 est reconduit presque à l’identique. Mais l’Union européenne ne pèse que 27 % de ces contrats, quand les États-Unis fournissent désormais 48 % des armes achetées par les pays européens.

Vingt-six Rafale M pour la marine indienne. Deux sous-marins Scorpène pour l’Indonésie. Une quatrième frégate de défense et d’intervention pour la Grèce, des hélicoptères H225M Caracal pour le Maroc. Le rapport au Parlement sur les exportations d’armement, publié par le ministère des Armées, chiffre l’ensemble à 21,2 milliards d’euros de prises de commandes pour l’année 2025. Le contrat indien porte sur la version navalisée de l’appareil, le Rafale M, conçue pour l’appontage sur porte-avions.

Le montant est quasiment identique à celui de 2024. Pas de bond, pas de décrochage. La Base industrielle et technologique de défense (BITD) française tient son rythme, ce qui suffit à faire un bon résultat dans un secteur où un contrat perdu se rattrape rarement l’année suivante. S’ajoutent à ces contrats des commandes de missiles Mistral, de systèmes de défense aérienne SAMP/T et VL MICA, de canons Caesar et de véhicules du programme Scorpion. Le catalogue y passe à peu près en entier, du missile portable au blindé de contact.

L’aéronautique porte la maison, les missiles accélèrent

L’aéronautique représente 40 % des prises de commandes de l’année, devant le naval (19 %) et l’armement terrestre (12 %). La plus forte progression revient au secteur des missiles, en hausse de 15 % sur un an. Les systèmes de défense aérienne, dont la guerre en Ukraine a montré l’usure accélérée, tirent cette dynamique.

Le ministère des Armées attribue ces résultats à la qualité des équipements français. Il met en avant la confiance que les partenaires de la France placent, selon lui, dans les savoir-faire industriels nationaux, et souligne que la constance du Rafale à l’export garantit une chaîne de production durable dans le pays. L’argument est industriel avant d’être diplomatique : ce qui se vend dehors fait tourner les usines dedans.

L’Europe se réarme, Washington encaisse

Les dépenses militaires des États membres de l’Union européenne ont augmenté de 62 % entre 2020 et 2025, pour atteindre 381 milliards d’euros. Sur le papier, l’industrie française avait tout pour capter une part de ce basculement. Elle n’en capte qu’une fraction : la part de l’UE dans les exportations françaises d’armement reste à 27 %, soit la moyenne observée depuis 2022.

Le réarmement du continent profite d’abord aux industriels américains. Les importations d’armes des États européens ont progressé de 210 % entre les périodes 2016-2020 et 2021-2025, selon les données reprises dans le rapport au Parlement. Les États-Unis assurent désormais 48 % des fournitures d’armement à l’Europe. L’Allemagne suit avec 7,7 %, la France avec 6,2 %. Autrement dit, sur dix armes achetées par les Européens depuis quatre ans, près de cinq viennent des États-Unis et moins d’une de France. La hausse des budgets européens ne se traduit donc pas mécaniquement par une hausse des commandes adressées aux industriels du continent.

Le client allemand revient, à petits pas

Les commandes venues des pays de l’UE ont tout de même représenté environ 5,7 milliards d’euros pour la France en 2025. La Grèce arrive en tête avec un peu plus d’un milliard, devant le Danemark (998 millions), la Belgique (673 millions) et la Roumanie (608 millions). Les ventes à l’Allemagne ont doublé en un an pour atteindre 526 millions d’euros, leur plus haut niveau depuis dix ans.

Le ministère des Armées le formule sans détour : « la concurrence intraeuropéenne ne faiblit pas ». Les industriels du continent se retrouvent, selon le rapport, régulièrement en situation de concurrence frontale, ce qui contraint les États à adapter leurs stratégies à l’export. La préférence européenne se heurte à une réalité simple : les partenaires de la défense européenne sont d’abord des concurrents commerciaux, et chacun défend ses chaînes de montage avant les grands discours de souveraineté.

La France a signé pour 21,2 milliards d’euros de commandes d’armement en 2025. Près des trois quarts de ce montant viennent de clients situés hors de l’Union européenne.


Source : Valeurs actuelles – https://www.valeursactuelles.com/societe/rafale-caesar-les-exportations-francaises-darmement-depassent-21-milliards-deuros-pour-lannee-2025