Le dicastère pour la doctrine de la foi a décrété, le 2 juillet 2026, l’excommunication de six évêques de la Fraternité Saint-Pie X, au lendemain de sacres célébrés sans mandat pontifical à Ecône. Le Vatican va plus loin que la seule sanction canonique : il déclare aussi invalides les confessions et les mariages assurés par les prêtres de la Fraternité.
Mercredi 1er juillet, sur la prairie d’Ecône, en Suisse, plusieurs milliers de fidèles ont assisté à la consécration de quatre nouveaux évêques par la Fraternité sacerdotale Saint-Pie X. Le lendemain, le dicastère pour la doctrine de la foi a publié un décret et une note explicative constatant l’excommunication encourue par les responsables de la cérémonie. Le texte, signé par le cardinal Víctor Manuel Fernández, préfet du dicastère, qualifie les sacres d’acte « de nature schismatique ». Il s’appuie sur les canons 1387 et 1364 paragraphe 1 du Code de droit canonique et constate une excommunication latae sententiae, une peine automatique qui s’applique par le seul fait de l’acte, sans jugement préalable. Quelques jours avant la cérémonie, le pape Léon XIV avait adressé une lettre à la Fraternité lui demandant de renoncer à ces ordinations.
Six évêques directement visés
Deux hommes ont conduit la cérémonie : l’Espagnol Alfonso de Galarreta, consécrateur principal, et le Suisse Bernard Fellay, co-consécrateur. Sous leurs mains sont devenus évêques quatre prêtres de la Fraternité : Pascal Schreiber, Michael Goldade, Michel Poinsinet de Sivry et Marc Hanappier. Le décret distingue les responsabilités : Alfonso de Galarreta et les quatre nouveaux évêques relèvent des canons 1387 et 1364 paragraphe 1, tandis que Bernard Fellay, pour avoir participé directement à la célébration comme co-consécrateur, relève du seul canon 1364 paragraphe 1. Le supérieur général de la Fraternité, l’Italien Davide Pagliarani, qui a autorisé les sacres sans les célébrer lui-même, n’est pas nommé dans le décret. Selon le texte, la sanction ne vise pas l’ensemble des fidèles qui fréquentent les lieux de culte de la Fraternité, mais ceux qui y adhèrent formellement.
Confessions et mariages désormais jugés invalides
Le durcissement le plus notable du texte romain concerne les sacrements. Dans la note explicative jointe au décret, le dicastère déclare invalides le sacrement de pénitence et les mariages célébrés par les prêtres de la Fraternité Saint-Pie X. Cette mesure annule de fait les concessions accordées par le pape François, qui avait reconnu la validité de ces confessions en 2015, puis celle de ces mariages en 2017. Jusqu’ici, un fidèle marié à la Fraternité ou confessé par l’un de ses prêtres bénéficiait d’un sacrement reconnu par Rome. Ce n’est plus le cas, à une exception près prévue par le droit canonique lui-même : à l’article de la mort, tout prêtre, même excommunié, peut absoudre validement un mourant.
Un différend qui remonte à 1988
La situation n’est pas inédite. En 1988 déjà, Mgr Marcel Lefebvre avait consacré quatre évêques sans l’accord de Jean-Paul II sur cette même prairie d’Ecône, entraînant une excommunication scellée par la lettre apostolique Ecclesia Dei. Benoît XVI l’avait levée en 2009. En février 2026, le cardinal Fernández avait proposé à la Fraternité un dialogue théologique, à condition de suspendre les ordinations. Le supérieur général Davide Pagliarani avait refusé cette condition. Le décret du 2 juillet ne ferme cependant pas la porte : le dicastère indique que l’Église accueillera « avec une affection sincère » ceux qui souhaiteraient revenir à la pleine communion, les nonces apostoliques étant chargés d’organiser d’éventuels retours.
Le dossier porte le numéro de protocole 99/2009, celui-là même ouvert dix-sept ans plus tôt quand Rome espérait encore une réconciliation. Reste à savoir si cette nouvelle rupture, survenue près de quatre décennies après la première, laissera place à un dialogue ou installera durablement la Fraternité Saint-Pie X en dehors de la communion romaine.
