Le parquet bolivien a annoncé l’émission d’un mandat d’arrêt contre l’ancien président Evo Morales, accusé d’avoir joué un rôle dans les manifestations antigouvernementales qui ont secoué le pays pendant plusieurs semaines. Cette procédure judiciaire intervient dans un climat de forte tension politique, marqué par la rupture entre Morales et son ancien allié Luis Arce, ainsi que par une profonde fracture au sein de la gauche bolivienne.
La Bolivie traverse une nouvelle zone de turbulences politiques avec l’émission d’un mandat d’arrêt visant l’ancien président Evo Morales. Le parquet général bolivien a annoncé, mercredi 30 juillet 2026, avoir engagé une procédure contre l’ancien dirigeant pour son rôle présumé dans les manifestations antigouvernementales qui ont paralysé le pays durant près de cinquante jours en mai et juin. Les autorités lui reprochent notamment son implication supposée dans un mouvement de contestation exigeant la démission du pouvoir en place.
Cette décision judiciaire s’inscrit dans une crise politique qui dépasse largement la seule figure d’Evo Morales. Elle intervient après plusieurs années de tensions croissantes entre les différentes composantes du mouvement socialiste bolivien, autrefois rassemblées autour du Mouvement vers le socialisme (MAS). Pendant près de deux décennies, ce parti a dominé la vie politique nationale, d’abord sous la présidence de Morales, au pouvoir de 2006 à 2019, puis sous celle de Luis Arce, son ancien ministre de l’Économie devenu président en 2020.
L’ancien dirigeant indigène, premier président autochtone de l’histoire de la Bolivie, a longtemps incarné un tournant politique majeur pour le pays. Son arrivée au pouvoir en 2006 avait marqué une rupture avec les élites traditionnelles, avec une politique axée sur la redistribution des richesses issues des ressources naturelles, la reconnaissance des populations autochtones et la transformation institutionnelle du pays. Mais son long règne a également été accompagné de controverses, notamment autour de sa volonté de briguer un nouveau mandat présidentiel après plusieurs années au pouvoir.
La chute de Morales en novembre 2019 constitue un précédent essentiel pour comprendre la crise actuelle. Après une élection présidentielle contestée, marquée par des accusations de fraude électorale et une forte mobilisation de l’opposition, il avait démissionné sous la pression de la rue et de l’armée, avant de quitter temporairement le pays. La période de transition qui a suivi a profondément divisé la société bolivienne entre ceux qui considéraient son départ comme une défense de la démocratie et ceux qui dénonçaient un coup d’État contre un président élu.
Evo Morales est ensuite revenu en Bolivie après la victoire de Luis Arce à l’élection présidentielle de 2020. Mais l’alliance entre les deux hommes s’est rapidement fissurée. Ancien dauphin politique de Morales, Arce a progressivement pris ses distances avec son mentor, tandis que Morales cherchait à reprendre une place centrale dans le MAS et envisageait un retour au premier plan politique. Cette rivalité a transformé l’ancien parti dominant de la gauche bolivienne en un champ de bataille interne.
Les manifestations qui ont conduit au nouveau mandat d’arrêt s’inscrivent dans cette confrontation. Selon les autorités boliviennes, Evo Morales aurait joué un rôle dans l’organisation ou le soutien de mouvements de blocage et de protestation visant à fragiliser le gouvernement. Les mobilisations ont provoqué d’importantes perturbations économiques et sociales, alors que le pays faisait déjà face à des difficultés économiques et à une montée des tensions entre les différentes factions politiques.
Les partisans de Morales rejettent ces accusations et dénoncent une nouvelle offensive judiciaire destinée, selon eux, à empêcher son retour politique. L’ancien président affirme depuis plusieurs mois être victime d’une persécution politique orchestrée par ses adversaires. Ses soutiens considèrent que les procédures engagées contre lui visent à neutraliser une figure encore influente auprès d’une partie des mouvements sociaux, notamment dans la région du Chapare, son bastion historique.
Cette affaire intervient également dans un contexte judiciaire déjà chargé pour Evo Morales. L’ancien chef de l’État a fait face à d’autres procédures au cours des dernières années, notamment une enquête concernant des accusations liées à une affaire de mineure, qu’il conteste. Ces dossiers ont contribué à renforcer la polarisation autour de sa personne, entre ses adversaires qui réclament qu’il réponde devant la justice et ses soutiens qui dénoncent une instrumentalisation politique des institutions.
La crise actuelle révèle surtout l’affaiblissement progressif du modèle politique construit autour du MAS depuis 2006. La rupture entre Morales et Arce a profondément divisé la gauche bolivienne, tandis que les difficultés économiques et les tensions sociales ont alimenté un mécontentement croissant dans le pays. La disparition de l’unité politique qui avait permis au mouvement socialiste de conserver le pouvoir pendant près de vingt ans a ouvert une période d’incertitude majeure pour la Bolivie.
Le mandat d’arrêt contre Evo Morales constitue donc un nouvel épisode d’une bataille politique qui dépasse la seule question judiciaire. Il illustre la lutte d’influence entre deux visions du pouvoir issues d’un même courant politique autrefois uni : celle d’un ancien président qui entend préserver son héritage et celle d’un gouvernement qui affirme vouloir tourner une page de l’histoire récente du pays.
Sources :
Le Monde – Bolivie : un mandat d’arrêt émis contre l’ex-président Evo Morales pour son rôle dans les manifestations antigouvernementales
Mediapart – Bolivie : le parquet ordonne l’arrestation de l’ex-président Evo Morales
Agence Anadolu – Les procureurs boliviens émettent un mandat d’arrêt contre l’ancien président Morales