Éthiopie : plus de 40 chrétiens orthodoxes tués dans une attaque sanglante en Oromia

Une nouvelle vague de violences a frappé l’Éthiopie, où au moins 43 personnes ont été tuées le 24 octobre 2026 dans plusieurs villages de la région d’Oromia. Des hommes armés auraient notamment pris pour cible une église et des habitations appartenant à des chrétiens orthodoxes. Cette attaque, dont les motivations religieuses sont évoquées par une ONG spécialisée, intervient dans un contexte de tensions communautaires et de multiplication des affrontements armés.

Plus de 40 personnes ont perdu la vie samedi 24 octobre dans une attaque menée par des hommes armés contre plusieurs villages du district de Shirka, dans la région éthiopienne d’Oromia. Selon des témoignages recueillis par l’Agence France-Presse (AFP) et les informations communiquées par l’organisation Armed Conflict Location & Event Data (Acled), les assaillants auraient particulièrement visé des membres de la communauté chrétienne orthodoxe.

Le bilan reste provisoire. L’ONG Acled, spécialisée dans l’analyse des conflits armés à travers le monde, fait état d’au moins 43 morts et 18 blessés. Un habitant interrogé par l’AFP évoque, de son côté, 51 victimes.

Situé à environ 270 kilomètres au sud d’Addis-Abeba, le district de Shirka appartient à la zone d’Arsi, un territoire déjà confronté à plusieurs épisodes de violences meurtrières ces dernières années.

Une église orthodoxe attaquée et des habitations prises pour cible

D’après les témoignages recueillis par l’AFP, les hommes armés ont fait irruption dans plusieurs localités avant de s’en prendre à une église orthodoxe et aux maisons situées à proximité.

Kebede, un habitant dont le prénom a été modifié pour préserver son identité, affirme avoir perdu son père lors de cette attaque. Selon son récit, les violences auraient coûté la vie à 51 personnes.

Les informations communiquées par Acled semblent confirmer l’ampleur du massacre, tout en avançant un bilan légèrement inférieur. L’organisation indique que l’attaque pourrait avoir été motivée par des considérations religieuses et dirigée spécifiquement contre des chrétiens orthodoxes. Elle signale également le pillage d’une église.

Deux autres témoins, Amanuel, un résident de la région, et Teklu, un diacre, rapportent que plus de 40 victimes auraient été enterrées dans des fosses communes.

Ces témoignages n’ont toutefois pas pu être vérifiés de manière indépendante par l’AFP. L’identité des assaillants et les circonstances exactes de l’attaque demeurent également inconnues.

Des familles contraintes de chercher refuge dans les églises

Au-delà du nombre de victimes, l’attaque a provoqué un mouvement de fuite parmi les habitants des villages concernés.

Selon le diacre Teklu, plusieurs personnes ayant échappé aux violences ont trouvé refuge dans des églises de la région, dans l’espoir d’y bénéficier d’une protection.

Le religieux appelle les autorités éthiopiennes à intervenir rapidement pour rétablir la sécurité et empêcher de nouvelles attaques contre les populations civiles.

La crainte d’une aggravation des tensions confessionnelles est également exprimée par Amanuel. Ce dernier avertit que les divisions religieuses demeurent particulièrement fortes dans cette partie de l’Oromia et pourraient provoquer une crise de plus grande ampleur en l’absence de mesures concrètes.

Sollicitée par l’AFP, la Commission éthiopienne des droits humains (EHRC), une institution publique disposant d’une indépendance administrative, a indiqué suivre les événements et examiner les informations disponibles. Elle n’a cependant fourni aucune précision supplémentaire sur les circonstances du drame.

L’Oromia, une région marquée par les tensions religieuses et les conflits armés

L’attaque survient dans une région particulièrement sensible sur les plans politique, ethnique et religieux.

Avec environ 40 millions d’habitants, l’Oromia constitue l’une des principales régions d’Éthiopie. Son territoire s’étend sur près d’un tiers du pays, entourant notamment la capitale fédérale Addis-Abeba.

Cette vaste région accueille des populations de confessions différentes, principalement musulmanes, protestantes et chrétiennes orthodoxes.

Mais l’Oromia est également le théâtre d’une insurrection armée opposant depuis plusieurs années l’Armée de libération oromo (OLA) aux forces fédérales éthiopiennes.

Considérée comme une organisation terroriste par les autorités d’Addis-Abeba, l’OLA mène une rébellion contre le pouvoir central. Ses effectifs, estimés à quelques milliers de combattants en 2018, auraient considérablement augmenté depuis.

Malgré cette progression, plusieurs observateurs jugent le mouvement insuffisamment structuré et équipé pour constituer une menace militaire directe contre le gouvernement fédéral.

La proximité géographique entre les zones d’activité de la rébellion et Addis-Abeba demeure néanmoins une source de préoccupation pour les autorités.

À ce stade, aucun élément rapporté par l’AFP ne permet d’attribuer l’attaque du 24 octobre à l’OLA.

Une multiplication des massacres de civils dans la région d’Arsi

Les violences survenues à Shirka ne constituent pas un épisode isolé. Selon Acled, la fréquence des attaques armées a augmenté ces dernières années dans cette partie de l’Oromia, où les populations civiles se retrouvent régulièrement exposées aux affrontements et aux opérations de groupes armés.

Entre la fin du mois de mai et le début du mois de juin 2026, au moins 11 civils avaient déjà été tués par des hommes armés dans la zone d’Arsi.

À l’époque, les autorités fédérales, dirigées par le Premier ministre Abiy Ahmed, lui-même originaire de l’Oromia, avaient accusé l’Armée de libération oromo d’être responsable de ces violences.

En novembre 2023, une autre attaque attribuée à des assaillants non identifiés avait entraîné la mort d’au moins 30 civils dans la région.

Ces épisodes successifs témoignent de la persistance de l’insécurité dans plusieurs districts, où les habitants subissent les conséquences d’un conflit prolongé.

L’attaque contre les chrétiens orthodoxes de Shirka intervient ainsi dans un environnement déjà fragilisé par les violences armées et les tensions communautaires.

Une Éthiopie confrontée à plusieurs foyers de rébellion

Les troubles qui secouent l’Oromia s’inscrivent dans une crise sécuritaire plus vaste, touchant plusieurs régions d’Éthiopie.

Deuxième pays le plus peuplé d’Afrique, avec environ 130 millions d’habitants, l’Éthiopie demeure confrontée à des conflits dont les origines et les revendications diffèrent selon les territoires.

Fin septembre 2026, plusieurs organisations armées, dont l’OLA et des groupes rebelles issus du Tigré, ont annoncé la formation d’une alliance visant à renverser le gouvernement fédéral.

Cette évolution intervient alors que les affrontements se poursuivent dans différentes parties du pays. Dans la région d’Afar, les forces du Front de libération du peuple du Tigré (TPLF) avaient notamment réalisé des avancées avant d’être repoussées par les forces fédérales, qui ont eu recours à de nombreuses frappes de drones.

Ces nouveaux combats ravivent les inquiétudes autour de la stabilité d’un pays profondément marqué par les guerres de ces dernières années.

Le spectre de la guerre du Tigré plane toujours sur le pays

Entre 2020 et 2022, l’Éthiopie a été déchirée par une guerre particulièrement meurtrière opposant l’armée fédérale aux forces rebelles du TPLF dans la région septentrionale du Tigré.

Ce conflit, considéré comme l’un des plus sanglants des dernières décennies, aurait provoqué la mort d’au moins 600 000 personnes, selon l’estimation reprise dans les informations rapportées par l’AFP.

La guerre a laissé le Tigré profondément dévasté, avec des conséquences humaines, économiques et sociales considérables.

Malgré la fin des principaux affrontements de cette période, les tensions politiques et militaires n’ont pas disparu.

La constitution récente d’une alliance entre plusieurs mouvements rebelles illustre la persistance des fractures qui traversent le pays.

Dans ce contexte national instable, le massacre du 24 octobre en Oromia vient rappeler la vulnérabilité des populations civiles, notamment dans les territoires où se superposent insurrections armées et tensions religieuses.

Pour les habitants de Shirka, l’urgence reste désormais la protection des survivants, tandis que les autorités éthiopiennes sont appelées à faire la lumière sur cette attaque et à prévenir de nouvelles violences.

Sources :

InfoChrétienne, 27 octobre 2026 : « Éthiopie : plus de 40 morts dans une attaque contre des chrétiens orthodoxes ».