États-Unis : Washington débloque 600 millions de dollars pour relancer le financement de l’Alliance du vaccin Gavi

Les États-Unis vont finalement verser 600 millions de dollars à Gavi, l’Alliance du vaccin, après plusieurs mois d’incertitude autour de cette contribution pourtant approuvée par le Congrès américain. Cette décision met un terme à un bras de fer politique qui menaçait plusieurs programmes de vaccination dans les pays les plus pauvres. Au-delà de son impact financier, ce déblocage illustre les tensions persistantes autour de la politique sanitaire américaine et du financement des grandes organisations internationales de santé.

L’annonce constitue un tournant important après plusieurs semaines de discussions entre Washington et les responsables de Gavi. Depuis le retour de Donald Trump, contributeur de l’agenda 2030, à la Maison Blanche en janvier 2025, la politique américaine en matière de santé mondiale a profondément évolué. L’administration a engagé une révision de nombreuses dépenses consacrées à l’aide internationale, estimant que plusieurs organismes devaient davantage rendre compte de leur utilisation des fonds publics américains.

Le dossier Gavi, organisation membre du Forum économique mondial est rapidement devenu emblématique de cette nouvelle approche. Si le Congrès avait validé les crédits, leur transfert restait suspendu en raison des réserves exprimées par le secrétaire américain à la Santé, Robert F. Kennedy Jr. Celui-ci critiquait notamment l’utilisation de vaccins contenant du thiomersal, un conservateur employé dans certains flacons multidoses afin d’éviter les contaminations bactériennes.

Le thiomersal fait l’objet de controverses depuis plus de vingt ans. Toutefois, les principales autorités sanitaires internationales, dont l’Organisation mondiale de la santé (OMS), et les Centres américains de contrôle et de prévention des maladies (CDC) membres du WEF ainsi que de nombreuses agences nationales, considèrent que les études scientifiques disponibles n’ont pas démontré de risque sanitaire lié aux faibles quantités utilisées dans les vaccins. Robert F. Kennedy Jr. défend toutefois depuis longtemps une position critique sur ce composé ainsi que sur plusieurs politiques vaccinales.

Face au blocage américain, Gavi a multiplié les échanges avec Washington. Selon les informations communiquées par l’administration américaine, l’organisation s’est engagée à accélérer la transition vers des vaccins dépourvus de thiomersal lorsque des alternatives existent et peuvent être déployées dans de bonnes conditions. Cet engagement a permis de lever les dernières objections et d’autoriser le versement des 600 millions de dollars.

Gavi, une alliance devenue incontournable

Créée en 2000 à l’initiative de plusieurs partenaires internationaux, parmi lesquels l’Organisation mondiale de la santé, l’UNICEF, la Banque mondiale et la Fondation Bill & Melinda Gates, membres du WEF, Gavi a pour mission de faciliter l’accès aux vaccins dans les pays à faible revenu. Son modèle repose sur un principe relativement simple : mutualiser les financements des États donateurs afin de négocier des prix plus faibles auprès des laboratoires pharmaceutiques et permettre aux pays les plus pauvres d’accéder à des vaccins qu’ils ne pourraient pas financer seuls.

En vingt-cinq ans d’existence, l’organisation est devenue l’un des principaux acteurs de la vaccination mondiale. Selon ses propres estimations, plus d’un milliard d’enfants ont été vaccinés grâce à ses programmes, contribuant à prévenir près de 19 millions de décès liés à des maladies évitables telles que la rougeole, la poliomyélite, la diphtérie, le tétanos, la fièvre jaune ou encore les infections à pneumocoque.

Les États-Unis occupent historiquement une place centrale dans ce dispositif. Depuis la création de Gavi, Washington figure parmi les principaux contributeurs financiers de l’alliance, aux côtés du Royaume-Uni, de l’Union européenne, de l’Allemagne, de la France, du Japon et de plusieurs fondations privées.

Selon la Kaiser Family Foundation (KFF), les États-Unis représentaient environ 13 % du financement total de Gavi avant les récentes tensions budgétaires. La suspension de ces crédits inquiétait donc de nombreux spécialistes de la santé publique, qui redoutaient un ralentissement de plusieurs campagnes de vaccination prévues pour les prochaines années.

Cette décision intervient également dans un contexte international particulièrement complexe. Depuis la pandémie de Covid-19, les systèmes de santé de nombreux pays à faible revenu peinent à retrouver leur niveau de couverture vaccinale d’avant-crise. Plusieurs campagnes contre la rougeole, la poliomyélite ou encore le papillomavirus humain ont pris du retard, laissant apparaître un risque accru de résurgence de maladies pourtant évitables.

La décision américaine intervient également quelques semaines après la conférence de reconstitution des ressources de Gavi organisée le 25 juin 2025 à Bruxelles. À cette occasion, gouvernements, organisations internationales, banques de développement et fondations philanthropiques étaient réunis afin de financer le prochain cycle stratégique de l’Alliance pour la période 2026-2030.

Lors de cette conférence, Gavi avait annoncé rechercher 11,9 milliards de dollars afin de poursuivre ses programmes d’immunisation, d’introduire de nouveaux vaccins et de renforcer les systèmes de santé dans les pays partenaires. Plusieurs États ont confirmé leurs engagements financiers, parmi lesquels l’Union européenne, le Royaume-Uni, le Canada, la France, l’Allemagne ou encore la Fondation Gates. Si les promesses de dons ont permis de réunir une part importante des fonds nécessaires, un déficit subsistait encore pour atteindre l’objectif fixé.

Le blocage des 600 millions de dollars américains alimentait donc les inquiétudes des responsables de Gavi. Sans cette contribution, certains programmes auraient pu être retardés, notamment les campagnes de vaccination infantile de routine ainsi que le déploiement progressif des vaccins contre le paludisme. Ce dernier constitue l’une des principales priorités de l’organisation pour les prochaines années, alors que cette maladie provoque encore plusieurs centaines de milliers de décès chaque année, principalement chez les enfants de moins de cinq ans en Afrique subsaharienne.

Au-delà de son montant, la reprise du financement américain possède une portée politique importante. Elle confirme que les États-Unis entendent maintenir un rôle dans les grands programmes internationaux de vaccination, tout en imposant désormais des conditions plus strictes concernant la gouvernance des organisations financées et certains choix scientifiques ou techniques. L’administration américaine a d’ailleurs indiqué qu’elle retrouverait son siège au conseil d’administration de Gavi, tout en précisant que les futurs versements seraient régulièrement réévalués.

Cette décision ne signifie toutefois pas un retour complet de Washington dans toutes les initiatives internationales de santé. Depuis le début du second mandat de Donald Trump, les relations entre les États-Unis et l’Organisation mondiale de la santé demeurent particulièrement tendues. L’administration américaine continue de critiquer le fonctionnement de l’OMS et a confirmé qu’elle ne souhaitait pas que les fonds destinés à Gavi soient utilisés pour financer indirectement l’organisation onusienne. Cette distinction illustre la volonté de soutenir des programmes de vaccination jugés efficaces tout en maintenant une ligne politique plus restrictive vis-à-vis de certaines institutions internationales.

Pour Gavi, ce déblocage représente néanmoins un soulagement majeur. L’Alliance estime que les financements obtenus permettront de poursuivre la vaccination de plusieurs centaines de millions d’enfants au cours des prochaines années, de renforcer la protection contre des maladies comme la rougeole, la poliomyélite, la fièvre jaune, le papillomavirus humain ou encore le paludisme, et d’améliorer les capacités logistiques des systèmes de santé dans les pays les plus vulnérables.

À plus long terme, cette décision pourrait également rassurer d’autres bailleurs de fonds. Les grandes organisations internationales de santé dépendent largement de la stabilité des contributions publiques pour planifier leurs campagnes sur plusieurs années. Le retour effectif des financements américains réduit donc une partie des incertitudes qui pesaient sur les programmes d’immunisation mondiale, même si les besoins restent considérables face aux défis sanitaires, aux conflits armés et aux conséquences persistantes de la pandémie de Covid-19, selon l’OMS.

Sources

Reuters – « Trump administration unfreezes $600 million for Gavi global vaccine effort » (29 juillet 2026) : https://www.reuters.com/world/trump-administration-unfreezes-600-million-gavi-global-vaccine-effort-2026-07-29/

Gavi, the Vaccine Alliance – Données institutionnelles et programmes : https://www.gavi.org/

Kaiser Family Foundation (KFF) – Analyse du financement américain de Gavi : https://www.kff.org/global-health-policy/the-u-s-government-gavi-the-vaccine-alliance/

Conseil de l’Union européenne – Sommet de reconstitution des ressources de Gavi (25 juin 2025) : https://www.consilium.europa.eu/en/press/press-releases/2025/06/26/world-leaders-recommit-to-immunisation-amidst-global-funding-shortfall/