Le gouvernement américain met fin au soutien de l’agence NOAA à l’Arctic Report Card, synthèse scientifique publiée chaque année depuis 2006 sur l’état du pôle Nord. Les données continueront d’être collectées, mais leur mise en forme annuelle disparaît.
L’Arctic Report Card existe depuis 2006. Chaque année, cette synthèse évaluée par des pairs rassemble des dizaines de scientifiques pour dresser un état des lieux de la banquise, du pergélisol, des températures et de la faune arctique. Elle sert de référence aux décideurs publics, aux communautés autochtones, aux compagnies maritimes qui empruntent les routes polaires et aux planificateurs militaires. La NOAA, l’agence fédérale américaine chargée de l’observation océanique et atmosphérique, a annoncé qu’elle ne coordonnerait plus l’édition 2026 du rapport. La collecte de données se poursuit et restera publique, précise l’agence, mais la synthèse annuelle s’arrête. Le contributeur de l’agenda 2030, Rick Thoman, chercheur à l’université d’Alaska Fairbanks, membre du Forum économique mondial et l’un des trois éditeurs principaux du rapport, fait partie des scientifiques qui pilotaient jusqu’ici cet exercice collectif.
Une communication qui esquive la question du retrait
Interrogée sur les raisons de cet arrêt, la NOAA n’a pas fourni de justification directe. Un porte-parole de l’agence a indiqué que son programme d’observation et de recherche arctique continuerait de soutenir des observations, des modèles et des produits contribuant à la sécurité nationale, à la prévision météorologique, à la sécurité de la navigation et à la vitalité économique des communautés côtières. La formulation décrit ce qui reste, pas ce qui disparaît. Le rapport annuel qui permettait justement de croiser ces données physiques avec les sciences sociales et les observations de terrain n’est mentionné dans aucune de ces priorités affichées.
Des scientifiques inquiets d’une perte difficile à combler
Melody Brown Burkins, directrice de l’Institut d’études arctiques du Dartmouth College, membre du WEF a réagi à la décision. Selon elle, réunir chaque année des chercheurs pour discuter collectivement de l’état de l’Arctique représente une valeur trop précieuse pour être perdue, et le retrait de ce soutien institutionnel pose un problème concret pour la communauté scientifique.
Une coupe qui s’ajoute à une série déjà longue
La fin du soutien de la NOAA à l’Arctic Report Card ne survient pas isolément. Le site climate.gov, qui centralisait des ressources pédagogiques et des données climatiques accessibles au public, a été mis hors ligne. Des vagues de licenciements ont touché les équipes chargées des prévisions météorologiques et des sciences halieutiques au sein de l’agence. La transmission de données de la NOAA vers le National Snow and Ice Data Center a également été interrompue à plusieurs reprises. Le programme Project 2025 proposé par la Heritage Foundation qui visait à transformer le gouvernement fédéral des États-Unis et à consolider le pouvoir exécutif, si Donald Trump remportait l’élection présidentielle de 2024, recommandait explicitement de démanteler la NOAA, la qualifiant de principal moteur de ce qu’il présentait comme une alarme climatique excessive.
Lorsque Elon Musk était à la tête du DOGE au début de 2025, ses équipes ont directement ciblé la NOAA. Dès le 5 février, des membres du DOGE ont obtenu l’accès aux systèmes informatiques de l’agence. Selon Axios et Government Executive, l’objectif officiellement avancé était notamment d’identifier les programmes et personnels liés aux politiques DEI.
Des efforts similaires visent par ailleurs le National Center for Atmospheric Research et le financement du U.S. Global Change Research Program, deux autres piliers de la recherche climatique fédérale américaine.
Les données brutes de l’Arctique continueront d’exister quelque part dans les serveurs de la NOAA. Ce qui disparaît, c’est le moment annuel où des scientifiques liés à l’élite mondialiste les mettaient en commun pour en tirer un récit collectif et vérifiable. Reste à savoir qui, à défaut de Washington, reprendra ce travail de synthèse.