Le gouvernement australien organise le rapatriement de plusieurs femmes et enfants liés au groupe État islamique après des années passées dans des camps syriens. Une opération sensible qui ravive les débats sur la sécurité nationale, la justice antiterroriste et la prise en charge des familles de djihadistes occidentaux.
L’Australie fait face à une nouvelle polémique sécuritaire après l’annonce du retour imminent de plusieurs ressortissantes liées au groupe djihadiste État islamique. Un groupe composé de sept femmes et douze enfants a quitté le camp de Roj, dans le nord-est de la Syrie, contrôlé par les forces kurdes syriennes, pour rejoindre le territoire australien.
Les personnes concernées doivent être réparties entre Sydney et Melbourne. Cette opération intervient moins de trois semaines après un précédent rapatriement de treize Australiens, composé de quatre femmes et neuf enfants, également revenus des camps syriens où sont détenus depuis des années des proches ou anciens membres de l’organisation terroriste.
Canberra adopte une ligne de fermeté
Face aux critiques, le ministre australien de l’Intérieur Tony Burke a tenté d’afficher une position particulièrement ferme. « Le gouvernement n’a fourni et ne fournira aucune assistance à ce groupe », a-t-il déclaré publiquement. Le ministre a également insisté sur les conséquences judiciaires auxquelles pourraient être confrontées les personnes rapatriées.
« Tout membre de ce groupe ayant commis des crimes peut s’attendre à faire face à toute la rigueur de la loi », a affirmé Tony Burke. Le responsable politique a qualifié leur départ vers la Syrie de « choix horrible », estimant que ces femmes avaient « rejoint une organisation terroriste dangereuse » et placé leurs enfants dans une situation « indicible ».
Les services de renseignement et les autorités australiennes assurent travailler sur ces dossiers depuis plus d’une décennie. Selon le gouvernement, des dispositifs de surveillance, de suivi judiciaire et d’encadrement sécuritaire ont été préparés afin d’anticiper les risques liés à ces retours.
Plusieurs arrestations dès l’arrivée sur le territoire
Le précédent rapatriement avait déjà provoqué de fortes tensions dans le débat public australien. Parmi les quatre femmes revenues récemment de Syrie, trois ont été arrêtées dès leur arrivée sur le territoire.
Deux d’entre elles, une mère et sa fille, ont été interpellées à Melbourne. La police australienne les accuse d’avoir maintenu une femme en esclavage après avoir rejoint la Syrie en 2014 afin de soutenir l’organisation État islamique. Les deux suspectes étaient détenues par les forces kurdes depuis 2019 avant leur retour en Australie.
Une troisième femme a été arrêtée à Sydney puis inculpée pour avoir pénétré dans une zone interdite et pour appartenance à une « organisation terroriste ». Les autorités australiennes n’ont pas détaillé publiquement l’ensemble des charges retenues, mais ces procédures illustrent la volonté de Canberra de traiter judiciairement les dossiers les plus sensibles.
Le casse-tête des familles de djihadistes occidentaux
Comme plusieurs pays occidentaux, l’Australie est confrontée depuis des années à la question du rapatriement des femmes et enfants liés à l’État islamique. Des centaines de ressortissantes venues d’Europe, d’Amérique du Nord ou d’Océanie avaient rejoint le Moyen-Orient au début des années 2010, souvent aux côtés de maris engagés dans les rangs djihadistes.
Après la chute territoriale de l’EI en Syrie et en Irak, une grande partie de ces familles s’est retrouvée détenue dans des camps administrés par les forces kurdes. Plusieurs organisations humanitaires et institutions internationales ont régulièrement alerté sur les conditions de vie extrêmement précaires dans ces centres, où vivent encore des milliers d’enfants.
Mais ces retours divisent profondément l’opinion publique australienne. Une partie de la classe politique estime que le rapatriement de personnes liées à l’organisation terroriste représente un risque sécuritaire majeur. D’autres défendent au contraire la nécessité de reprendre le contrôle judiciaire et administratif de ces ressortissants plutôt que de les laisser dans des camps syriens instables.
Le gouvernement australien assure toutefois que « la priorité reste la sécurité de la population ». Une ligne de conduite qui devrait continuer à structurer le débat national alors que d’autres rapatriements restent possibles dans les prochains mois.
Sources :
Le Figaro – Des personnes qui ont fait un choix horrible : en Australie, le retour de femmes et d’enfants liés à l’État islamique suscite la polémique
i24NEWS – Australie : 19 femmes et enfants liés à l’État islamique vont rentrer de Syrie
