Nouvel épisode de tension au sommet de la droite azuréenne. Éric Ciotti affirme avoir été menacé par le ministre des Transports Philippe Tabarot lors d’un déplacement officiel à Nice le 14 juin 2026. Le président de l’Union des droites pour la République (UDR) a saisi la justice et demandé au Premier ministre Sébastien Lecornu de mettre fin aux fonctions du membre du gouvernement.
La rivalité politique qui oppose depuis plusieurs mois Éric Ciotti et Philippe Tabarot a franchi un seuil inédit au milieu du mois de juin 2026. Le président de l’Union des droites pour la République (UDR), également maire de Nice, accuse le ministre des Transports de l’avoir publiquement insulté et menacé lors d’un événement officiel organisé dans les Alpes-Maritimes. Considérant les faits d’une « gravité exceptionnelle », l’ancien président des Républicains a officiellement demandé au Premier ministre Sébastien Lecornu de limoger Philippe Tabarot.
L’affaire trouve son origine dans un déplacement institutionnel organisé le dimanche 14 juin 2026 à Nice. Emmanuel Macron et le Premier ministre indien Narendra Modi participaient alors à l’inauguration du salon Bharat Innovates, consacré aux innovations technologiques et aux coopérations économiques entre la France et l’Inde. Plusieurs responsables politiques locaux et nationaux étaient présents à cette occasion, dont Éric Ciotti et Philippe Tabarot.
Selon le récit livré par Éric Ciotti dans un courrier adressé à Matignon et rendu public le 16 juin sur le réseau social X, le ministre des Transports se serait approché de lui devant plusieurs témoins. Le député des Alpes-Maritimes affirme avoir été qualifié de « nabot » avant que Philippe Tabarot ne lui adresse des propos beaucoup plus graves. D’après sa version, le ministre lui aurait déclaré : « Je vais te faire disparaître » puis ajouté qu’il allait envoyer « des Géorgiens ». Éric Ciotti estime que ces paroles peuvent être assimilées à des menaces au regard du Code pénal et justifient une intervention immédiate de l’exécutif.
Dans sa lettre adressée au Premier ministre Sébastien Lecornu, l’élu niçois dénonce des comportements incompatibles avec l’exercice de responsabilités gouvernementales. Il considère que de tels propos portent atteinte à la dignité de la fonction ministérielle ainsi qu’à l’image des institutions de la République. Pour cette raison, il demande explicitement que Philippe Tabarot soit démis de ses fonctions au sein du gouvernement.
Parallèlement à cette démarche politique, Éric Ciotti a également entrepris une action judiciaire. Son avocat a transmis un signalement au procureur de la République de Nice. Le magistrat Damien Martinelli a confirmé avoir reçu ce signalement et indiqué attendre une éventuelle plainte formelle afin de déterminer les suites à donner au dossier. À ce stade, aucune procédure pénale n’a encore été engagée.
L’entourage de Philippe Tabarot conteste toutefois fermement la version des faits présentée par le maire de Nice. Selon plusieurs proches du ministre, les échanges auraient eu lieu dans un contexte particulièrement tendu entre les deux hommes. Ils affirment qu’Éric Ciotti aurait lui-même multiplié les provocations et les menaces politiques à l’encontre du ministre, notamment en évoquant sa volonté de l’écarter du Sénat puis du gouvernement. Le camp Tabarot dénonce ainsi une instrumentalisation politique destinée à alimenter un affrontement déjà ancien.
Cette nouvelle polémique s’inscrit en effet dans un contexte de rivalité durable au sein de la droite des Alpes-Maritimes. Longtemps membres de la même famille politique sous l’étiquette Les Républicains, Éric Ciotti et Philippe Tabarot se retrouvent désormais dans des camps opposés. Depuis le ralliement spectaculaire de M. Ciotti à une alliance avec le Rassemblement national lors des législatives de 2024 puis la création de l’UDR, les fractures se sont multipliées.
Les tensions locales se sont également accentuées autour de plusieurs dossiers stratégiques pour le territoire niçois. Les deux responsables se sont notamment opposés sur l’organisation des Jeux olympiques d’hiver 2030 dans les Alpes françaises, sur certaines questions de transport ainsi que sur la gestion de dossiers liés à l’OGC Nice. Dans ce contexte déjà explosif, l’incident du 14 juin apparaît comme l’aboutissement d’une dégradation continue des relations entre les deux élus.
Pour le gouvernement, cette affaire survient à un moment délicat. Sébastien Lecornu, nommé Premier ministre quelques mois plus tôt, se retrouve désormais sollicité par Éric Ciotti pour arbitrer un conflit opposant un membre de son gouvernement à une figure majeure de l’opposition. À l’heure où ces lignes sont écrites, aucune réaction officielle de Matignon concernant une éventuelle sanction contre Philippe Tabarot n’a été annoncée.
L’affaire pourrait néanmoins connaître de nouveaux développements dans les prochains jours si une plainte est déposée ou si de nouveaux témoignages émergent concernant les circonstances exactes de l’échange survenu à Nice. Elle illustre en tout cas l’extrême tension qui règne désormais au sein d’une droite française fragmentée, où les affrontements personnels se mêlent de plus en plus aux rivalités politiques locales et nationales.
Sources :
- Nice-Mag – 16 juin 2026 – “Nabot”, “faire disparaître”, “envoyer des Géorgiens” : Eric Ciotti demande le renvoi de Philippe Tabarot après une vague de menaces
- Le Progrès (AFP) – 16 juin 2026 – « Je vais te faire disparaître » : Éric Ciotti et Philippe Tabarot s’accusent mutuellement de menaces
- La Dépêche – 16 juin 2026 – “Je vais te faire disparaître”, “nabot” : Éric Ciotti réclame la démission du ministre Philippe Tabarot
- AFP (déclarations du procureur de Nice Damien Martinelli) reprises par plusieurs médias le 16 juin 2026.
