Epstein files : l’épouse du PDG d’Anthropic mise en cause

Des courriels versés aux Epstein files, rendus publics par le département de la Justice des États-Unis, mettent en cause Cami Clark, épouse du PDG d’Anthropic Dario Amodei, pour des échanges datés de 2011 et 2012 autour d’un projet de films pour adultes. Selon le Wall Street Journal, qui a exploité ces documents, le financier n’a jamais investi. Cami Clark n’est visée par aucune procédure judiciaire et n’a pas commenté.

Mars 2011. L’agent littéraire new-yorkais John Brockman met deux personnes en relation par courriel : Cami Clark et Jeffrey Epstein. Selon des documents publiés par le département de la Justice des États-Unis et analysés par le Wall Street Journal, Cami Clark propose une rencontre au financier, puis lui adresse un script et un dossier de présentation pour une plateforme de contenus pour adultes qu’elle décrit comme haut de gamme et gratuite pour l’utilisateur.

Un an plus tard, en mars 2012, elle le relance. Il est cette fois question d’un investissement, et d’une seconde application, consacrée au suivi alimentaire en ligne. Jeffrey Epstein aurait décliné. Les documents consultés par Forbes et par l’International Business Times ne portent trace d’aucune suite.

Le calendrier compte. Ces échanges sont postérieurs à la condamnation de Jeffrey Epstein en Floride, en 2008, pour sollicitation de prostitution impliquant une mineure. Le financier est mort en détention à New York en août 2019, avant son procès fédéral.

Ce que les documents n’établissent pas

Aucun des médias ayant consulté ces pièces ne fait état d’un investissement effectif. Forbes et l’International Business Times écrivent qu’aucun élément des courriels n’indique que Jeffrey Epstein ait engagé des fonds. Aucune source ne soutient que Cami Clark ait eu connaissance des crimes du financier, ni qu’elle y ait pris part.

Elle n’est ni inculpée, ni mise en examen, ni citée comme témoin dans une procédure en cours. Être mise en cause dans des échanges publiés n’est pas une inculpation. Les Epstein files rassemblent des millions de pages : carnets d’adresses, agendas, messageries, relevés. Y figurer établit un contact. Rien de plus. La distinction paraît technique. Elle est la seule qui vaille.

Trois millions et demi de pages

Ces courriels ne sortent pas d’une fuite. Ils proviennent du versement ordonné par l’Epstein Files Transparency Act, promulgué par le président Donald Trump le 19 novembre 2025. Le département de la Justice a diffusé le 30 janvier 2026 plus de trois millions de pages supplémentaires, portant le total à près de 3,5 millions, accompagnées de plus de 2 000 vidéos et de 180 000 images.

Le fonds agrège cinq sources : les procédures floridienne et new-yorkaise contre Jeffrey Epstein, le procès de Ghislaine Maxwell, l’enquête sur la mort du financier et une investigation visant un ancien majordome. L’ensemble est consultable en ligne sur le site du département de la Justice.

Cette masse documentaire produit un effet mécanique. Des milliers de noms y apparaissent, sans hiérarchie ni tri éditorial. Le travail de sélection revient aux rédactions. Le Wall Street Journal a mené le sien, et c’est à ce titre que les échanges attribués à Cami Clark ont émergé, quinze ans après leur envoi.

Une conseillère sans mandat, à quelques semaines d’une entrée en bourse

Ces courriels refont surface au moment où le Wall Street Journal publie un portrait de Cami Clark. Le quotidien la présente comme conseillère stratégique et interlocutrice de confiance de son mari, sans fonction officielle chez Anthropic. Elle l’accompagne au Forum économique mondial de Davos et à la conférence Allen & Company de Sun Valley, où elle échange avec des investisseurs. Toujours selon le Journal, elle aurait présenté son ancien compagnon et Eric Schmidt, ancien PDG de Google et contributeur de l’agenda 2030, comme investisseur des premiers jours lors de la création d’Anthropic en 2021. Le couple s’est marié en 2022.

Le contexte financier pèse. Anthropic prépare une introduction en bourse, évoquée par le Wall Street Journal autour de 2 000 milliards de dollars et envisagée dès l’automne. Une influence informelle sur un dirigeant relève de la vie privée tant que l’entreprise reste privée. Elle devient un sujet de transparence quand les régulateurs entrent dans la pièce.

Dario Amodei, cofondateur et président-directeur général d’Anthropic, figure dans les listes publiées des Young Global Leaders du Forum économique mondial et parmi les contributeurs de l’agenda 2030 des Nations unies.

Le silence des intéressés

Cami Clark n’a pas répondu aux sollicitations du Wall Street Journal sur ses contacts avec Jeffrey Epstein, rapporte Forbes. Anthropic n’a pas commenté les informations du quotidien. Dario Amodei n’a pas réagi publiquement à la date du 17 août 2026.

Aucun démenti n’a été publié à ce stade : ni contestation de l’authenticité des courriels, ni mise en cause de leur lecture par le Wall Street Journal. Cette absence de réponse ne vaut pas reconnaissance. Elle laisse le récit aux seuls documents, et aux reprises qu’ils suscitent.

L’information a été relayée le 14 août par Forbes, sous la signature d’Alison Durkee, puis le 15 août par Le Parisien et le 16 août par plusieurs titres internationaux, dont The Week et l’International Business Times. Toutes ces reprises renvoient au même socle documentaire : les pièces diffusées par le département de la Justice et le travail du Wall Street Journal.

Les Epstein files continuent de livrer des noms plus que des faits nouveaux. Celui-ci arrive à quelques semaines de l’une des plus lourdes introductions en bourse jamais envisagées dans l’intelligence artificielle. Un courriel de 2011 ne dit rien de ce qui s’est passé depuis.


Source : Le Parisien – https://www.leparisien.fr/international/etats-unis/epstein-files-qui-est-cami-clark-la-femme-du-pdg-danthropic-mise-en-cause-pour-des-echanges-sur-un-projet-de-films-pornographiques-15-08-2026-N75XUOSPTFA6HMMB2BU42MFMIQ.php