L’épidémie d’Ebola en République démocratique du Congo a dépassé les 10 000 cas, pour près de 5 000 décès, selon le ministère congolais de la Santé. Due au virus Bundibugyo, une souche rare sans vaccin homologué, elle est devenue la deuxième plus importante de l’histoire. Une trentaine de cas ont été recensés hors de RDC, dont au Kenya et en France, et les experts redoutent une diffusion plus large.
C’est le nombre de cas recensés par le ministère congolais de la Santé, selon ONU Info, à la fin octobre. Près de 5 000 personnes sont mortes. Il s’agit de la dix-septième épidémie d’Ebola en RDC et de la plus grave de son histoire. À l’échelle mondiale, seule l’épidémie d’Afrique de l’Ouest de 2014-2016, avec plus de 28 000 infections et plus de 11 000 décès, l’a dépassée.
L’épidémie a été déclarée en mai dans l’est du pays, une région vaste et instable, minée par les conflits armés, la faim et les déplacements massifs de population. Elle touche désormais huit provinces. Selon les experts interrogés par l’agence Associated Press, des infections circulaient sans doute déjà des mois avant la déclaration officielle.
Un plateau très haut
Entre 400 et 500 nouveaux cas confirmés sont signalés chaque semaine, selon AP. La courbe ne grimpe plus de façon exponentielle, mais elle ne redescend pas non plus. L’infectiologue Boghuma Titanji, de l’université Emory, décrit un plateau installé à un niveau très élevé. Plus inquiétant : moins d’un quart des nouveaux cas proviennent de contacts déjà identifiés. Autrement dit, des chaînes de transmission échappent aux autorités.
La riposte a pris du retard dès le départ, les tests initiaux visant la souche Zaïre d’Ebola, et non le virus Bundibugyo. Conflits, faiblesse du système de santé, méfiance des populations, désinformation et baisse de l’aide internationale ont fait le reste. Jean Kaseya, directeur général d’Africa CDC, a reconnu que le continent n’était pas en train de gagner la bataille.
Du Kenya à la France
Le virus a passé les frontières. Au Kenya, neuf cas ont été recensés, dont deux décès, tous liés à un premier patient, un Kényan travaillant en RDC arrivé à Nairobi via l’Ouganda le 3 octobre et mort deux jours plus tard. Plus de 130 contacts ont été placés en quarantaine, dont une vingtaine ont depuis été libérés. Un fonds humanitaire de l’ONU a débloqué plus de 2 millions de dollars pour renforcer la surveillance aux frontières kényanes. Selon AP, une trentaine de cas confirmés ont été signalés hors de RDC, et la France, le Kenya, le Nigeria et l’Ouganda ont déclaré des cas liés à l’épidémie.
Le Daily Mail se fait l’écho d’experts qui craignent une propagation mondiale. Les spécialistes interrogés par AP se montrent plus mesurés pour les pays occidentaux. L’épidémiologiste Justin Lessler, de l’université de Caroline du Nord, juge le risque direct pour les États-Unis très proche de zéro. Le danger d’exportation augmentera en revanche si l’épidémie n’est pas maîtrisée, notamment vers des pays fragiles comme le Soudan du Sud.
Le vaccin, pas avant 2027
Il n’existe aujourd’hui ni vaccin ni traitement homologué contre le virus Bundibugyo. Des essais cliniques baptisés TUMAINI ont été lancés à Bunia, « espoir » en swahili, pour évaluer si un vaccin conçu contre la souche Zaïre peut offrir une protection, par la vaccination en anneau des contacts des malades. Deux vaccins spécifiques sont à l’étude. Selon Boghuma Titanji, une vaccination à grande échelle n’est pas attendue avant 2027. Plus de 2 600 personnes ont tout de même guéri, et l’Organisation mondiale de la santé (OMS) assure que des progrès sont réalisés.
Ebola a longtemps été une affaire lointaine pour l’Europe. Un cas en France suffit à rappeler qu’un virus ne demande pas de visa.
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