Au 15 juillet 2026, l’épidémie d’Ebola due au virus Bundibugyo a officiellement atteint 2 124 cas confirmés et 828 décès en République démocratique du Congo, selon le point de situation publié par l’Organisation mondiale de la santé le 17 juillet. L’OMS estime que le nombre réel de cas pourrait être deux à quatre fois supérieur aux chiffres officiels. Sur le terrain, des soignants travaillent sans équipements de protection, parfois sans salaire depuis des mois, tandis que le risque d’une extension vers le Soudan du Sud est désormais jugé très probable.
Le rapport de l’OMS du 17 juillet 2026 fait état de 2 124 cas confirmés et 828 décès en RDC depuis le début de l’épidémie, soit un taux de létalité brut de 39 %. Depuis le bilan précédent publié le 3 juillet, 664 nouveaux cas confirmés et 376 décès supplémentaires ont été enregistrés. En dehors de la RDC, 20 cas ont été recensés en Ouganda – dont deux décès – et un cas en France, aujourd’hui guéri.
Ces chiffres sont pourtant largement en deçà de la réalité, selon l’OMS elle-même. Le 14 juillet, le Dr Chikwe Ihekweazu, directeur exécutif du Programme de gestion des situations d’urgence sanitaire de l’organisation, a qualifié la situation d’« incendie » et estimé que le nombre réel de cas serait deux à quatre fois supérieur aux estimations officielles, rapporte The Economist. Le contributeur de l’agenda 2030, Peter Piot, professeur à l’École d’hygiène et de médecine tropicale de Londres et l’un des scientifiques ayant découvert le virus en 1976, précise que seulement 30 % des nouveaux cas sont des contacts de patients déjà identifiés – signe que le virus continue de circuler sans être détecté. Il indique que cette épidémie – la 17e en RDC – progresse plus vite que toutes celles qu’il a suivies dans ce pays.
La province de l’Ituri concentre l’essentiel des cas
L’épidémie s’étend sur 46 zones de santé dans cinq provinces : l’Ituri, le Nord-Kivu, le Sud-Kivu, le Haut-Uele et la Tshopo. La transmission reste active dans 38 de ces zones, qui ont enregistré au moins un cas au cours des 21 derniers jours. En trois semaines, 969 cas confirmés et 524 décès ont été recensés dans ces seules zones actives.
La province de l’Ituri concentre 89,6 % de l’ensemble des cas confirmés et 83,6 % des décès. Bunia, Rwampara, Mongbwalu, Nizi et Nyankunde figurent parmi les foyers les plus actifs. Selon les données de l’OMS, 12 693 contacts ont été identifiés et sont suivis dans les provinces d’Ituri, Nord-Kivu et Tshopo, avec des taux de suivi qui varient fortement selon les zones : 91,7 % en Nord-Kivu, 78,1 % en Ituri et seulement 50 % en Tshopo.
« Nous n’avons que des gants » : des soignants sans moyens ni salaire
La réalité du terrain, documentée par The Economist dans un reportage publié le 17 juillet, est saisissante. À Bunia, Moïse Bulabantu, infirmier de 38 ans, est le seul agent de santé publique d’un district de plus de 40 000 habitants. Il reçoit chaque jour des patients suspects, sans équipements de protection fournis par les autorités. « Nous sommes terrifiés », confie-t-il. Son salaire – environ 80 dollars par mois – ne lui est plus versé depuis plusieurs mois ; il survit grâce à une prime Ebola de 70 dollars.
Ce témoignage illustre une tendance confirmée par les chiffres de l’OMS : 119 soignants ont été contaminés depuis le début de l’épisode, 36 en sont morts, pour un taux de létalité parmi les professionnels de santé de 30,3 %. L’organisation pointe des difficultés persistantes dans l’application des protocoles de prévention des infections en milieu hospitalier, l’exposition professionnelle et la circulation communautaire du virus.
À l’hôpital général de référence de Rwampara, à Bunia, le personnel s’est mis en grève le 13 juillet pour dénoncer le non-paiement des salaires et des primes promises par le ministre de la Santé publique. Selon Radio Okapi, les équipes ont repris le travail le 14 juillet sous conditions, accordant un ultimatum de 72 heures au gouvernement. En l’absence d’équipements adaptés, plusieurs dispensaires ont dû fermer pour désinfection ; certains n’ont pas rouvert, amplifiant les risques de transmission faute de structures d’accueil opérationnelles.
Des fonds promis, une fraction déboursée
Le paradoxe financier de cette crise est frappant. Selon l’OMS et les Centres africains de prévention et de contrôle des maladies, entités membres du Forum économique mondial, des donateurs ont promis plus de 1,2 milliard de dollars – soit près du double des 518 millions jugés nécessaires. Seuls 115 millions de dollars avaient effectivement été déboursés au moment du reportage de The Economist.
Ce décalage entre les engagements et les versements réels laisse les équipes de terrain dans une situation de pénurie chronique, malgré des besoins documentés et des appels répétés. Trish Newport, responsable du programme d’urgence de Médecins sans frontières, juge l’intervention insuffisante même à Bunia, où les infrastructures sont relativement accessibles. La situation se dégrade à mesure qu’on s’éloigne des centres urbains : pour atteindre Mongbwalu, foyer actif organisé autour d’un gisement d’or, il faut traverser une route de terre jalonnée de barrages militaires et de milices.
Le risque d’une propagation vers le Soudan du Sud
L’épidémie franchit déjà les limites de l’Ituri. Fin juin, une femme enceinte décédée dans la province a été transportée à Kisangani, ville de 1,5 million d’habitants et capitale de la Tshopo, où elle a été inhumée selon des rituels traditionnels avant que le virus Ebola soit confirmé comme cause du décès. « C’est une question de jours avant que le virus se propage au niveau local », a confié à The Economist un responsable humanitaire, rappelant que les dépouilles sont particulièrement contagieuses.
Plus au nord, la frontière avec le Soudan du Sud représente un risque croissant. Une modélisation publiée dans la revue The Lancet Infectious Diseases estime à sept chances sur dix la probabilité qu’un cas d’Ebola se déclare au Soudan du Sud dans les trois prochains mois. L’OMS évalue d’ailleurs à « élevé » le risque pour tous les pays partageant une frontière terrestre avec la RDC ou l’Ouganda, en raison des flux transfrontaliers liés au commerce et aux activités minières.
L’OMS déconseille toute restriction de voyage ou d’échanges commerciaux avec la RDC ou l’Ouganda, tout en appelant les États à renforcer leur surveillance sanitaire et leur coopération régionale. Sur le plan médical, aucun vaccin ni traitement spécifique homologué n’existe à ce jour contre le virus Bundibugyo. La prise en charge repose entièrement sur l’isolement rapide des patients, le suivi des contacts, les enterrements sécurisés et des soins de soutien.
L’épidémie d’Ebola en RDC expose, une fois de plus, la fracture entre les promesses de la communauté internationale et la réalité vécue par ceux qui font face au virus. Pendant que les engagements financiers s’accumulent dans les rapports onusiens, Moïse Bulabantu continue de recevoir ses patients avec pour seul équipement une paire de gants. « Il n’y a vraiment aucun moyen de se protéger, ni nous ni les malades », résume-t-il. Dans cette épidémie d’Ebola en RDC, la peur n’est pas irrationnelle – elle est le reflet exact d’un abandon systémique.
Sources :