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Photo : @Neil Michael / CFnews

Éolien en mer : la France lance 11 nouveaux parcs pour changer d’échelle et viser la souveraineté énergétique

La France accélère son virage vers l’éolien offshore avec le lancement d’un vaste appel d’offres portant sur 11 nouveaux parcs éoliens en mer. Annoncé le 12 juin 2026, ce programme de près de 10 gigawatts constitue l’une des plus importantes opérations de développement de l’éolien marin jamais engagées en Europe. L’objectif est clair : multiplier les capacités françaises de production d’électricité renouvelable et renforcer l’indépendance énergétique du pays à l’horizon 2035.

Le 12 juin 2026 marque une nouvelle étape dans la stratégie énergétique française. La Commission de régulation de l’énergie (CRE) a officiellement publié le cahier des charges du dixième appel d’offres national consacré à l’éolien en mer, baptisé « AO10 ». Derrière cet acronyme se cache un projet d’une ampleur inédite : le développement de 11 nouveaux parcs éoliens offshore représentant près de 10 gigawatts (GW) de puissance supplémentaire. Un volume qui pourrait à lui seul multiplier par cinq la capacité actuellement installée sur le territoire français.

Cette annonce intervient dans un contexte où la France cherche à réduire durablement sa dépendance aux énergies fossiles importées tout en poursuivant ses objectifs climatiques. Selon la Programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE), publiée en 2026, le gouvernement vise une production énergétique davantage décarbonée, avec un objectif de 70 % d’énergie décarbonée dans la consommation finale à l’horizon 2035.

Un changement d’échelle inédit

Le ministère chargé de l’Énergie parle lui-même d’un « véritable changement d’échelle ». Jusqu’à présent, la France accusait un retard important par rapport à plusieurs voisins européens, notamment le Royaume-Uni, l’Allemagne ou encore les Pays-Bas, dans le domaine de l’éolien offshore. Alors que le pays dispose du deuxième espace maritime mondial, ses capacités en mer demeuraient limitées à environ 2 GW en service début 2026.

L’appel d’offres AO10 ambitionne de porter cette capacité à 15 GW d’ici 2035. Les futurs projets seront répartis sur plusieurs façades maritimes françaises, de la Manche à la Méditerranée en passant par l’Atlantique. Parmi les zones identifiées figurent notamment Bretagne Sud, Bretagne Nord-Ouest, Oléron, le Golfe du Lion, le Golfe de Fos ou encore plusieurs secteurs au large de la Normandie. Le programme est également structuré autour de deux technologies complémentaires. Cinq gigawatts seront attribués à des parcs dits « posés », reposant sur des fondations ancrées dans les fonds marins. Les cinq autres gigawatts concerneront l’éolien flottant, une technologie plus récente qui permet d’installer des turbines dans des zones maritimes plus profondes et plus éloignées des côtes.

Une ambition industrielle européenne

Au-delà de la production électrique, l’exécutif souhaite faire de cet appel d’offres un levier industriel majeur. Les autorités françaises ont indiqué que les futurs équipements devront être majoritairement fabriqués en Europe, afin de soutenir l’industrie continentale et limiter la dépendance aux chaînes d’approvisionnement asiatiques. Cette dimension industrielle n’est pas anodine. Depuis plusieurs années, la filière française de l’éolien en mer se structure progressivement autour de ports spécialisés, de sites de fabrication de pales et de turbines ainsi que de chantiers navals dédiés à l’installation des infrastructures offshore. Selon plusieurs études sectorielles, des milliers d’emplois directs et indirects pourraient être générés par les futurs projets.

Le gouvernement insiste également sur la nécessité de sécuriser les investissements à long terme. Les futurs lauréats bénéficieront d’un système de contrats pour différence, un mécanisme qui garantit un prix de vente de l’électricité et protège les exploitants contre les fluctuations du marché de l’énergie.

Une stratégie construite sur plus de dix ans

L’annonce du 12 juin 2026 s’inscrit dans une politique engagée depuis plus d’une décennie. La France a lancé son premier appel d’offres pour l’éolien en mer en 2011. Depuis, plusieurs projets ont vu le jour, notamment les parcs de Saint-Nazaire, Fécamp et Saint-Brieuc, désormais en exploitation. D’autres installations importantes, comme Dieppe-Le Tréport, Yeu-Noirmoutier ou Dunkerque, sont actuellement en construction ou en développement.

Au total, avant le lancement de l’AO10, neuf procédures de mise en concurrence avaient déjà permis d’attribuer plus de 10 GW de capacités offshore. Le nouvel appel d’offres représente donc une accélération spectaculaire du rythme de développement. Cette montée en puissance répond également aux objectifs de long terme fixés par l’État. La France vise désormais 45 GW d’éolien en mer en service à l’horizon 2050. À cette date, cette énergie pourrait couvrir près de 20 % des besoins nationaux en électricité.

Malgré cet enthousiasme affiché, plusieurs défis restent à relever. Les projets offshore nécessitent des investissements considérables, des procédures administratives longues et des infrastructures électriques capables d’acheminer l’électricité produite vers les centres de consommation. Le gestionnaire du réseau RTE a déjà annoncé d’importants programmes de modernisation afin d’adapter les infrastructures françaises à l’essor simultané du nucléaire et des énergies renouvelables.

L’acceptabilité locale demeure également un sujet sensible. Certains projets passés ont suscité des oppositions liées aux impacts paysagers, environnementaux ou encore aux activités de pêche. L’État entend néanmoins poursuivre les concertations engagées depuis le débat public national « La mer en débat », qui a permis de définir les zones prioritaires pour les futurs développements offshore.

Avec ce programme de 11 nouveaux parcs, la France entend désormais franchir un cap décisif. Longtemps perçu comme un acteur en retard dans l’éolien en mer, le pays cherche aujourd’hui à rejoindre les leaders européens du secteur et à inscrire durablement cette technologie au cœur de son mix énergétique pour les décennies à venir.

Sources :

  • TF1 Info – 12 juin 2026 – « Éolien en mer : la France lance un appel d’offres géant pour démultiplier ses capacités et changer d’échelle » – TF1 Info
  • Reuters – 11 juin 2026 – « France to open tender for 10 GW of offshore wind projects » – Reuters
  • Ministère de l’Économie – 2 avril 2026 – « Lancement d’appels d’offres sur les énergies renouvelables » – Ministère de l’Économie
  • Connaissance des Énergies (AFP) – 11 juin 2026 – « La CRE publie l’AO10 et ouvre 10 GW d’éolien en mer » – Connaissance des Énergies
  • DREAL Nouvelle-Aquitaine – 28 avril 2026 – « Le projet Oléron 1 sera prochainement intégré à l’appel d’offres n°10 éolien en mer » – DREAL Nouvelle-Aquitaine
  • Eoliennes en mer (État français) – Filière et innovation – Eoliennes en mer

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