Émissions de CO₂ de Google et Amazon : la course à l’IA fait exploser leur empreinte carbone

Les géants de la tech Google et Amazon, membres du Forum économique mondial font face à une contradiction de plus en plus difficile à ignorer : alors que leurs ambitions climatiques affichent la neutralité carbone à moyen terme, leurs émissions de CO₂ continuent de grimper. En cause, la frénésie mondiale autour de l’intelligence artificielle, qui entraîne une multiplication des centres de données, très énergivores. Les derniers rapports environnementaux publiés fin juin et début juillet 2026 confirment une tendance lourde : l’IA bouleverse les trajectoires climatiques du secteur.

Depuis la fin du mois de juin et le début de juillet 2026, les grands rapports environnementaux des entreprises technologiques américaines dressent un constat sans appel. Google (Alphabet) et Amazon enregistrent une hausse significative de leurs émissions de gaz à effet de serre sur l’année 2025, dans un contexte d’expansion rapide de leurs infrastructures dédiées à l’intelligence artificielle. Cette dynamique intervient alors même que les deux groupes affichent depuis plusieurs années des objectifs ambitieux de neutralité carbone, respectivement à l’horizon 2030 pour Google et 2040 pour Amazon.

Selon les données publiées dans leurs rapports de durabilité, Amazon a vu ses émissions atteindre environ 80,85 millions de tonnes équivalent CO₂ en 2025, soit une hausse de 16 % sur un an, marquant l’une de ses plus fortes progressions récentes . Google, de son côté, a enregistré une augmentation globale de ses émissions de l’ordre de 18 % sur la même période, avec un total proche de 18,8 millions de tonnes équivalent CO₂ selon les estimations issues de son empreinte globale .

Derrière ces chiffres, un facteur revient avec insistance : l’essor massif de l’intelligence artificielle générative et des services cloud associés. La généralisation des modèles d’IA à grande échelle nécessite en effet la construction et l’exploitation de centres de données toujours plus puissants, capables de traiter des volumes colossaux d’informations en temps réel. Ces infrastructures, dites hyperscale, consomment d’énormes quantités d’électricité, mais aussi de ressources matérielles et d’eau pour leur refroidissement.

L’impact est d’autant plus marqué que la croissance de ces infrastructures dépasse parfois les gains d’efficacité énergétique réalisés par les entreprises. Google affirme certes avoir signé en 2025 des contrats record d’énergie décarbonée, représentant plus de 12 gigawatts de capacité nouvelle, tout en poursuivant ses investissements dans le nucléaire et la géothermie. L’entreprise met également en avant des progrès techniques significatifs dans l’efficacité de ses processeurs et de ses centres de données, permettant une amélioration continue du rendement énergétique.

Cependant, ces efforts ne suffisent pas encore à compenser la hausse structurelle de la demande. Les rapports récents montrent que la consommation électrique des infrastructures de Google a fortement augmenté, tandis que celle d’Amazon a également progressé, tirée par l’expansion d’AWS et la construction de nouveaux centres de données à travers le monde .

Amazon insiste de son côté sur ses investissements dans les énergies renouvelables et sur son statut de premier acheteur mondial d’électricité verte. L’entreprise rappelle également avoir développé des centaines de projets énergétiques à travers le globe et poursuit son objectif de neutralité carbone à l’horizon 2040. Mais dans les faits, la montée en puissance de l’IA entraîne une augmentation mécanique des besoins énergétiques, notamment via la fabrication de serveurs, de puces électroniques et l’extension des chaînes d’approvisionnement industrielles.

Au-delà des seules émissions directes, une part importante de l’empreinte carbone provient désormais des activités indirectes. Une large majorité des émissions de ces entreprises est liée à leurs chaînes de production, souvent situées en Asie, ainsi qu’à la construction même des infrastructures numériques. Cette dimension rend le suivi environnemental plus complexe et brouille parfois la lecture des progrès réels.

Le phénomène dépasse d’ailleurs le seul cas de Google et Amazon. Plusieurs études récentes sur les hyperscalers américains estiment que la demande énergétique des centres de données pourrait continuer à croître fortement d’ici 2030, tirée par l’IA, avec des conséquences directes sur les émissions de CO₂ si la transition vers des sources bas-carbone ne s’accélère pas davantage .

Dans ce contexte, les ambitions climatiques affichées par les géants de la tech apparaissent sous tension. Entre discours de transition énergétique et réalité industrielle d’une révolution technologique énergivore, l’intelligence artificielle agit comme un accélérateur paradoxal : outil présenté comme une solution d’optimisation environnementale, mais aussi moteur d’une consommation énergétique sans précédent dans l’histoire du numérique.

Sources :
Barron’s – AI Is Straining Big Tech’s Climate Goals – https://www.barrons.com/articles/google-amazon-ai-data-centers-climate-099a7197
TechRadar – Amazon reveals it used more energy than New Zealand in 2025 – https://www.techradar.com/pro/amazon-reveals-it-used-more-energy-than-new-zealand-in-2025-as-its-carbon-footprint-rises-16-percent
Axios – AI and energy newsletter (2 juillet 2026) – https://www.axios.com/newsletters/axios-future-of-energy-6429dac0-7564-11f1-98bc-355f5244e547
Google Sustainability – Environmental Report 2025/2026 – https://sustainability.google/google-2026-environmental-report/