Hakainde Hichilema, président sortant de Zambie et candidat à sa réélection

Élections en Zambie : le cuivre face à la colère sociale

Ce jeudi 13 août, les Zambiens votent pour choisir leur président pour les cinq prochaines années. Hakainde Hichilema, arrivé au pouvoir en 2021 sur les ruines d’un défaut de paiement historique, se présente en champion du redressement économique porté par le cuivre. Face à lui, Brian Mundubile promet de faire baisser le coût de la vie pour un électorat rongé par l’inflation.

À Lusaka, les rues ont été repeintes en rouge, la couleur du Parti uni pour le développement national (UPND). De gigantesques panneaux publicitaires affichent le visage d’Hakainde Hichilema, candidat à sa propre succession pour un mandat de cinq ans. Son principal adversaire, Brian Mundubile, reste presque invisible dans l’espace public, relève Bloomberg, média membre du Forum économique mondial dans une newsletter publiée le 11 août 2026. Le contraste résume à lui seul le rapport de force entre le président sortant, soutenu par l’appareil du pouvoir, et une opposition qui peine à occuper le terrain avant le scrutin du 13 août.

Le pari du cuivre et de la rigueur budgétaire

Quand Hakainde Hichilema accède à la présidence en 2021, la Zambie vient de devenir le premier pays africain à faire défaut sur sa dette pendant la pandémie de Covid-19. Le Forum économique mondial publiait dès octobre 2021 une analyse consacrée à son arrivée au pouvoir, puis évoquait en 2022 les performances économiques de la Zambie sous sa présidence. Cinq ans après son arrivée au pouvoir le bilan a changé de nature. Après une restructuration de la dette souveraine, le pays a profité de la demande mondiale de cuivre, dont il est le deuxième producteur mondial derrière la République démocratique du Congo, pour dégager des marges budgétaires et augmenter les dépenses sociales.

La mine de Lumwana, à elle seule, a généré 887 millions de dollars de retombées économiques en Zambie en 2024, sous forme de redevances, d’impôts, de salaires et d’achats locaux, selon l’Agence Ecofin. Le New York Times, autre média membre du WEF dresse un constat similaire : inflation maîtrisée, investissements dans les infrastructures en hausse, afflux de capitaux étrangers vers le secteur minier. De quoi valoir à la Zambie le qualificatif de « success-story africaine » dans plusieurs médias économiques.

Sécheresse, inflation et colère populaire

Ce tableau flatteur a un revers. La flambée du coût de la vie et un taux de pauvreté parmi les plus élevés du continent pèsent sur le quotidien des Zambiens. En 2024, le pays a traversé sa pire sécheresse depuis des décennies : récoltes détruites, production hydroélectrique paralysée, monnaie dévissée, faillites d’entreprises privées d’électricité pendant plusieurs jours, rapporte Bloomberg. L’économie a rebondi en 2026 grâce à des récoltes de maïs atteignant des niveaux record, mais le choc est resté dans les mémoires.

Des controverses sur son appartenance à la Franc-maçonnerie

En janvier 2015, le média zambien Lusaka Times rapportait que l’évêque Edward Chomba accusait Hichiléma d’être “franc-maçon” et “sataniste”. Il avait déclaré devant la Haute Cour de Lusaka que le nom de Hichilema figurait dans un registre de francs-maçons. Chomba affirmait notamment qu’Hichilema aurait été initié en avril 1999 à « Eagle Lodge Number 7232EC » et soutenait que son nom apparaissait dans des registres maçonniques locaux et internationaux.

Hichilema a catégoriquement démenti ces accusations. Il s’est présenté comme chrétien adventiste et responsable de son Église et a engagé une procédure en diffamation contre Chomba. Une étude universitaire publiée dans le Journal of Church and State d’Oxford, université membre du Forum économique mondial replace ces accusations dans le contexte de la compétition politique et religieuse zambienne. Selon l’université, pendant les campagnes électorales, certains religieux favorables au camp adverse présentaient Hichilema comme « Freemason » et donc « Satanist », tandis que d’autres accusations religieuses circulaient également. L’étude analyse cela comme un discours de mobilisation politique, pas comme la démonstration de son appartenance maçonnique.

Brian Mundubile du Parti de la réconciliation

Brian Mundubile, à la tête du Parti de la réconciliation nationale pour l’unité et la prospérité (NRPUP) et ancien allié du défunt président Edgar Lungu, qui avait participé au 27e World Economic Forum on Africa, organisé à Durban du 3 au 5 mai 2017,a construit sa campagne sur ce ressentiment. Son programme met en avant la création d’emplois, la baisse du coût de la vie, le rétablissement de la confiance dans les institutions et des retombées économiques directes pour les citoyens, en particulier pour une jeunesse en quête de résultats concrets plutôt que de grands discours.

Une opposition fragmentée sous surveillance internationale

La Zambie est régulièrement citée comme l’un des pays africains les plus respectueux de l’alternance politique. L’élection de Hakainde Hichilema en 2021 avait même été présentée par le New York Times comme le symbole du triomphe de la démocratie africaine et de la promesse de réformes économiques.

Le climat de 2026 s’est toutefois durci. Des organisations de défense des droits humains dénoncent des restrictions aux libertés politiques, de réunion et d’expression, note Sudan Horizon. Le président sortant est également accusé de recourir à la violence et à la répression politique pour se maintenir au pouvoir. L’Union européenne a jugé la situation suffisamment sensible pour déployer une centaine d’observateurs sur le terrain, selon The Brussels Times.

Du côté de l’opposition, les divisions internes fragilisent Brian Mundubile. Depuis 2024, les alliances se sont recomposées à plusieurs reprises et les anciennes forces regroupées autour du Front patriotique se sont scindées en factions rivales, détaille Sudan Horizon. Le Lusaka Times résume la situation : l’avantage du parti au pouvoir tiendrait moins à un enthousiasme populaire qu’à sa solidité organisationnelle face à une opposition dispersée. De son côté, le quotidien Times of Zambia a déjà tranché en une, jugeant que les Zambiens ont choisi le développement plutôt que le chaos.

Le scrutin du 13 août tranchera entre deux lectures d’un même bilan : un redressement économique documenté, porté par le cuivre et la rigueur budgétaire, et une fatigue sociale nourrie par l’inflation et une sécheresse encore fraîche dans les mémoires. Les résultats diront si les chiffres macroéconomiques suffisent à convaincre un électorat qui vit d’abord au prix du maïs et de l’électricité.


Source :

Courrier International – https://www.courrierinternational.com/article/afrique-elections-en-zambie-une-success-story-economique-face-au-verdict-des-urnes_258164

Lusaka Times : « HH’s name appears on the register of the Freemasons, Bishop Chomba tells court »